FNH N° 1231

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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

Cybersécurité Un risque à part pour l’assurance Au Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, le panel consacré à la cybersécurité a mis en lumière un risque qui ne se laisse plus traiter comme un risque technique parmi d’autres. Par sa dimension systémique, sa rapidité d’évolution et ses effets potentielle- ment simultanés sur plusieurs entreprises ou infrastructures, le cyber teste à la fois les capacités de prévention des entreprises, les dispositifs de gestion de crise et les limites de l’assurabilité. Par Y. Seddik

conduit à un virement de 450.000 euros et à un drame humain au sein de l’entreprise concernée. Il a aussi évoqué le cas d’un transporteur européen paralysé par une demande de rançon en bitcoins, sans pré- paration ni capacité immédiate de réaction. A travers ces exemples, il a insisté sur un point central : le dénominateur commun de ces crises reste l’humain. Le facteur humain est à la fois le maillon faible et le maillon fort de la gestion de crise, selon le degré de préparation des collaborateurs et des dirigeants. Arnaud Kremer a aussi rappelé que dans les PME et TPE, les dispositifs de prépara- tion restent souvent très limités. D’où, selon lui, le rôle de l’assureur sur toute la chaîne, avant, pendant et après la crise. Avant, par la préparation, les exercices et la structura- tion des procédures. Pendant, par l’accom- pagnement immédiat des cellules de crise, la mobilisation d’experts techniques et la coordination des réponses. Après, par le retour d’expérience et l’amélioration des dispositifs. Il a insisté sur la nécessité de tester réellement les procédures, estimant qu’un bon manager du quotidien n’est pas forcément un bon gestionnaire de crise. Karim Hamlat, souscripteur traité cyber pour la région EMEA chez SCOR, a pour sa part rappelé que l’assurance cyber reste un produit jeune, apparu dans les années 2000 aux Etats-Unis, développé dans les années 2010 en Europe, puis plus récem- ment en Afrique. Cette jeunesse explique en partie les difficultés encore observées en matière de modélisation, de standardi- sation contractuelle et de diffusion large du produit. Du point de vue de la réassu- rance, il a mis en avant trois défis. D’abord, la dimension systémique du cyber, illus- trée à la fois par les ransomwares de grande ampleur, comme NotPetya, et par la forte dépendance des entreprises aux grands fournisseurs de cloud et de logi- ciels. Ensuite, une sinistralité en mutation, marquée par des attaques plus sophisti- quées, plus nombreuses et parfois plus lourdes, entre fraude informatique, double rançonnage avec exfiltration de données et vulnérabilités de la supply chain. Enfin, il a plaidé pour des produits plus simples, des questionnaires de souscription mieux adaptés aux PME et une clarification des garanties et exclusions. Il a toutefois relevé la progression du marché mondial de la cyberassurance, passé, selon lui, de 6,5 milliards de dollars à plus de 16 milliards en 2025, sur fond d’amélioration des données et des modèles. ◆

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entrée, Robert Gordon, vice-président principal chargé de la Politique, de la Recherche et des Affaires internationales à l’APCIA, a rappelé que le cyber est devenu un risque intrinsèquement systémique, en raison notamment de la dépendance crois- sante aux plateformes cloud partagées et à l’interopérabilité numérique. Il a toutefois nuancé l’idée d’une menace qui mettrait directement en péril l’ensemble du secteur de l’assurance. Aux Etats-Unis, a-t-il souli- gné, les assureurs de dommages ont ren- forcé leurs standards de souscription ces dernières années et exigent désormais des entreprises des dispositifs de sécurité plus robustes comme préalable à la couverture. Selon lui, ce durcissement a fini par pro- duire des effets, en améliorant la résilience des assurés et en contribuant à la baisse des pertes malgré un environnement plus exposé. Ghizlane Benbrahim, directrice Business

Development du marché marocain et Innovation produits chez Atlantic Re, a replacé l’assurance cyber dans une logique plus large que la seule indemnisation. Elle a détaillé trois volets. Le premier reste la cou- verture financière des pertes. Le deuxième concerne la prévention, avec des exigences minimales de sécurité avant souscription et des recommandations d’amélioration for- mulées à l’issue du processus d’évaluation du risque. Le troisième touche à la gestion de sinistre, avec une capacité d’interven- tion immédiate lorsque l’incident survient. Son propos a insisté sur le fait que dans le cyber, l’assureur n’intervient pas seulement après coup, il accompagne aussi l’assuré dans la lecture de sa posture de sécurité et dans la réaction opérationnelle au moment critique. Elle a également indiqué qu’Atlantic Re a travaillé durant une année sur une solution cyber pensée pour l’ensemble du tissu éco- nomique marocain, et non plus seulement pour les grandes entreprises. L’objectif affi- ché est d’élargir l’accès à cette couverture à des structures de tailles diverses, avec un processus simplifié et davantage digitalisé, tout en l’adaptant au cadre législatif maro- cain. Elle a rappelé que les petites entre- prises ne doivent pas être sous-estimées, dès lors qu’elles détiennent elles aussi des données sensibles et qu’elles sont sou- vent plus fragiles en matière de continuité d’activité. L’un des passages les plus marquants du panel est venu d’Arnaud Kremer, direc- teur de ChapsVision Africa, qui a apporté une lecture très opérationnelle du risque cyber à partir de cas concrets de gestion de crise. Il a relaté l’exemple d’une fraude de type «escroquerie au président» ayant

 Risque jeune, mouvant et difficile à agréger, le cyber oblige l’assurance à revoir à la fois ses mécanismes de couverture, ses outils de prévention et sa gestion de crise.

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