ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026
Produits alimentaires Une hausse des prix qui s’installe dans la durée Les prix des produits alimentaires continuent de progresser, malgré une inflation globale relativement contenue. Derrière les chiffres, une pression diffuse mais persistante s’installe. Par K. A.
pour les marchandises impor- tées. À cela s’ajoutent les coûts de stockage, d’emballage et de logistique, qui évoluent eux aussi à la hausse. Résultat : les prix augmentent progressi- vement, même sur des produits qui, à première vue, ne semblent pas directement liés aux mar- chés internationaux. À cette dimension externe s’ajoute le fonctionnement du marché intérieur. «Ce sont les spéculations et les intermédia- tions qui font augmenter les prix de vente en détail», explique l’expert. Entre le producteur et le consommateur final, plusieurs intermédiaires interviennent, chacun appliquant sa marge. Dans certains cas, ces pratiques amplifient les hausses initiales, ce qui rend les prix encore plus difficiles à maîtriser. Dans ce contexte, les mesures mises en place pour limiter la hausse des prix peinent à pro- duire des effets visibles. «Quand on décide d’indemniser les professionnels du transport, il faut s’assurer que cette indem- nité servira à atténuer les prix de transport» , précise-t-il. Plus largement, ajoute-t-il, « distribuer les subventions ne sert à rien si le vécu du citoyen ne s’améliore pas». La question n’est donc pas seulement celle du volume des aides, mais de leur impact réel sur les prix payés par les consommateurs. Il faut rappeler que depuis 2020, les ménages font face à une suc- cession de crises : pandémie, reprise économique fragile, infla- tion importée, tensions sur les marchés de l’énergie. Tout cela a progressivement renforcé leur exposition aux hausses de prix. Aujourd’hui, les arbitrages sont devenus plus stricts. Face à cette hausse continue des prix, les ménages se concentrent sur l’essentiel : se nourrir, se loger, payer les frais indispensables. Les dépenses secondaires sont souvent repoussées, et l’épargne devient plus difficile à constituer. Cette évolution traduit une adap- tation progressive à un contexte où les prix augmentent plus vite que les revenus. ◆
La hausse progressive des prix alimentaires continue d’impacter le pouvoir d’achat des ménages marocains.
L
a hausse des prix alimentaires n’est plus un phénomène ponc- tuel. Elle s’inscrit dans une dyna- mique durable, portée par une progression lente mais continue du coût des produits de base. Si les indicateurs d’inflation restent relativement stables, leur impact dans le quotidien des ménages est, lui, bien réel. Et il se ressent surtout au moment de faire ses courses, où chaque variation, même légère, finit par peser. Selon les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP), l’indice des prix à la consommation a progressé de 1,2% en mars 2026 par rap- port au mois précédent. Cette hausse est en grande partie tirée par les produits alimen- taires, dont les prix ont aug-
menté de 1,9%. Dans le détail, ce sont notamment les légumes (+9,7%), les fruits (+2,6%) ou encore les produits de la mer (+1,3%) qui enregistrent les hausses les plus visibles, tra- duisant une pression plus large sur l’ensemble du panier. À cela s’ajoutent d’autres produits de consommation courante, dont les prix évoluent de manière plus discrète mais continue. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout le ressenti des ménages qui interpelle. «Certains produits alimentaires ont connu des hausses variant entre 20 et 50%, ce qui porte atteinte au pouvoir d’achat du citoyen», explique Youssef Guerraoui Filali, pré- sident du Centre marocain de la gouvernance et du management (CMGM). Autrement dit, même si l’inflation semble maîtrisée sur le papier, elle est bien plus marquée dans la réalité. Et pour cause : les pro-
duits alimentaires sont achetés très régulièrement, ce qui rend chaque hausse immédiatement visible et difficile à absorber. Cette situation ne s’explique pas par un seul facteur. Elle est le résultat de plusieurs éléments qui s’additionnent. Le premier, c’est la dépendance du Maroc aux importations énergétiques. «Tout d’abord, la dépendance de l’extérieur vis-à-vis des pro- duits énergétiques raffinés nous conduit à subir des hausses de prix, sans avoir véritablement des marges de manœuvre», souligne-t-il. Concrètement, dès que les prix du pétrole augmen- tent à l’international, cela finit par se répercuter localement, notamment à travers les coûts de transport et de distribution. Et c’est là que l’effet domino se met en place. Le carburant plus cher signifie des coûts de livraison plus élevés, que ce soit pour les produits agricoles ou
Certains produits alimentaires ont connu des hausses variant entre 20 et 50%.
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