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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

comme si nous étions dans un train à 2 vitesses. Le retard est réel, mais la fenêtre d’opportu- nité est encore ouverte, surtout avec les échéances 2030. Le véritable enjeu n’est pas de copier les plateformes internatio- nales, mais de construire un éco- système digital marocain intégré, capable de capter plus de valeur localement. F. N. H. : Face à des géants internationaux du digital, les agences marocaines ont-elles réellement les moyens de rivaliser ou doivent-elles revoir en pro- fondeur leur positionne- ment ? S. T. : Nous ne devons sur- tout pas chercher à rivaliser. Frontalement, nous y perdons à coup sûr. Les Online Travel Agencies (OTA) comme Booking. com ou Expedia dominent par la technologie et les volumes. Les agences marocaines doivent jouer une autre partition, que ces OTA ne peuvent adopter, à savoir la personnalisation, la connais- sance fine du terrain, les niches à forte valeur (excursions, luxe, MICE, tourisme expérientiel) et se positionner dans un accom- pagnement humain premium. Nous ne sommes pas dans une bataille de technologies, c’est une bataille de positionnement. Et la clé, pour la survie et le développement des agences de voyages marocaines, c’est le passage d’un modèle de volume à un modèle de valeur et de spé- cialisation. F. N. H. : L’intelligence arti- ficielle est souvent présen- tée comme une opportu- nité. Concrètement, le sec- teur est-il prêt à franchir ce cap ? S. T. : La majorité des agences marocaines en est encore à un stade très basique de digitali- sation. On ne peut pas parler d’IA quand les fondamentaux ne sont pas maîtrisés, à savoir CRM, data client et automatisa- tion…. Mais c’est justement là que réside l’opportunité à travers l’automatisation des opérations, la génération d’itinéraires per-

 Le marché mondial de l’IA en tourisme a atteint 3 milliards de dollars en 2024.

sonnalisés, le Dynamic pricing et l’anticipation des comporte- ments clients. L’IA peut être un formidable levier de productivité et de montée en gamme… à condition d’adopter une révo- lution de Mindset et d’investir rapidement. F. N. H. : Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les incer- titudes économiques, com- ment les agences peuvent- elles renforcer leur rési- lience ? S. T. : La résilience des agences de voyages repose sur la diver- sification de l’offre et des mar- chés, puisqu’on dépend encore essentiellement du marché euro- péen, et n’arrivons pas encore à intégrer davantage l’Afrique, le Moyen-Orient et le tourisme domestique. Notre résilience repose aussi sur l’agilité opérationnelle qui est notre capacité à reconfigurer rapidement les offres en fonction des crises (covid, Ukraine, Iran/ Golfe, inflation…) ainsi qu’à la montée en gamme. En effet, plus le produit est premium, moins il est sensible aux chocs éco- nomiques. Les agences doivent aussi se repositionner comme des gestionnaires de crise pour leurs clients à travers l’assis- tance, l’assurance et reboo- king… Dans un monde instable, la sécurité devient un produit en soi.

F. N. H. : À moyen terme, faut-il s’attendre à une dis- parition progressive des agences de voyages clas- siques ou à une transforma- tion de leur rôle ? S. T. : Je pense qu’il y aura une sélection naturelle avec deux modèles qui vont coexister : un modèle automatisé, dominé par les plateformes, et un autre humain, premium et spécialisé. Les agences généralistes qui ne créent pas de valeur partiront toutes seules, faute de clients. Celles qui se repositionnent sur- vivront et prospéreront. Dans un monde où un client sur deux est prêt à confier son voyage à l’IA, nous allons passer d’un métier de vendeur à un métier de conseiller stratégique en voyage. F. N. H. : Quelles priorités stratégiques les agences marocaines doivent-elles activer dès aujourd’hui pour rester pertinentes dans ce nouvel écosystème ? S. T. : D’abord, il faudrait une véritable stratégie du tourisme digital au Maroc, pilotée par l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et la Société marocaine d'ingénierie touristique

(SMIT), mais avec la participation et l’implication des professionnels représentés par la Confédération nationale du tourisme (CNT) et les fédérations métiers, à savoir la Fédération nationale de l'in- dustrie hôtelière (FNIH) et la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (FNAVM). Cette stratégie devrait reposer sur plusieurs priorités immédiates, notamment : - digitaliser les fondamentaux : CRM, site transactionnel, pré- sence omnicanale; • intégrer l’IA progressivement : automatisation, recommandation, relation client; • accompagner la spécialisation des agences de voyages : niches à forte valeur (luxe, MICE, dias- pora, sur-mesure); • créer des expériences différen- ciantes pour sortir de la masse des produits standardisés; • nouer des partenariats straté- giques : compagnies aériennes, hôtels, plateformes. C’est donc pour moi l’occasion de lancer un appel aux autori- tés de tutelle pour accompagner les professionnels, qui, seuls, n’ont pas les moyens de mener cette stratégie ambitieuse. Mais surtout, il faut changer de men- talité, passer d’une logique de vente à une logique de création de valeur client. C’est cette trans- formation qui fera la différence entre les agences qui seront vite oubliées… et celles qui devien- dront les leaders de demain. ◆

Notre faiblesse reste structurelle, puisqu’une bonne partie du tissu actuel des producteurs du voyage trouve son bonheur dans des produits classiques et font de la résistance au changement.

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