Finances News Hebdo 1234

BOURSE & FINANCES

7

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

Inflation Le chiffre remonte, les anticipations aussi Après plusieurs mois de détente, l’inflation au Maroc repasse en territoire positif. Le mouvement reste limité dans les statistiques de mars, mais il intervient avant que les fortes hausses à la pompe d’avril ne produisent pleinement leurs effets. De quoi replacer les anticipations des opérateurs au centre du débat. Par Y . Seddik

vement. Ce type de décalage peut peser sur les décisions de prix, sur les négociations commerciales, sur les comportements d’achat et, plus loin, sur les revendications salariales. Dans une économie où l’essentiel des besoins énergé- tiques est importé et où plusieurs prix sensibles sont très visibles pour les ménages, l’ancrage psy- chologique compte autant que la moyenne statistique. Pour certains économistes, l’exer- cice se complique pour Bank Al-Maghrib. Une inflation encore faible donne théoriquement de la marge à la politique monétaire. Mais une inflation faible avec des anticipations qui se tendent, n’offre pas la même lecture. Le Conseil de mars a d’ailleurs maintenu le taux directeur à 2,25%, en invoquant des niveaux modérés d’inflation, mais aussi une incertitude inter- nationale élevée et la nécessité de suivre les développements au Moyen-Orient réunion par réunion. En définitive, le Maroc n’est pas revenu à l’inflation forte, mais la séquence d’avril oblige à regarder au-delà de l’IPC de mars. Les pro- chains chiffres diront si la hausse des carburants reste cantonnée à l’énergie ou si elle commence à se diffuser dans les prix de revient, les marges et les décisions com- merciales. ◆ Le risque de spirale n’est pas automatique Une étude de l’Observatoire français des conjonctures éco- nomiques, signée Christophe Blot, apporte un éclairage utile au débat marocain. Les anticipa- tions d’inflation comptent parce qu’elles orientent les décisions des agents économiques et reflètent la crédibilité des Banques centrales. Mais leur hausse ne débouche pas mécaniquement sur une spi- rale inflationniste. L’étude montre que les anticipations réagissent davantage à l’inflation courante à court terme qu’à long terme, et que l’inflation passée reste le prin- cipal moteur de l’inflation obser- vée. Le risque existe donc surtout si le choc se prolonge et finit par modifier durablement les compor- tements de prix, de marges et de salaires. Anticipations

 En mars, le mouvement inflationiste s’inverse avec une progression de 0,9% sur un an.

L

e Maroc n’est plus dans le régime d’inflation élevée de 2022-2023, déclenchée par la guerre en Ukraine. Les chiffres le montrent assez clairement. Après une pro- gression moyenne de 0,8% en 2025, l’indice des prix a même basculé en territoire négatif (déflation) au début de 2026, avec une inflation annuelle de -0,8% en janvier, puis -0,6% en février. En mars, le mouvement s’inverse avec une progression de 0,9% sur un an. Ce rebond statis- tique précède pourtant l’essentiel du «choc» carburant. Car les fortes hausses des prix à la pompe sont surtout intervenues en avril. La troisième hausse depuis la mi-mars a été appliquée le 16 avril, avec un gasoil autour de 15,50 DH le litre dans certaines stations. Autrement dit, le chiffre de mars ne capte pas encore toute la séquence énergétique récente. Il en donne seulement les premiers contours. Le décalage est important, parce que les prix se forment souvent avant leur traduction statistique.

Une entreprise ne fixe pas tou- jours ses prix sur l’inflation publiée le mois précédent. Elle regarde son coût de transport, ses intrants, ses achats importés, ses délais de livraison, parfois même ce que font ses concurrents. Un distributeur peut intégrer plus vite une hausse attendue du carburant qu’une baisse déjà constatée dans les indices. Un industriel peut sécuri- ser ses marges avant même que le choc ne soit visible dans l’IPC. Un ménage, lui, ne lit pas l’inflation moyenne; il regarde le plein, le panier alimentaire et quelques prix qui reviennent toutes les semaines. En mars déjà, la composition du chiffre mérite attention. Le HCP attribue le retour à +0,9% à l’atté- nuation du repli de l’inflation sous- jacente, à la hausse plus marquée des produits alimentaires à prix volatils et au retour des carbu- rants en territoire positif, à +2% sur un an après -9,6% en février. Sur un mois, les prix des car- burants ont augmenté de 10,9%.

Le basculement touche alors une composante qui irrigue rapidement les coûts logistiques, les prix de revient et les arbitrages des opé- rateurs. Bank Al-Maghrib, de son côté, continue d’afficher un scénario modéré de 0,8% d’inflation en 2026, puis 1,4% en 2027. Toutefois, le communiqué du Conseil de mars précise aussi que ces prévisions reposent sur un scénario central intégrant une hausse du pétrole. Il ajoute que les anticipations d’infla- tion des experts financiers, recueil- lies avant le déclenchement de la guerre en Iran, ressortaient à 1,5% à horizon huit trimestres et 1,8% à horizon douze trimestres. Ces anticipations étaient en baisse. Depuis, le contexte énergétique a bougé. Le risque n’est donc pas celui d’une inflation élevée à court terme. Les chiffres ne disent pas cela. Le risque est plutôt une remontée des anticipations avant même que l’in- flation réalisée ne confirme le mou-

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker