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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

de les faire respecter sur le ter- rain. Il y a un décalage réel entre le cadre prévu et ce qui se passe au quotidien, notamment dans les zones les plus fréquentées», sou- ligne une source au sein du Conseil de la région Casablanca-Settat. «Cela suppose des moyens de contrôle plus efficaces, mais aussi une meilleure coordination entre les acteurs locaux», ajoute-t-elle. Le phénomène ne se limite pas à la capitale économique. Des villes comme Rabat, Marrakech ou Tanger sont également confron- tées à une présence croissante de gardiens informels. Certaines col- lectivités ont tenté d’introduire des solutions alternatives, comme les horodateurs ou la délégation à des opérateurs privés, dans l’objectif de structurer le stationnement et de réduire l’informel. Pour les responsables territoriaux, la problématique dépasse la seule question du stationnement. «Le phénomène des gardiens de rue ne peut pas être abordé unique- ment sous l’angle du désordre urbain. Il s’inscrit dans une réalité sociale marquée par la précarité et le poids de l’économie informelle» , explique notre source. «L’enjeu est d’organiser cette activité, de la structurer progressivement, tout en tenant compte des situations de vulnérabilité. Il s’agit de trouver un équilibre entre un usage plus fluide de l’espace public et une approche sociale qui évite les effets d’exclu- sion», poursuit-elle. Cette situation révèle une tension de fond difficile à résoudre. D’un côté, les automobilistes réclament davantage de clarté, de sécurité et de régulation. De l’autre, des milliers de personnes dépendent de cette activité pour générer un revenu quotidien, souvent en l’ab- sence d’alternative formelle. Avec une urbanisation rapide et une pression accrue sur le sta- tionnement, les gardiens de rue deviennent un véritable enjeu de gouvernance urbaine. Entre tolé- rance historique, volonté d’enca- drement et attentes croissantes des citoyens, les collectivités avancent sur une ligne étroite. Reste à savoir si les politiques publiques réussiront à structurer cette activité ou si elle continuera d’évoluer dans une zone grise. ◆

 70% des automobilistes interrogés estiment que les gardiens de rue relèvent d’une «mendicité déguisée».

Stationnement urbain Pourquoi les gardiens de rue échappent encore au contrôle

Casablanca, des automobilistes évoquent un rapport déséquilibré, où le paiement apparaît davantage comme une obligation implicite que comme la contrepartie d’un service réel. Face à cette situation, les autori- tés locales ont engagé ces der- nières années plusieurs tentatives de régulation. À Casablanca, un tournant a été amorcé avec la déci- sion de suspendre l’octroi et le renouvellement des autorisations de gardiennage, afin de reprendre le contrôle d’un secteur jugé anar- chique. Cette mesure visait à stop- per la prolifération des gardiens non encadrés et à préparer une réforme plus structurée. S Dans de nombreux quartiers de Casablanca, stationner son véhicule relève d’un exercice sous contrainte. À peine le moteur coupé, un gardien de rue apparaît, souvent muni d’un gilet fluorescent, parfois sans aucun signe distinctif. Le geste est devenu routinier : guider, surveiller, puis attendre une rétribution. Une présence devenue si banale qu’elle échappe presque à la question de sa légitimité. Par K. A.

ur le terrain, le phénomène a pris de l’ampleur au fil des années. Dans certaines artères, plusieurs gardiens se partagent un même tronçon, sans coordination appa- rente. Le tarif, rarement affiché, varie selon les zones et les situa- tions. Pour une partie des auto- mobilistes, la logique de service s’efface progressivement au pro- fit d’un sentiment de paiement contraint. Cette perception est largement présente dans l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux comme dans les échanges du quotidien, de nombreux usagers assimilent cette pratique à une forme de «mendicité déguisée». Si aucun sondage officiel ne permet d’en mesurer précisément l’ampleur au Maroc, les retours de terrain convergent vers un malaise crois- sant. Dans plusieurs quartiers de

autorisation personnelle et révo- cable, périmètre limité à environ 70 mètres, obligation de porter un badge identifiable, interdiction d’imposer des tarifs ou de recourir à la contrainte, ainsi que le paie- ment de redevances communales. Autre évolution notable : le pas- sage au numérique, avec un traite- ment des autorisations désormais assuré via la plateforme Rokhas, dans un souci de transparence et de traçabilité. Sur le plan juridique, le principe est pourtant clair depuis longtemps : l’occupation de l’es- pace public à des fins lucratives ne peut se faire sans autorisation. En théorie, un gardien non autorisé ne peut exiger aucun paiement. En pratique, toutefois, l’écart entre la règle et son application reste important. «La difficulté, aujourd’hui, c’est moins de poser des règles que

Dans la foulée, la commune a éla- boré un cahier des charges inédit, adopté en 2025, pour encadrer strictement l’activité. Ce document fixe désormais les règles du jeu :

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