NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
Tableau 7 — Durabilité, résilience et régénération : lecture NSV du cadre Fischer et al.
Concept
DURABILITÉ « Faire moins de mal »
RÉSILIENCE « Persister, s'adapter, se transformer »
RÉGÉNÉRATION « Renouveler et contribuer positivement » Favoriser des relations mutuellement bénéfiques entre humains et entités non humaines ( more-than-human entities ). Contributions nettes positives ( net-positive ), ancrées dans un lieu Spirales ascendantes ( upward spirals ) : dynamiques partiellement auto-entretenues où chaque renforcement crée les conditions du suivant. L'élan régénératif ( regenerative momentum ) réduit l'effort nécessaire au fil du temps Réorganisation : fenêtre critique où le renouvellement est possible. L'innovation émerge, les nouvelles configurations se testent. Phase où les dynamiques régénératives peuvent s'installer 4 principes issus de la régénération : contributions nettes positives, relations mutuelles humain–non-humain, spirales ascendantes inter-domaines, agence humaine et orientation vers le futur Frein psychologique : amnésie environnementale ( shifting baseline ), déconnexion de la biosphère, crise de sens. La régénération restaure l'agence humaine Humains composantes de la biosphère. Intendance proactive ( biosphere stewardship ). Relations mutuelles avec les entités non humaines. Co-évolution explicite Agence locale et poly-opportunities : les synergies régénératives entre domaines (santé, environnement, économie,
Finalité Fischer et al. 2025
Réduire les pressions anthropiques. Rester dans les limites planétaires. Logique de seuils (planetary boundaries)
Maintenir la capacité du système à absorber les chocs et à se réorganiser. Propriété systémique, pas un objectif en soi
Spirales Fischer et al. 2024 + 2025
Spirales descendantes : rétroactions où la dégradation accélère la dégradation. Transgression des limites planétaires, polycrise (Søgaard Jørgensen et al. 2024) Croissance → Conservation : accumulation de ressources, efficience croissante, rigidité progressive. Le système « tient » mais perd en adaptabilité ⊕ Peu mobilisés dans la durabilité classique, qui ne mobilise que la gestion des seuils sans penser les relations ni l'auto-organisation Frein économique : invisibilité de la biosphère dans les modèles comptables, subventions au dégénératif, extraction comptée comme création de valeur ⊕ ⊕ Humains à côté de la biosphère. Gestion des impacts. Les systèmes socio-écologiques sont un contexte externe
Seuils critiques : la résilience identifie les tipping points et les régimes shifts. Mais la résilience de systèmes dégradés peut devenir un piège ( lock-in )
Panarchie Holling 2001, repris par Fischer et al. 2025
Libération ( release ) : le piège de la rigidité se rompt. Crise, destruction créatrice. Le système ne peut plus absorber de perturbation supplémentaire 3 principes issus de la résilience : cycles de renouvellement multi-échelles (panarchie), régimes shifts et états alternatifs, limites planétaires Frein politique : inertie institutionnelle, silos sectoriels hérités, lobbying des secteurs polluants, évitement de la phase de réorganisation ⊕ Humains dans les systèmes socio-écologiques. Interdépendances reconnues, mais la résilience peut maintenir des états dégradés stables Polycentricité : coordination multi-niveaux par des acteurs multiples et partiellement interconnectés (Ostrom 1990)
Sept principes combinés Fischer et al. 2025, Fig. 3
Freins systémiques Folke et al. 2021 + Fischer et al. 2025 + lecture NSV
Relation humain–biosphère Fischer et al. 2025 + lecture NSV
⊕ Gouvernance sectorielle et hiérarchique. Conformité aux normes
Gouvernance Folke et al. 2005 + Fischer et al. 2025
éducation) deviennent des objectifs politiques explicites
Lecture Nous Sommes Vivants du cadre Fischer, Farny, Pacheco-Romero & Folke (Ambio, 2025), complétée par Folke et al. (Ambio, 2021) et Fischer et al. (Nature Sustainability, 2024). ⊕ = interprétation ou extension Nous Sommes Vivants au-delà du texte source. L'article original (Table 1) compare résilience et régénération sur deux colonnes comme méta-concepts complémentaires ; la colonne « Durabilité » et la distribution des freins systémiques sont des ajouts de lecture Nous Sommes Vivants. La contribution majeure est le concept de spirales ascendantes (Fischer et al. 2024) : la régénération n'est pas un état mais une dynamique partiellement auto-entretenue.
3. SEUL LE VIVANT SE RÉGÉNÈRE — L'ENTREPRISE PEUT EN CULTIVER LA CAPACITÉ
Ce principe ne naît pas dans le management. Il naît dans la pratique — et dans trois champs bien antérieurs à la littérature sur le business régénératif. L'agriculture. Les savoirs indigènes constituent le fondement premier. George Washington Carver expérimente les engrais verts dès la fin du XIXe siècle. Le terme « agriculture régénérative » apparaît en 1979 (Medard Gabel), et c'est Robert Rodale qui en donne la première définition en 1983 : une agriculture qui accroît simultanément la productivité et la base biologique des sols, avec un impact environnemental minimal et une contribution sociale croissante. L'architecture. C'est un architecte — Malcolm Wells — qui crée en 1969 le premier outil de mesure régénérative : une grille de 22 critères allant de –100 (dégénératif) à +100 (régénératif). C'est un collectif d'architectes, d'urbanistes et d'hydrogéologues — le Regenesis Group (1995) — qui formalise le cadre théorique du développement régénératif. Le passage de l'agriculture au territoire, puis du territoire à l'organisation, s'opère par le design : non pas concevoir des objets mais concevoir les conditions relationnelles pour que le vivant monte en capacité.
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