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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

Entre la pompe et l’officine, Ahmed Rahhou refuse de lisser les angles. Face aux tensions sur les prix des carburants et l’avenir du médicament, le président du Conseil de la concurrence prône une rupture franche avec les cadres rigides. Il plaide pour une régulation moderne de ces deux secteurs stratégiques. Par Y. Seddik L Médicaments - Hydrocarbures Ahmed Rahhou siffle la fin des tabous

e sujet est aujourd’hui sensible parce qu’il touche deux produits que les Marocains ne regardent jamais comme de simples marchan- dises : il s’agit des médicaments et des carbu- rants. Le premier renvoie directement à l’accès aux soins. Le second entre dans le coût de la vie, les transports et les marges des entreprises... Invité des «Nuits de la Finance» organisé par Finances News Hebdo et consacré aux règles du jeu concurrentiel dans ces deux secteurs, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, n’a pas fait dans la demi-mesure. Son diagnostic est que la liberté des prix est un impératif, à condition de remettre à plat des modèles économiques qui ont fait leur temps. Le président du Conseil de la concurrence com- mence par rappeler son périmètre. Le Conseil ne fabrique pas la politique publique et ne juge pas les choix du gouvernement, ni ceux du Parlement. Il observe les marchés, les com- portements des acteurs et les règles qui les encadrent. Dans sa lecture, le Maroc a fait depuis longtemps le choix d’une économie libé- rale, fondée sur l’investissement privé, la liberté d’entreprendre et la propriété privée. À partir de là, la concurrence devient un véritable outil d’organisation du marché. Cette ligne explique sa position sur les subven- tions, puisque Rahhou ne plaide pas pour un retour à la compensation des produits pétro- liers. «Une subvention sur le carburant pro- fite davantage à celui qui consomme le plus. Autrement dit, celui qui roule beaucoup, avec un véhicule plus puissant, capte mécanique- ment une part plus importante de l’effort public. Le ménage qui prend les transports en commun n’en bénéficie que très indirectement» , a-t-il souligné. Pour lui, l’aide directe via le Registre

social unifié permet de cibler plus justement les ménages qui ont réellement besoin d’un soutien. Le même raisonnement se retrouve dans la santé, avec une contrainte plus lourde encore. La généralisation de la couverture sociale ins- talle progressivement la CNSS comme payeur final d’une part croissante des dépenses de soins. Le Maroc entre donc dans un système où les cotisations et, à terme, le budget de l’État devront absorber des dépenses appelées à augmenter. «Sous d’autres cieux, les grands systèmes de couverture sociale nés après la Seconde Guerre mondiale dans plusieurs pays développés, cherchent aujourd’hui des écono- mies partout. Le Maroc a encore le temps d’évi- ter certaines impasses, à condition de poser les questions tôt », recommande le président du Conseil de la concurrence. La pharmacie d’officine arrive dans ce débat par cette porte-là. Le médicament représente environ 24 à 25 milliards de dirhams de chiffre d’affaires au Maroc, dont près de 14 milliards passent par les pharmacies. Sur ces 14 mil- liards, une bonne partie rémunère le réseau de distribution. Le Conseil s'interroge si on peut continuer à faire dépendre la viabilité des phar- macies presque exclusivement du prix du médi- cament, alors que la politique de santé publique pousse plutôt à faire baisser ce prix ? L’ouverture du capital des pharmacies, même encadrée, reste rejetée par une partie impor- tante de la profession. Les pharmaciens pré- sents lors du débat ont rappelé que le médi- cament n’est pas un produit banal. L’arrivée d’investisseurs non-pharmaciens, selon eux, ferait entrer une logique de rentabilité financière dans un métier qui relève d’abord de la santé

publique. Ils craignent aussi un risque sur l’indé- pendance du pharmacien, l’équité territoriale et la disponibilité de certains médicaments moins rentables. La profession ne nie pas le besoin de moder- nisation et renvoie plutôt le Conseil à un autre diagnostic. Les officines en difficulté ne le sont pas seulement faute de capitaux. Elles subissent aussi un cadre légal resté figé, des baisses successives des prix des médicaments et des mesures de compensation qui n’ont pas suivi. Plusieurs intervenants ont insisté sur la reconnaissance de l’acte pharmaceutique (idée également défendue par le Conseil). On cite le conseil, la lecture d’ordonnance, l’accompa- gnement des patients chroniques ou encore le renouvellement encadré de certains traitements. Ce travail existe déjà dans la pratique quoti- dienne, mais n’est pas rémunéré comme tel. Rahhou ne recule pas sur le fond de l’idée et nuance le chemin. Pour lui, l’ouverture du capi- tal n’est pas présentée comme la seule issue. Il évoque des étapes intermédiaires comme les centrales d’achat, chaînes entre pharmaciens, franchises, mutualisation de certaines charges, diversification des revenus. En clair, permettre à la pharmacie de ne plus vivre uniquement du médicament. Dans plusieurs pays, une partie du chiffre d’affaires vient de la parapharmacie, des produits de santé, de la diététique ou de

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