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CULTURE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

«Mémoire de papier» Plongée dans les fragilités humaines

F. N. H. : Comment trouvez- vous l’équilibre entre narration et poésie dans vos textes ? N. L. : Ma relation à la poésie est ancienne et profondément enra- cinée en moi. Depuis l’enfance, j’aimais mémoriser et réciter des poèmes; c’était pour moi une manière de découvrir très tôt la musicalité des mots et leur rythme intérieur. Avec le temps, la poésie a cessé d’être un simple genre littéraire pour devenir une pré- sence naturelle dans mon écriture. J’essaie donc de trouver un équi- libre où la narration raconte, tandis que la poésie donne au texte sa sensibilité et sa profondeur émo- tionnelle. La poésie représente pour moi une façon particulière de regarder le monde. Elle m’apprend à m’arrêter sur les détails invisibles, à écouter ce qui ne se dit pas, et à transfor- mer les émotions silencieuses en langage. C’est dans cet espace fragile entre le dit et l’indicible que mon écriture trouve, le plus sou- vent, sa véritable voix. F. N. H. : Vous avez grandi dans un environnement fami- lial attaché à la culture et fait de la solitude un espace d’imaginaire. Aujourd’hui, entre vos études en journa- lisme et votre engagement littéraire, comment cet héri- tage continue-t-il de nourrir votre écriture ? N. L. : Grandir dans un environne- ment familial attaché à la culture, en tant qu’enfant unique, m’a natu- rellement poussée vers l’intros- pection et l’imaginaire. La solitude n’a jamais été un vide, mais un espace vivant où se construisaient des histoires, des regards et des questionnements sur le monde. Aujourd’hui, cet héritage continue de m’accompagner, que ce soit dans mes études en journalisme ou dans mon écriture littéraire, en affi- nant mon regard sur l’humain et en nourrissant ma sensibilité face à ses nuances. À cela s’ajoute aussi ma passion pour le journalisme et mon rêve de devenir présentatrice de journaux télévisés, ou même de por- ter un jour mon propre programme, où je pourrais donner voix aux his- toires et aux réalités humaines avec rigueur et sensibilité. ◆

À l’occasion du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), la jeune écrivaine Nouhayla Laâbidi présente son second ouvrage «Mémoire de papier». Rencontre.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Vous avez été l’une des plus jeunes autrices à publier et à signer au SIEL. Aujourd’hui, vous y revenez avec «Mémoire de papier». Quel regard portez-vous sur votre évolution entre ces deux publications ? Nouhayla Laâbidi : J’ai eu l’hon- neur de présenter mes livres au Siel, une expérience profondément marquante pour moi. Mon premier ouvrage «Un voyage d’espoir à travers le temps» est né avant tout d’un rêve d’enfance, celui de voir un jour mes mots prendre vie entre les pages d’un livre. Le samedi 2 mai 2026, j’ai eu la joie de signer mon deuxième ouvrage «Mémoire de papier» au Salon, un moment de véritable rencontre entre le rêve, le mot et le lecteur. J’ai été très heu- reuse de la présence de mes pro- fesseurs, de mes amis et de toutes les personnes qui me soutiennent, car leur présence a donné à cette étape une dimension encore plus humaine et précieuse. Aujourd’hui, avec Mémoire de papier, ma rela- tion à l’écriture a beaucoup évo- lué. Elle est devenue pour moi une manière de laisser une trace, même discrète, à travers les mots et les émotions qu’ils portent. Et indépendamment de mon par- cours personnel, le SIEL demeure un espace essentiel, un véritable lieu de rencontre et de dialogue, favorisant la circulation des idées, les échanges entre auteurs et lec-

teurs, et permettant à la littérature de retrouver pleinement sa dimen- sion vivante et collective. F. N. H. : Vous proposez ici un recueil de nouvelles abordant des probléma- tiques existentielles variées. Cela répond-il à un besoin d’explorer davantage la com- plexité humaine ? N. L. : Certainement. Avec Mémoire de papier, je ne voulais pas racon- ter une seule histoire, mais ouvrir plusieurs fenêtres sur les fragilités humaines. La forme de la nouvelle m’a permis d’explorer des thèmes comme la mémoire, le temps, la solitude, l’amour ou l’identité, à travers des personnages confron- tés à leurs propres failles. J’avais envie d’approcher l’être humain dans toute sa complexité, dans cet espace fragile entre ce qu’il vit réellement et ce qu’il imagine pour continuer à avancer. F. N. H. : L’écriture est-elle pour vous une manière de transformer ou de réinterpré- ter vos propres souvenirs ? N. L. : Je pense que l’écriture est bien plus qu’un simple acte de transmission; elle est une manière profonde de réinterpréter ce que

nous portons en nous, consciem- ment ou non. La mémoire, même lorsqu’elle nous semble solide et fidèle, reste en réalité fragile, mouvante, presque semblable à des pages délicates capables à la fois de se déchirer, de s’effacer, mais aussi de se réécrire autre- ment avec le temps. Rien dans nos souvenirs n’est totalement figé : ils changent de forme, de couleur et parfois même de sens, selon les expé- riences que nous traversons et les émotions que nous vivons. Ce que nous croyons avoir compris de notre passé peut se transfor- mer au fil des années, comme si la vie elle-même venait relire et réécrire nos propres histoires intérieures. Dans ce processus, l’écriture devient un espace essentiel, presque une respiration, où l’on tente de donner à ces fragments de mémoire une autre lumière, une autre lecture, parfois plus douce, parfois plus lucide, mais toujours plus consciente. Elle ne cherche pas à figer les souvenirs, mais à les accompagner dans leur transformation, à les comprendre autrement, et à leur offrir une nou- velle forme d’existence à travers les mots.

Je ne voulais pas raconter une seule histoire, mais ouvrir plusieurs fenêtres sur les fragilités humaines.

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