FNH N° 1231

SANTÉ

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

Santé «L’enjeu n’est plus d’adopter l’IA, mais de bâtir un écosystème africain crédible, adapté à nos réalités»

F. N. H. : Comment les pays africains peuvent- ils financer cette trans- formation numérique, et où en est aujourd’hui le Maroc dans cette dyna- mique ? I. H. : Le financement doit reposer sur une logique mixte : investissement public, par- tenariats public-privé, coopé- ration internationale, innova- tion universitaire et appui des écosystèmes technologiques. Il n’est pas nécessaire de tout faire en une fois; les pays afri- cains peuvent commencer par des cas d’usage à forte valeur ajoutée, comme l’imagerie, les registres, le suivi des mala- dies chroniques ou l’optimisa- tion des flux hospitaliers. Le Maroc, pour sa part, a claire- ment engagé une dynamique structurée avec Maroc Digital 2030, présentée comme une stratégie nationale d’accé- lération de la transformation digitale, avec une ambition de souveraineté numérique et une enveloppe annoncée de 11 milliards de dirhams. Dans le champ de la santé, cette orientation s’inscrit aussi dans une réforme plus large du sys- tème sanitaire et dans la digi- talisation progressive de ses outils de gouvernance. F. N. H. : Peut-on consi- dérer l’intelligence arti- ficielle comme un levier d’efficacité pour réduire certains coûts dans les systèmes de santé, notamment en matière de diagnostic ou de ges- tion des données médi- cales ? I. H. : Oui, mais il faut être

L’intelligence artificielle redéfinit les systèmes de santé à l’échelle mondiale, tandis que l’Afrique entre dans une phase décisive de structuration

de son écosystème numérique. Cette transformation, qui touche à l’accès aux soins, au financement et aux impératifs éthiques, soulève des défis majeurs. Entretien avec la professeure Intissar Haddiya, romancière, médecin-néphrologue et PHD en responsabilité sociale en santé.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

rie, en triage et en aide à la décision. L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas seulement d’adop- ter des outils, mais de construire un écosystème africain crédible, fondé sur la qualité des données, les compétences locales et une gouvernance adaptée à nos réalités. L’adoption par l’Union africaine de sa stra- tégie continentale sur l’IA en 2024 montre que le continent a désormais une vision poli- tique plus affirmée. F. N. H. : Dans des sys- tèmes de santé souvent marqués par un manque de médecins et d’infras- tructures, l’intelligence artificielle peut-elle réel- lement améliorer l’accès aux soins sur le conti- nent africain ? I. H. : Tout à fait, mais à

condition de la concevoir comme un outil d’extension des capacités humaines, et non comme un substitut au soignant. Dans des contextes où les ressources médicales sont inégalement réparties, l’IA peut aider au dépistage précoce, à l’orientation des patients, à l’analyse d’images, au suivi à distance et à une meilleure priorisation des cas. Elle peut donc rapprocher l’expertise de territoires qui en sont aujourd’hui éloignés. Mais cela suppose des pré- requis, à savoir connectivité, formation des profession- nels, interopérabilité des sys- tèmes, et validation clinique des outils dans les popula- tions africaines. Sans cela, on risque d’importer des solu- tions séduisantes mais mal adaptées au terrain.

Finances News Hebdo : L’intelligence artificielle transforme progressi- vement les systèmes de santé à travers le monde. Où se situe aujourd’hui l’Afrique dans cette révolution technologique ? Intissar Haddiya : L’Afrique n’est plus en marge du mou- vement, mais elle se trouve encore dans une phase de structuration. On observe une montée en puissance des stratégies numériques, de la télémédecine, des plate- formes de données et des premiers usages de l’IA en santé publique, en image-

L’adoption par l’Union africaine de sa stratégie continentale sur l’IA en 2024

montre que le continent a désormais une vision politique plus affirmée.

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