ECONOMIE
20
FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026
tion actuel ne suit pas encore. Il y a également la concurrence régionale et internationale. La compétition ne faiblit pas. La Turquie, l’Égypte, la Croatie, le Portugal et la Tunisie inves- tissent massivement dans leurs propres capacités. La Turquie a accueilli 63,9 millions de tou- ristes en 2025, un nouveau record, alors que nous étions à un niveau comparable il y a 35 ans. Le duel Maroc-Égypte pour la place de première des- tination touristique du continent reste par ailleurs de plus en plus serré, notamment après l’ouverture du musée national d’Égypte. La saisonnalité est un autre enjeu. Le phénomène s’atté- nue, mais reste réel. La concen- tration des flux sur certaines périodes et certaines destina- tions phares demeure une vul- nérabilité pour les opérateurs en dehors de la haute saison. La pression sur les ressources naturelles constitue égale- ment un défi majeur. La ques- tion de l’eau, en particulier, se pose avec acuité pour l’hôtel- lerie dans les zones à stress hydrique, notamment pour les piscines, les golfs et l’arro- sage des espaces verts. À cela s’ajoute la pression croissante des voyageurs européens en faveur d’un tourisme plus res- ponsable et d’une empreinte carbone maîtrisée. Enfin, le développement ter- ritorial et le rééquilibrage de l’offre restent essentiels. La concentration historique sur Marrakech et Agadir doit être compensée par une diversifica- tion vers d’autres pôles comme Fès, Ouarzazate et Rabat, mais également vers les territoires ruraux et l’animation touristique locale. Des dispositifs comme Go Siyaha commencent à répondre concrètement à cet enjeu en irriguant les 12 régions
du Royaume. Si nous avons réussi le défi du nombre, avec l’augmentation des arrivées, le défi de la qua- lité de l’offre devient désormais de plus en plus prégnant. Pour cela, il est primordial de multi- plier les investissements dans l’animation touristique et dans la construction de véritables parcours clients. F. N. H. : À l’occasion des élections législa- tives du 23 septembre, quelle place le tourisme a-t-il occupée dans les programmes des diffé- rents partis politiques? Et quelles sont les princi- pales propositions avan- cées pour le secteur ? S. T. : Je rappelle d’abord qu’après les élections de 2011, en tant que professionnels, nous n’avions pas le sentiment que le tourisme était réellement considéré comme un secteur stratégique et prioritaire. Les résultats le montrent d’ailleurs, puisque le secteur n’a repris sa dynamique qu’à partir du moment où il est redevenu considéré comme un secteur stratégique. Malheureusement, dans cette campagne, je n’ai pas le sen- timent que le secteur occupe une place centrale. Les pro- grammes des partis politiques sont dominés par des théma- tiques plus transversales. Le pouvoir d’achat, l’emploi, la protection sociale, l’éducation, la santé, le logement, la lutte contre la corruption et le soutien aux jeunes occupent une place centrale dans les premières propositions dévoilées par les formations politiques. Le sec- teur apparaît comme un levier économique parmi d’autres. Les partis évoquent abondam- ment des objectifs de fréquen- tation touristique, mais nette- ment moins les mécanismes concrets pour les atteindre. Le RNI, parti sortant, mise sur le tourisme comme l’un des moteurs de son objectif d’un million d’emplois d’ici 2030, aux côtés de l’industrie et du
numérique. Il fixe un objectif de 100.000 emplois créés dans le secteur du tourisme, sur l’objec- tif global d’un million d’emplois. Le SMIG à 5.000 DH est appli- cable aux salariés du tourisme comme aux autres secteurs. Le parti prévoit également un régime social spécifique pour les travailleurs saisonniers du tourisme, avec les mêmes droits que les salariés permanents, notamment l’assurance mala- die obligatoire, la retraite et les allocations familiales, auxquels s’ajoute une nouvelle prime de retour à l’emploi saisonnier. Le RNI rattache par ailleurs une partie de sa stratégie tou- ristique au Mondial 2030 et à la Charte de l’investissement, censés porter l’investissement global jusqu’à 800 milliards de dirhams à l’horizon 2030, tous secteurs confondus, dont le tourisme. Le PAM affiche, pour sa part, un objectif de création d’em- plois dans le tourisme en lien avec le Mondial 2030 et ses
activités connexes. Il prévoit ainsi 360.000 emplois dans ce cadre, sur un objectif total d’un million d’emplois nets sur la législature. Le parti annonce également un soutien parti- culier aux secteurs ayant tra- versé des périodes difficiles, le tourisme étant explicitement cité parmi eux, sans toutefois en faire un pilier de son pro- gramme chiffré à 350 milliards de dirhams. Le PAM annonce par ailleurs un objectif de fréquentation de 32 millions de touristes en 2031, contre un objectif officiel de 26 millions à l’horizon 2030. Dans le cadre de la réforme de l’IR, applicable notamment aux salariés du tourisme, il propose également de passer de six à trois tranches, avec un taux de 0 % jusqu’à 15.000 DH bruts par mois, de 10% entre 15.000 et 46.000 DH et de 20% au- delà. Cette réforme serait plus favorable aux emplois d’exécu- tion du secteur qu’aux postes de direction.
Dans cette campagne, les partis évoquent abondamment des objectifs de fréquentation touristique, mais nettement moins les mécanismes concrets pour les atteindre.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker