NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
• N3 (Restaurer) : posture de l'Architecte qui répare pour être robuste en tissant des relations. Le récit est : « comment assurer la robustesse de l'activité dans des écosystèmes instables ? ». Le référentiel reste la continuité de l'activité — même si les moyens mobilisés sont écosystémiques. • N4 (Régénérer) : posture du Jardinier qui révèle la capacité de chacun à atteindre son plein potentiel. Le récit est : « quel service unique rendons-nous au vivant ? ». Le référentiel est la capacité du vivant — l'activité économique est subordonnée à cette capacité, non l'inverse. C'est pourquoi l'on peut, sans contradiction, partir de l'organisation (parce que c'est là que se prennent les décisions) tout en orientant chaque question, chaque levier, chaque critère de maturité vers la capacité du vivant (parce que c'est la finalité cohérente). Le Capacity Score n'est pas un compromis entre inside-out et outside-in. Il est l'expression opérationnelle d'une question plus fondamentale : l'activité renforce-t-elle ou affaiblit-elle la capacité du vivant — humain et non humain — à continuer ? Ce changement de paradigme éclaire deux débats structurants pour la suite du document. Le premier est celui de la post-croissance . Parrique ( Ralentir ou périr , 2022) pose la question : peut-on prospérer sans croissance du PIB ? La réponse régénérative est : oui, à condition de redéfinir ce qui croît. Ce ne sont pas les flux monétaires qui doivent croître, mais les capacités du système vivant . C'est exactement le passage du N3 au N4 : la post-croissance dit « arrêtons d'accumuler », l'économie régénérative dit « faisons prospérer les capacités du vivant ». L'une est une condition, l'autre est une direction. La section 7 développe cette convergence et ses implications économiques. Le second débat est celui de la gouvernance . En France, un présupposé tenace veut que seules les structures de l'Économie Sociale et Solidaire — coopératives, associations, mutuelles — puissent être véritablement contributives, parce que leur forme juridique le garantit. Les entreprises conventionnelles seraient structurellement incapables de contribuer au vivant. Ce présupposé réduit la contribution à une question de statut — pas de pratique. Or le changement de paradigme est un critère fonctionnel , pas juridique : ce qui compte, c'est si l'activité renforce effectivement la capacité du vivant, pas si les statuts le promettent. Le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective (octobre 2025, voir section 7.1) reproduit exactement ce biais : son scénario 4 — « communautés locales résilientes » — ne mentionne que les structures ESS. Les entreprises de marché qui adoptent des pratiques régénératives n'y figurent pas. C'est un verrou à lever — et la section 7 le documente. 4.4. Le nouveau paradigme cible (N4) Les sections précédentes ont suivi trois corpus indépendants — la stratégie d'entreprise régénérative (Hahn & Tampe, HEC), la science de la résilience et des systèmes socio-écologiques (Fischer et al., Folke et al., Hamant), la pratique du développement régénératif (Regenesis, Holliday, Sanford, Ungard) — et la réconciliation de leurs logiques. Le point de convergence est le socle sur lequel la suite repose. Il tient en cinq propositions. Ce qu'on régénère, ce ne sont pas des systèmes — ce sont les êtres vivants dans leur milieu de vie. La régénération concerne la capacité du vivant — humain et non humain — à atteindre son plein potentiel dans son environnement (Regenesis, Mang & Reed 2012). L'écosystème est le milieu de vie, pas l'objet à régénérer. C'est la différence entre pensée systémique (robustesse, résilience) et pensée du vivant (vitalité, régénération). L'économie régénérative opère sur trois sphères distinctes qui ne fusionnent pas — environnementale (climat, eau, sols, biodiversité), sociale (bien-être et juste rémunération sur toute la chaîne de valeur, One Health) et économique (viabilité financière, rapport extra-financier). La soutenabilité forte (Skene, 2022) pose que l'économie est enchâssée dans la société, elle-même enchâssée dans l'environnement naturel : il n'y a pas d'arbitrage possible entre ces niveaux. La robustesse sert l'activité ; la régénération sert le vivant. Ce n'est pas un degré d'ambition supplémentaire — c'est un changement de paradigme. La triple profitabilité n'est pas un arbitrage entre trois objectifs concurrents mais une synergie (Konietzko et al., 2023 ; Roche & Jakub, Economics of Mutuality ) : les pratiques régénératives produisent simultanément de la valeur économique, écologique et sociale — pas l'une au détriment de l'autre. La transformation intérieure est une condition, pas un supplément. Les trois corpus convergent sur ce point : Regenesis en fait la quatrième prémisse du Story of Place, Sanford et Ungard en font le cœur de la montée en capacité, Folke et al. (2021) identifient la déconnexion psychologique comme frein systémique. Aucune bascule des modèles économiques ne tient sans bascule des modèles mentaux. C'est ce socle — la capacité du vivant comme référentiel, trois sphères distinctes, changement de paradigme, triple profitabilité comme synergie, transformation intérieure comme condition — que Nous Sommes Vivants traduit en outils opérationnels dans les sections suivantes. Synthèse — Les quatre étapes à travers les trois corpus : stratégie d'entreprise, science des systèmes, développement régénératif Le tableau ci-dessous récapitule comment chaque source des trois corpus — (1) stratégie d'entreprise régénérative (Hahn & Tampe, HEC, Konietzko, Sarkar), (2) science des systèmes socio-écologiques (Fischer, Hamant), (3) pratique du développement régénératif (Regenesis, Holliday, Wells) — nomme et caractérise les quatre étapes. Les termes diffèrent, la progression converge. La dernière ligne montre la nomenclature retenue par Nous Sommes Vivants.
29
Made with FlippingBook - Online Brochure Maker