ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026
Agence de voyages «Il faut passer d’une logique de vente à une logique de création de valeur client»
seront contournées… si elles ne s’adaptent pas à ces transfor- mations. Un consommateur peut aujourd’hui donner à l’IA un bud- get, une ou plusieurs destina- tions et lui demander de s’occu- per du reste. L’IA sera extrêmement perfor- mante pour optimiser un voyage simple, standardisé et à faible risque, mais elle montrera rapi- dement ses limites dès que le voyage est plus complexe (mul- ti-destinations, groupes, événe- ments), où s’il y a des incerti- tudes comme les annulations et les crises géopolitiques. Surtout s’il faudrait gérer l’émotion, car on part du fait qu’on ne propose pas du marbre dans des hôtels et des places dans des avions, mais plutôt des expériences de vie, du sur-mesure et des his- toires à raconter. L’IA ne remplace pas l’agence, elle présente les cartes de la chaîne de valeur. Les agences doivent l’intégrer comme un outil d’augmentation de leur perfor- mance, pas la subir. Le client utilisera l’IA pour s’inspirer et l’agence pour sécuriser et subli- mer son expérience. F. N. H. : Le e-tourisme a pesé 4,7 milliards de $ en 2024. Le Maroc est-il en train de rater ce virage stratégique ou dispose-t-il encore d’un avantage compétitif ? S. T. : Le Maroc n’a pas raté le virage, mais il ne l’a pas encore pris pleinement. Nous disposons d’atouts majeurs, à savoir une destination en forte croissance, une diversité d’expériences (culture, désert, balnéaire, MICE), et une proximité avec les mar- chés européens. Mais notre faiblesse reste struc- turelle puisqu’une bonne partie du tissu actuel des producteurs du voyage trouve son bonheur dans des produits classiques (Haj, Omra, TO classiques…), et font de la résistance au change- ment. C’est un tissu qui est aussi marqué par la faible digitalisation des opérateurs, la fragmentation de l’offre, et surtout une sous- exploitation de la data touris- tique. Et ce, malgré les efforts continus de l’ONMT…. C’est
Le tourisme représente plus de 9% du PIB mondial et génère plus de 1.400 milliards de dollars. À l’ère de l’intelligence artificielle, des plateformes digitales et des incertitudes géopolitiques, le secteur connaît une mutation profonde. Le digital capte l’essentiel des réservations et l’IA redéfinit les usages, remettant en question le modèle traditionnel des agences de voyages. Entretien avec Said Tahiri, économiste et opérateur du secteur touristique.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Entre intelligence artifi- cielle, plateformes digitales et instabilité géopolitique, le modèle traditionnel des agences de voyages est- il aujourd’hui en train de s’essouffler ? Said Tahiri : D’abord, quelques chiffres pour clarifier le contexte. Le tourisme représente plus de 9% du PIB mondial et génère plus de 1.400 Mds $ de recettes… Le digital capte la part dominante des réservations et l’IA accé- lère cette tendance à une vitesse grand V. Les ¾ des jeunes de 18-25 ans utilisent déjà l’IA et le marché mondial de l’IA dans le tourisme a atteint 3 Mds $ en 2024. Il est estimé à plus de 27 Mds en 2035, soit une croissance de plus de 22% par
an... Le Maroc ne déroge pas à cette tendance. Je reste pour- tant convaincu que ce n’est pas la fin des agences de voyages. C’est la fin d’un modèle clas- sique vieux de 30 ans. L’agence de voyages ne s’essouffle pas, elle se transforme. A nous, opérateurs du secteur, d’accompagner le développe- ment des technologies dans le monde du voyage, d’adapter nos offres et notre comportement pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs et d’utiliser l’IA comme un levier de croissance. Le consommateur est de plus en plus exigeant. Il opère dans un monde ouvert. Ce qui est en train de disparaître n’est donc pas l’agence de voyages, c’est l’agence «transactionnelle» qui vend seulement un billet ou une chambre. Aujourd’hui, la valeur ajoutée de l’opérateur du tou-
risme s’est déplacée; elle n’est plus dans l’accès à l’information, devenu facile et universel, mais dans la capacité à conseiller, personnaliser, organiser et sécu- riser l’expérience client. Je pense même que plus le monde devient complexe (IA, inflation, instabilité géopoli- tique…), plus le besoin d’inter- médiation qualifiée, à forte valeur ajoutée augmente. Le métier d’agent de voyage de demain ne sera pas celui d’un distribu- teur, mais celui d’un architecte de voyage et gestionnaire de risques. F. N. H. : Avec près de 40% des voyageurs qui uti- lisent l’intelligence artifi- cielle pour organiser leurs séjours, les agences ne risquent-elles pas d’être contournées ? S. T. : Effectivement, elles
Dans un monde où un client sur deux est prêt à confier son voyage à l’IA, nous allons passer d’un métier de vendeur à un métier de conseiller stratégique en voyage.
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