Finances News Hebdo 1234

BOURSE & FINANCES

8

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

Supply chain finance Le Maroc accélère pour combler un retard structurel

nous souffrons d'un frein culturel et d'un déficit de transparence. L'affacturage a longtemps été stigmatisé comme le «finance- ment de la dernière chance» pour les entreprises en difficulté, alors que c'est un outil de performance. De plus, le manque de transpa- rence financière des TPME rend les banques prudentes. Pour lever ces freins, nous avons aujourd'hui un levier historique : la loi 69-21 sur les délais de paiement. En imposant des amendes dissua- sives en cas de retard, cette loi transforme la SCF en une solution de conformité indispensable pour les acheteurs. Parallèlement, la stratégie nationale 2026 vise à injecter de la fluidité via la fac- turation électronique et la créa- tion d'une infrastructure digitale unifiée qui connectera banques et entreprises. En passant d'un encours actuel de 6 milliards de DH à un potentiel estimé à 80 milliards, le Maroc peut réelle- ment changer d'échelle si l'on généralise ces outils à travers tout l'écosystème, y compris le secteur public. F. N. H. : ​Comment garantir une appropriation efficace par les TPME des outils technologiques déployés ? O. A. : ​Le succès de l'adoption repose sur deux piliers : la sim- plicité de l'outil et l'accompagne- ment humain. Techniquement, nous devons privilégier une expé- rience «friction-right» : des pla- teformes intuitives où l'on peut céder une facture en un clic, avec un processus d'embarquement (onboarding) digitalisé via l'e-KYC et la biométrie pour éviter les lour- deurs administratives. ​Cependant, la technologie ne doit pas être un obstacle. Il est impé- ratif que le déploiement de plate- forme de SCF s'accompagne de programmes de sensibilisation et de formation continue. L'objectif est de faire comprendre au chef d'entreprise que le numérique n'est pas un coût supplémen- taire, mais un investissement pour sa viabilité à long terme. L'interopérabilité avec les sys- tèmes de gestion (ERP) déjà exis- tants sera également un facteur clé pour une adoption fluide. ◆

En 2020, le marché de la supply chain finance au Maroc était estimé à 80 milliards de dirhams, mais les

transactions n’avoisinaient que 6 milliards. La stratégie nationale lancée en avril 2026 compte bien combler ce gap en agissant notamment sur l’offre de solutions. Dans cet entretien, Oussama Attahir, docteur en économie appliquée, analyse les opportunités et les freins éventuels à l’essor de la SCF au Maroc.

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : Le Maroc vient de lan- cer sa stratégie nationale de Supply chain finance. Pouvez-vous revenir sur les avantages qu’offre ce modèle pour les entre- prises, et plus particulière- ment les TPME ? Oussama Attahir : La Supply chain finance (SCF) est bien plus qu'un simple outil de finance- ment; c'est un mécanisme de synchronisation entre les flux physiques et financiers. Son pre- mier avantage est l'optimisation immédiate du besoin en fonds de roulement (BFR). Pour le four- nisseur, elle permet de libérer le «cash piégé» dans les factures en attente, réduisant ainsi le délai moyen de recouvrement (DSO) sans alourdir son endettement bancaire classique. ​L'autre avantage majeur, c'est l'arbitrage de crédit : une petite entreprise peut se financer en s'appuyant sur la qualité de signature de son grand donneur d'ordres. Cela se traduit par un

coût du capital nettement plus compétitif que celui d'un crédit de trésorerie standard. Enfin, pour l'acheteur, la SCF sécurise la chaîne d'approvisionnement en stabilisant la santé financière de ses partenaires critiques, tout en lui offrant une plus grande flexibi- lité dans la gestion de ses propres liquidités. F. N. H. : ​Parmi les solutions de Supply chain finance qui existent, lesquelles vous semblent les plus adap- tées aux spécificités et aux besoins des TPME maro- caines ? O. A. : ​Pour le contexte marocain, deux solutions se distinguent nettement. La première est sans aucun doute l'affacturage inversé (Reverse Factoring). C'est la solu- tion la plus inclusive pour une TPME, car c'est l'acheteur qui initie le programme. La banque ne regarde plus le risque de la petite

structure, souvent jugé trop élevé, mais celui du grand groupe, ce qui lève la barrière de l'asymétrie d'information. ​La seconde solution, plus nova- trice mais essentielle pour notre tissu industriel, est le financement sur bon de commande (Purchase Order Financing). Contrairement à l'affacturage qui intervient après la livraison, cet outil permet de financer la phase de production elle-même, ce qui est vital pour les TPME qui remportent de gros marchés mais manquent de fonds pour acheter les matières pre- mières. F. N. H. : Aujourd’hui sur le marché national, l’affactu- rage concentre l’essentiel de l’offre de SCF. Toutefois, son taux de pénétration se limite à 2% du PIB. Quels sont les freins rencontrés et comment les lever ? O. A. : ​Le diagnostic est clair :

La Supply chain finance c'est un mécanisme de synchronisation entre les flux physiques et financiers.

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker