FNH N° 1098

MARDI 28 FÉVRIER 2023 / FINANCES NEWS HEBDO

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SPÉCIAL BANQUES

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Changement climatique

◆ S’engager pour une finance verte, accompagner la transition énergétique, prendre en compte les nouveaux risques liés au réchauffement et aux aléas climatiques…, ces priorités s’ajoutent désormais à l’agenda - déjà très chargé- des établissements financiers marocains. Une urgence financière

leurs répercussions socioéconomiques et macroéconomiques, ce qui peut entraîner un nouveau durcissement des conditions financières. Par exemple, indique la Banque mondiale, une aug- mentation des dépenses publiques liée à un effort de reconstruction pourrait entraîner une détérioration du risque souverain, conduisant finalement à une augmentation des taux d’intérêt et à des pertes sur les avoirs des banques en dette publique.

Les risques liés au changement climatique guettent les établis- sements financiers marocains qui prennent désormais le sujet à bras- le-corps.

L'exposition des banques aux risques physiques

L’exposition directe et indirecte des banques marocaines aux risques phy- siques est estimée à environ 35% du total des actifs. L’exposition directe atteint 8% des actifs, et couvre les prêts aux secteurs de l’agriculture, de l'agro- industrie et de l’agroalimentaire. En outre, le secteur du tourisme et les prêts hypothécaires aux ménages sont indirectement exposés aux risques phy- siques, atteignant 27% supplémentaires des actifs. Les scénarios catastrophes simulés par la Banque mondiale entraî- neraient une augmentation des prêts non performants et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres. Ainsi, les différents scénarios de sécheresse pourraient entraîner une augmentation des prêts non performants à l’échelle du système comprise entre 2,1 (séche- resse historique de trois ans) et 3,3 points de pourcentage, et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres comprise entre 1,0 et 1,6 point de pour- centage. À leur tour, les scénarios d’inondation entraînent une augmentation des prêts non performants à l’échelle du système allant de 1,2 à 1,7 point de pourcentage, et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres allant de 0,4 à 0,6 point de pourcentage. ◆

Le cas du Maroc Les risques physiques liés aux séche- resses et aux inondations peuvent avoir des impacts directs et indirects sur les bilans des banques. Au-delà de leur impact direct sur les agriculteurs et les éleveurs, les sécheresses peuvent affecter d’autres activités économiques par l’intermédiaire des liens de la chaîne d’approvisionnement, notamment dans l’industrie agroalimentaire. Les inonda- tions peuvent perturber les infrastruc- tures clés, générant ainsi des pertes de revenus pour des secteurs tels que le transport, le tourisme ou l’agriculture. En conséquence, ces chocs touchés directement les biens immobiliers et les actifs des entreprises, la richesse des ménages, les bénéfices et les revenus, et peuvent ainsi réduire la capacité des emprunteurs à assurer le service de leur dette, augmentant ainsi le stock de prêts non performants, qui est déjà relativement important (environ 8,5% du crédit) dans l’environnement post- Covid. En outre, les aléas climatiques peuvent avoir des effets indirects en cascade sur les banques du fait de

Par Y. Seddik

D ans un rapport aux chiffres chocs publié en novembre 2022, la Banque mondiale évalue l'impact potentiel des risques climatiques sur le secteur bancaire marocain, sur la base des résultats d'une évaluation de vulnérabilité menée conjointement avec Bank Al-Maghrib. En effet, les risques liés au climat peuvent être regroupés en deux caté- gories : les risques climatiques dits physiques, qui sont des risques finan- ciers découlant des impacts graduels et des chocs liés au changement cli- matique (principalement les séche- resses et les inondations, dans le cas du Maroc). Et les risques de transition climatique, qui sont des risques finan- ciers pouvant résulter de la transition vers une économie à faible émission de carbone, par exemple résultant de changements de politique liée au climat, de technologie ou des préfé- rences du marché.

L’exposition directe et indirecte des banques maro- caines aux risques phy- siques est esti- mée à environ 35% du total des actifs.

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