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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

accélère mécaniquement leur diffusion. À cela s’ajoute un autre indicateur clé : plus de 85% des utilisateurs adolescents privilé- gient des versions aromatisées, un facteur reconnu d’attractivité et de fidélisation. Au-delà des chiffres, un bas- culement culturel s’opère. Les sachets de nicotine ne sont plus perçus comme un produit du tabac, mais comme un objet du quotidien, parfois associé à un mode de vie actif, mobile, voire performant. Cette percep- tion est renforcée par leur pré- sence croissante sur les réseaux sociaux, où ils apparaissent dans des contenus informels, souvent déconnectés des messages de prévention. Le piège d’un produit jugé «sans risque» Et c’est là que le piège se referme. Environ 28% des utili- sateurs considèrent les sachets de nicotine comme moins dan- gereux que la cigarette. Ce qui est révélateur de l’efficacité d’un positionnement marketing qui mise sur l’absence de combus- tion et une image «clean», alors même que le produit continue de diffuser de la nicotine, une subs- tance hautement addictive. En réalité, le produit échappe aux codes traditionnels du tabac. Il ne gêne pas l’entourage, ne laisse pas de traces visibles et peut être consommé dans des contextes où la cigarette est interdite ou mal perçue. Résultat: il s’intègre dans les usages sans créer de rupture sociale, ce qui facilite sa normalisation. Pour le Dr Nabil Najjoud, addic- tologue, cette banalisation est précisément le cœur du pro- blème. «Le principal risque avec les sachets de nicotine, c’est leur capacité à se faire oublier. Ils s’intègrent dans les usages sans créer de rupture visible. Cela donne l’impression d’un produit inoffensif, alors que la nicotine reste une substance hautement addictive» , explique-t-il. Selon lui, le phénomène marque un tournant dans les comporte- ments. «On n’est plus unique- ment dans une logique de subs-

 Les sachets de nicotine ne sont plus perçus comme un produit du tabac, mais comme un objet du quotidien.

Sachets de nicotine Sans fumée, sans odeur…, mais pas sans risque I Les sachets de nicotine gagnent du terrain comme une alternative «propre» au tabac. Derrière son image moderne, les spécialistes alertent sur une banalisation accélérée de la dépendance à la nicotine. Par K. A.

ls sont minuscules, discrets, presque invisibles. Et pourtant, en quelques années, les sachets de nicotine ont réussi ce que peu de produits ont accompli avant eux : s’étendre à l’échelle mon- diale en ciblant directement une nouvelle génération. Sans fumée, sans odeur, sans briquet, ils s’in- tègrent dans les usages quoti- diens avec une facilité décon- certante. Derrière cette adoption rapide, une mécanique bien rodée se dessine : design épuré, marketing digital, promesse de «propreté»… et une perception du risque largement atténuée. Les chiffres traduisent cette bas- cule. En 2023, le marché mondial des sachets de nicotine a dépas- sé les 7,4 milliards de dollars, contre 4,7 milliards un an plus tôt, soit une progression de 57%

en douze mois. Plus de 15,5 mil- liards d’unités ont été vendues sur la même période, certaines estimations évoquant même plus de 20 milliards de sachets écou- lés. En l’espace de cinq ans, les volumes ont explosé, passant de quelques centaines de millions d’unités en 2018 à une industrie de masse. Une trajectoire qui rappelle les débuts de la ciga- rette électronique, mais avec une diffusion encore plus silencieuse et moins visible. Car contrairement à la vape ou au tabac, ces sachets ne produisent ni vapeur ni fumée. Ils se glissent sous la lèvre, sans perturber l’environnement social. C’est précisément cette invisibilité qui accélère leur adoption, notam- ment chez les jeunes. Les études récentes confirment une dyna-

mique rapide. Aux États-Unis, la part des lycéens utilisateurs est passée de 1,5% en 2023 à 2,4% en 2024, soit près de 400.000 adolescents concernés. Dans le même temps, les niveaux d’ex- périmentation dépassent désor- mais les 5% chez les jeunes, et atteignent jusqu’à 10% dans certains pays européens. Cette progression ne se limite pas à l’essai ponctuel. Elle s’ins- crit dans une logique d’instal- lation. Près de 73% des jeunes ayant testé ces sachets conti- nuent de les utiliser, un taux particulièrement élevé qui traduit un potentiel addictif significatif. Parallèlement, plus d’un tiers des jeunes déclare déjà connaître ces produits, et près de 30% se disent susceptibles de les essayer. Une combinaison qui

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