ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026
Pour l’ancien officier sénégalais, le problème africain n’est plus l’ab- sence de mécanismes de gouver- nance, mais leur dispersion. Entre l’AIMS 2050, la Charte de Lomé, l’Agenda 2063, l’Architecture de Yaoundé ou encore le Code de conduite de Djibouti, le continent a progressivement construit un empilement institutionnel qui peine aujourd’hui à produire une réelle efficacité opérationnelle. «Le pro- blème maintenant, c’est la coordi- nation», résume-t-il. D’où son plaidoyer en faveur d’une consolidation des mécanismes régionaux et continentaux, passant notamment par la création d’une agence maritime africaine, l’harmo- nisation des mandats régionaux et l’intégration des systèmes d’infor- mation maritime. Cette idée d’une gouvernance maritime africaine fragmentée a également été au centre de l’inter- vention de David Willima, cher- cheur en sécurité maritime à l’Insti- tut des études sécuritaires. Dans un propos particulièrement incisif, il a estimé que le conti- nent souffrait depuis longtemps d’une véritable «cécité mari- time». «L’Afrique n’a pas besoin d’autres cadres additionnels dans ce domaine», lance-t-il d’emblée, avant d’insister sur l’urgence de transformer les stratégies afri- caines en politiques réellement exécutables. Pour lui, l’enjeu ne réside plus dans la production de nouvelles doctrines, mais dans la capacité des institutions afri- caines à mettre en œuvre celles qui existent déjà. Le chercheur a notamment dénon- cé la fragmentation des structures africaines elles-mêmes. Au sein de l’Union africaine, explique-t-il, les questions maritimes restent répar- ties entre plusieurs départements (sécurité, économie bleue, affaires juridiques), engendrant des che- vauchements institutionnels qui finissent par créer des zones grises rapidement exploitées par les réseaux criminels. «Là où il existe des vides institutionnels et sécuri- taires, les organisations criminelles s’installent» , affirme-t-il. Revenant sur la situation au large de la Somalie, David Willima a éga- lement rejeté l’idée d’une simple
Le Maroc cherche à faire de l’espace atlantique africain un levier d’intégration continentale.
Gouvernance maritime Le Maroc en quête d’un Atlantique intégré R Malgré un potentiel maritime colossal, l’Afrique peine encore à transformer ses ambitions océaniques en véritable puissance stratégique. Experts militaires, chercheurs et responsables portuaires plaident pour une consolidation urgente de la gouvernance maritime continentale.
éunis autour du thème «La gouver- nance maritime en Afrique entre cadres régionaux et continentaux: l’impératif de la consolidation», experts militaires, chercheurs et responsables portuaires ont dressé un constat sans détour lors du 3 ème panel de l’African Maritime Symposium 2026 : le continent ne souffre plus d’un manque de stra- tégies maritimes, mais d’une inca- pacité persistante à les coordon- ner, les financer et les traduire en actions concrètes. Dès l’ouverture des échanges, Abdelhaq Bassou, Senior Fellow au Policy Center for the New South, a rappelé la centralité stratégique du continent dans les flux mari- times mondiaux. Entre le détroit de Gibraltar, le canal de Suez ou
encore Bab el-Mandeb, l’Afrique contrôle certains des corridors les plus sensibles du commerce inter- national, tout en cherchant à bâtir ses propres doctrines maritimes. Mais derrière cette géographie pri- vilégiée, les vulnérabilités restent nombreuses. Pour Amadou M. Diop, expert maritime et ancien supérieur de la Marine nationale sénégalaise, les chiffres traduisent à eux seuls le paradoxe africain. Le continent compte 38 États côtiers, près de 13 millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives et plus de 30.000 kilomètres de litto- ral. Surtout, rappelle-t-il, «90% des échanges du continent en volume passent par la mer». À cela s’ajoute un potentiel écono-
mique maritime estimé à plus de 1.000 milliards de dollars. Pourtant, malgré ces ressources considé- rables, l’Afrique continue de subir une insécurité chronique dans ses espaces maritimes. «75% des actes de piraterie se passent dans le golfe de Guinée », alerte-t-il, évo- quant également les pertes liées à la pêche illicite, estimées à près de 11 milliards de dollars. Le constat devient encore plus pré- occupant lorsqu’il aborde la ques- tion des financements. «Jusqu’à 90% du financement des activités maritimes proviennent de l’exté- rieur», souligne Amadou M. Diop, mettant en lumière une dépen- dance persistante vis-à-vis des partenaires internationaux dans la surveillance des côtes africaines.
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