La régénération du vivant pour les décisions d’entreprise

NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise

Simple et linéaire → Complexe et non linéaire : on renonce à la prédiction et au contrôle pour travailler avec l'imprévisibilité propre au vivant. Commande, contrôle et prévisibilité → Création de conditions favorables et émergence : on ne fait pas pousser les plantes — on cultive les conditions pour qu'elles expriment leur potentiel propre. Solutions génériques → Réponses locales : ce qui a fonctionné ailleurs ne fonctionne pas nécessairement ici, parce que chaque lieu et chaque communauté vivante est unique. Intérêts personnels et mode transactionnel → Mutualité et réciprocité : la relation avec les êtres vivants d'un territoire n'est pas transactionnelle — elle est constitutive. Reed & Holliday le formulent ainsi : « Plus que de simples ingénieurs, nous sommes des jardiniers ou des gardiens des systèmes vivants dont nous faisons partie, y compris nos organisations et nos communautés. » Le diagramme rend visible ce que le discours dominant ne dit pas : le net zero est le point neutre de la trajectoire, pas son aboutissement. Atteindre le net zero, c'est cesser de dégrader les êtres vivants. C'est nécessaire. Ce n'est pas encore régénérer. À gauche du net zero, l'enjeu est de réduire les impacts négatifs — moins d'extraction, moins d'émissions, moins de destruction de la vie dans les sols et des habitats. À droite, l'enjeu change de nature : il ne s'agit plus de réduire le mal mais d'augmenter activement la capacité des êtres vivants à se développer et à évoluer par eux-mêmes. Reed & Holliday le formulent ainsi : « Le but de nos activités est de prendre part à la revitalisation et à la guérison des écosystèmes et des relations humaines dont dépendent la communauté, l'économie et notre bien-être collectif. » Ce ne sont pas deux degrés du même effort. Ce sont deux directions opposées depuis le même point neutre — et confondre l'une avec l'autre est précisément ce qui maintient la plupart des entreprises engagées dans un plafond d'ambition qu'elles ne savent pas nommer. Ce changement de vision du monde a une implication directe pour l'agriculture, que Reed & Holliday illustrent : dans une logique régénérative, « un potentiel de vitalité existe au sein du sol en tant qu'écosystème vivant complexe ; le rôle de l'agriculteur est de cultiver ce potentiel local unique, d'y réagir et d'y participer. Par la régénération du sol, la ferme et l'agriculteur peuvent prospérer. » Ce n'est pas une métaphore de bonne gestion agronomique. C'est une description précise de ce que signifie passer du côté droit du diagramme : voir la vie dans les sols non comme une ressource à entretenir mais comme un potentiel vivant à cultiver — et comprendre que la prospérité de l'activité économique en découle, pas l'inverse. 3.4. Le Story of Place : comprendre le potentiel unique du lieu L'un des apports méthodologiques les plus distinctifs de Regenesis est le concept de Story of Place — l'histoire du lieu. Avant toute intervention, le processus régénératif commence par une investigation approfondie de l'essence et du potentiel unique du territoire. Le Story of Place n'est pas un diagnostic environnemental classique — un inventaire de ressources et d'impacts. C'est un processus de co-découverte entre les acteurs d'un territoire : habitants, entreprises, élus, communautés autochtones, scientifiques. Son objet : comprendre ce qui fait que ce lieu est unique, quels êtres vivants l'habitent, quelle vie est déjà là, quel potentiel attend d'être révélé. Mang & Reed le formulent ainsi : un lieu est « une constellation unique de patterns imbriqués dans des patterns, tissés avec d'autres patterns en familles, guildes et relations sociales, changeant, cyclant, évoluant sans cesse et construisant vers des niveaux de complexité croissants — un être incroyablement dynamique et complexe. » Ce n'est pas un site. C'est un être vivant avec sa propre histoire et son propre potentiel d'évolution. Ce processus est structuré par quatre prémisses (Mang & Reed, 2012) que Beatrice Ungard — formée par Carol Sanford, membre de l'équipe d'instructeurs à l'Institut Regenesis — a précisées et approfondies dans sa pratique d'accompagnement des organisations. Prémisse 1 — Le lieu comme totalité vivante. Chaque lieu est un ensemble d'êtres vivants unique avec son propre potentiel d'évolution — la vie dans ses sols, ses espèces, ses communautés humaines, ses savoir-faire. On ne peut pas appliquer des solutions génériques à une réalité vivante singulière. Comme Ungard le pose : comprendre une grenouille, ce n'est pas la disséquer — c'est la voir sauter dans son milieu, comprendre ses relations avec les autres êtres du lieu, saisir la dynamique vivante dans son contexte propre. Chaque grenouille est différente dans chaque contexte. C'est cette dynamique vivante et singulière que le Story of Place cherche à révéler. Ce que cela implique concrètement pour la conception d'une intervention : il faut identifier les nœuds — les points du territoire où les relations entre êtres vivants sont les plus intenses, les plus riches, les plus constitutives de la vitalité de l'ensemble. Ungard les nomme « points énergétiques » : les endroits où les dynamiques du vivant se concentrent et se recoupent, comme un estuaire où deux écosystèmes se rencontrent et où la vie est exceptionnellement dense. Une intervention à ce point-là a des effets qui se répercutent sur tout le territoire — comme la réintroduction des loups dans le parc de Yellowstone : une seule action, ciblée sur l'espèce-clé manquante, qui a suffi à relancer la dynamique de l'ensemble en quelques années. La conception régénérative ne travaille pas partout de façon dispersée. Elle cherche ces nœuds de relations entre êtres vivants à partir desquels une intervention peut avoir une portée systémique. Cette notion d'essence unique complète celle de nœud. Chaque lieu possède une essence — ce qui est au cœur de ce territoire, autour duquel il s'organise, ce qui fait qu'il est ce lieu-là et pas un autre. Pour Ungard, formée par Sanford, développer un lieu ne consiste pas à lui ajouter quelque chose de l'extérieur. C'est, au sens étymologique, dé-velopper — enlever le voile, révéler ce qui est déjà là. Les trois questions que Regenesis utilise pour révéler l'essence d'un lieu : Qu'est-ce qui est au cœur de ce territoire, autour duquel il s'organise ? Dans quel réseau de relations réciproques est-il imbriqué avec les territoires qui l'entourent ? Quel est le potentiel inhérent à ce lieu — ce qu'il pourrait devenir si les êtres vivants qui l'habitent pouvaient suivre leur propre évolution ? Prémisse 2 — La co-évolution humain-nature. Les humains ne sont pas extérieurs au lieu — ils en sont une composante vivante constitutive. L'éleveur façonne le sol qui façonne l'herbe qui façonne le troupeau qui façonne le paysage qui façonne l'éleveur. Ce n'est pas une métaphore. C'est une réalité biologique : les êtres humains et les êtres non humains d'un territoire co-évoluent, se constituent mutuellement. Le développement régénératif ne consiste pas à « protéger la nature de l'humain » mais à développer les capacités des humains à contribuer activement à la vitalité du lieu — à la vie dans les sols, aux populations animales et végétales, aux communautés qui l'habitent. Ungard le formule ainsi : nous avons toujours su faire — les générations précédentes s'inscrivaient naturellement dans les

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