BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026
Le risque avéré est donc une sinistralité structurellement élevée sur les particuliers, plutôt qu’une dégradation brutale. Les signaux de vigilance sont l’alourdissement de la charge de remboursement chez une partie des emprunteurs et l’accélération, encore modérée, du crédit à la consommation. La principale incertitude concerne désormais la suite des événe- ments. Bank Al-Maghrib anticipe un ralentissement de la croissance à 2,9% en 2027 et une inflation remontant à 1,5%. L’effet de la récolte exceptionnelle s’estom- pera, et le prix de l’énergie reste suspendu à la situation au Moyen- Orient. C’est précisément sur ce point que l’économiste met en garde : au Maroc, estime Khalid Doumou, «les chocs inflation- nistes, et selon leur intensité et leur durée, déterminent le moment du passage du crédit comme simple complément de pouvoir d’achat, à un risque d’érosion de pouvoir d’achat structurel» . Au bout de ce glissement, prévient-il, appa- raît « une gestion de trésorerie de stricte subsistance». Si les revenus ralentissent alors que la charge de dette reste lourde, le crédit pourrait passer d’un appoint à une béquille. Rien, dans les chiffres actuels, ne permet de dire que ce bascule- ment a commencé. La croissance de la consomma- tion marocaine en 2026 repose d’abord sur des fondamentaux : emploi, revenus agricoles, infla- tion quasi nulle et amortisseurs budgétaires. Le crédit l’accom- pagne sans la porter : sa pro- gression reste inférieure à celle de la dépense, et son flux net n’en représente qu’une fraction. La fragilité est ailleurs, dans la propor- tion des ménages qui ne couvrent plus leurs dépenses avec leurs revenus, dans la part croissante d’emprunteurs fortement chargés et dans un coût du crédit qui pèse d’autant plus lourd que le profil est fragile. Quatre indicateurs diront si la dynamique reste soutenable : les revenus réels quand l’effet agricole s’effacera, la part des rembourse- ments dans le revenu, le coût du crédit à la consommation et le taux de créances en souffrance des ménages. ◆
Seuls 58,2% des ménages déclarent que leurs revenus couvrent leurs dépenses, 39% s’endettent ou puisent dans leur épargne (HCP, troisième trimestre 2026).
mation essentiellement financée à crédit.
et l’énergie (25,4%) absorbent, à elles seules, près des deux tiers des dépenses de consommation. S’y ajoutent des postes qu’il juge incompressibles : la scolarité des enfants, la santé et le transport. La perception des ménages reste pourtant sombre. Près de 96% d’entre eux estiment que les prix alimentaires ont augmenté sur un an. Le HCP y voit un ancrage sur le niveau atteint après les hausses de 11% et 12,5% de 2022 et 2023, plutôt que sur la variation récente. Trois ménages sur quatre jugent leur niveau de vie dégradé. Seuls 58,2% déclarent que leurs reve- nus couvrent leurs dépenses, 39% s’endettent ou puisent dans leur épargne, et 2,8% seulement par- viennent à épargner. Ce dernier taux donne, selon Khalid Doumou, une idée approximative de la part des ménages en mesure de s’offrir des dépenses superflues. Le solde relatif à la capacité d’épargne future tombe à -85 points, son plus bas niveau dans la série publiée depuis 2018. Ce constat cohabite avec des dépôts bancaires des ménages en hausse d’environ 9%, à 1.037 mil- liards de dirhams à fin août. Les deux observations ne se contre-
disent pas forcément : l’épargne agrégée peut progresser chez les ménages les plus aisés et les Marocains résidant à l’étranger, tandis qu’une large partie des foyers boucle difficilement ses fins de mois. Les données publiques ne permettent pas, à ce stade, de mesurer cette répartition. Les vrais signaux C’est moins le rythme du crédit que sa répartition qui appelle la vigilance. Selon le rapport sur la stabilité financière publié fin juillet, la dette financière des ménages a atteint 456 milliards de dirhams à fin 2025, soit 27% du PIB, avec la plus forte progression depuis 2012. La part des emprunteurs dont les remboursements dépassent 40% du revenu continue d’augmenter. Le taux de défaut des ménages reste élevé, à 10,3%. Du côté bancaire, les créances en souffrance sur les ménages ont progressé de 6% sur un an en juil- let, pour un ratio de 10,9%, contre 8,1% pour l’ensemble du crédit.
Un pouvoir d’achat meilleur en moyenne Sur le front des prix, le répit est réel. L’indice des prix à la consom- mation recule de 0,3% sur un an en août, l’alimentaire baissant de 3,9%, notamment sous l’effet de l’huile d’olive. Les dépenses contraintes restent toutefois orien- tées à la hausse : les produits non alimentaires augmentent de 2,5%, le transport de 7,3% et les carburants ont pris 9,8% sur le seul mois d’août. Le choc pétrolier lié à la guerre en Iran est en partie absorbé par le budget, via le gel du butane et de l’électricité et l’aide au transport routier, les dépenses de compensation ayant augmenté de 71,3% à fin août. Pour Khalid Doumou, un prix à la pompe dura- blement installé autour de 15,60 à 15,90 dirhams le litre pourrait même modifier certaines décisions d’achat, en encourageant le pas- sage aux véhicules électriques ou hybrides. La structure des budgets explique pourquoi le répit des prix se ressent si peu. L’économiste rappelle que, selon le HCP, l’ali- mentation (38,2%) et l’habitation
Quatre ménages sur dix ne bouclent plus leurs fins de mois sans s’endetter ou puiser dans leur épargne.
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