FNH N° 1251

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

Consommation des ménages Le crédit, un appoint plus qu’un moteur

A La consommation des ménages progresse de 4,1% en volume au deuxième trimestre, au moment où le HCP évoque un «recours accru à l’endettement». Dans le même temps, quatre ménages sur dix disent s’endetter ou puiser dans leur épargne pour couvrir leurs dépenses. La demande intérieure marocaine roule-t-elle désormais à crédit ? Par S. Ch

u deuxième trimestre 2026, les dépenses de consommation des ménages ont progressé de 4,1%, portées selon le haut-commissa- riat au Plan par l’emploi rémunéré (+4%) et par un «recours accru à l’endettement», en hausse de 4,5 % à fin juin après 3,9% à fin mars. Dans sa note publiée le lende- main, le HCP indiquait que l’indice de confiance des ménages recu- lait légèrement à 59,2 points au troisième trimestre contre 60,1 au trimestre précédent, tout en res- tant nettement au-dessus de son niveau d’il y a un an (53,6 points). Rapprochée des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib, la hausse de 4,5% correspond exac- tement à la progression annuelle des crédits bancaires à la consom- mation : +3,9% à fin mars, +4,5% à fin juin. Il ne s’agit donc pas de l’endettement total des ménages. Leurs crédits bancaires, habitat compris, n’ont progressé que de 3,4% sur un an à fin juin. La nuance change la lecture du phénomène. La hausse de la consommation n’est pas un effet d’optique lié aux prix. Les comptes nationaux du deuxième trimestre, publiés fin septembre, mesurent une progres- sion de 4,1% en volume, contre 1,8% un an plus tôt et la contribu- tion des ménages à la croissance double, de 1,1 à 2,3 points. Dans le même temps, le niveau général des prix n’a augmenté que de 0,4 %. Les ressorts de cette accélération

sont d’abord du côté des revenus. Le revenu national brut disponible a progressé de 4,4% en valeur, ce qui, avec une inflation quasi nulle, laisse une hausse réelle du même ordre. L’emploi rémunéré progresse de 4% sur un an selon le HCP, et le chômage au sens strict recule à 9,5 % contre 11,1% un an plus tôt. La valeur ajoutée agricole bondit de 21,2%, avec une récolte céréalière estimée à 93 mil- lions de quintaux, ce qui soutient directement les revenus ruraux. Le HCP cite aussi les revalorisations salariales. Ces chiffres appellent deux pré- cautions. La mesure de l’emploi a changé en 2026 avec la nouvelle enquête sur la main-d’œuvre, et les comparaisons annuelles reposent sur des séries reconstituées. Les estimations conjoncturelles sont, elles, révisées : en juillet, le HCP attendait 4,7% de hausse de la consommation au deuxième tri- mestre et 4,9% au troisième. Il retient désormais 4,1% pour cha- cun, puis 4,3% au quatrième tri- mestre. Le crédit à la consommation accélère Le crédit aux particuliers accélère bien, mais modestement. La pro- gression des prêts bancaires à la consommation passe de 3,7% en janvier à 5% en août, selon les statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib. Le mouvement est

favorisé par un coût du crédit en légère baisse : 6,81% en moyenne pour les nouveaux crédits à la consommation au deuxième tri- mestre, contre 6,89% fin 2025, avec un taux directeur inchangé à 2,25% depuis mars 2025. Les cré- dits à l’habitat, eux, ne progressent que de 2,3% à fin août. Cette moyenne masque toutefois de fortes disparités. Selon l’éco- nomiste Khalid Doumou, les taux appliqués aux crédits à la consom- mation vont de 5% à 6% pour les fonctionnaires et les conventions premium, de 6,5% à 7,5% pour les salariés du privé, et de 8,5% à 11,5% pour les indépendants et les profils jugés à risque d’impayé. Le plafond légal, le taux maximum des intérêts conventionnels, est fixé à 13,21% jusqu’au 31 mars 2027. Autrement dit, les emprun- teurs les plus fragiles paient le crédit le plus cher. Au total, les crédits bancaires aux ménages atteignent 404,4 milliards de dirhams à fin août, en hausse de 3,4% sur un an. C’est trois fois moins vite que les concours aux entreprises privées (+11,7%), tirés par l’équipement. Le cycle de cré- dit actuel est un cycle d’investis- sement, pas un cycle de consom- mation. Un ordre de grandeur permet de situer le rôle du crédit. L’encours bancaire des crédits à la consom- mation avoisine 61 milliards de dirhams. À 5% de croissance

annuelle, il augmente d’envi- ron 3 milliards par an en net. La consommation des ménages, elle, représente plus de la moitié d’un PIB d’environ 1.700 milliards. Une hausse de 4% en volume y ajoute plus de 35 milliards. Le flux net de crédit bancaire à la consommation pèse donc moins d’un dixième de la dépense supplémentaire. Le calcul a ses limites. Il ignore les sociétés de financement, dont l’en- cours de crédit à la consommation dépassait celui des banques à fin 2023. Il raisonne en flux net, alors que les nouveaux crédits bruts sont plus élevés. Il laisse aussi de côté le poids du cash. Khalid Doumou rappelle que l’inclusion financière reste l’un des grands chantiers inachevés de Bank Al-Maghrib : la monnaie fiduciaire atteignait 540 milliards de dirhams en juillet 2026, un record, soit près de 30% du PIB selon l’économiste, l’un des taux de détention de liquidités les plus élevés au monde. Une partie des arbitrages financiers des ménages échappe donc aux statistiques bancaires. Surtout, il ne mesure aucune causalité : la simultanéité de deux hausses ne dit pas que l’une explique l’autre. Mais il suf- fit à écarter l’idée d’une consom-

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