Finances News Hebdo 1243

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026

L’intelligence artificielle, le cloud et la multiplication des fuites de données placent la protection de la vie privée au cœur de la transformation numérique du Maroc. Dans cet entretien, Omar Seghrouchni, président de la CNDP, défend une innovation encadrée par le droit, l’éthique et le respect de la dignité du citoyen. Protection des données La confiance, moteur de l'économie numérique

F. N. H. : Pour vous, comment le Maroc peut-il accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle tout en garantissant une protection efficace des données personnelles ? O. S. : Accélérer l’application de l’intel- ligence artificielle ne doit pas oublier le respect des droits des citoyens pour les- quels ce déploiement se fait. La dignité du citoyen doit être préservée. Ainsi, il s’agit de parler d’intelligence artificielle éthique et de respecter les textes convenus en conséquence. Textes qui ne sont pas du tout contradictoires avec l’innovation et le progrès. Quand vous êtes dans une voiture, roulez-vous à tombeau ouvert devant une école ? A quoi servirait une innovation si elle n’était pas éthique ? F. N. H. : Avec Idarati X.0, le Maroc pose les bases d'une identité numé- rique reposant sur un wallet natio- nal. Quels sont les principaux défis à relever pour concilier innovation, simplicité d'usage et protection des données personnelles ? O. S. : C’est un projet porté par le MTNRA (ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration). Nous n’y sommes que contributeurs parmi d’autres. Je préfère que vous demandiez au minis- tère. F. N. H. : À travers le programme Data-Tika, la CNDP accompagne les organisations dans l'intégration de la protection des données à leur gouvernance. Après plusieurs adhé- sions d'institutions publiques et d'entreprises, quel bilan tirez-vous aujourd'hui de cette initiative ? O. S. : Le programme Data-Tika nous a permis d’aller vers les responsables de trai- tement, dans le privé et dans le public, pour mieux protéger les citoyens. C’est toujours mieux d’aller vers les autres que d’attendre qu’ils viennent vers vous. Le programme Data-Tika a réussi dans cette optique, mais plus on avance, plus on découvre et plus on apprend. Et donc, plus on a besoin de s’améliorer. Data-tika est un programme d’amélioration continue. Nous allons, bientôt, mettre en place des indicateurs qui nous permettront de mesurer et de rendre publique, en toute transparence, l’implication des partenaires. Ce sera une source de motivation sup- plémentaire qui donnera plus de visibilité aux citoyens. Notre bilan est relativement positif, mais comme beaucoup de choses, «peut mieux faire» et donc nous ferons mieux.

Propos recueillis par K. A.

pects de la vie privée. Elle a commencé, il y a quinze ans, par une approche très péda- gogique. Aujourd’hui, elle continue avec la même approche tout en renforçant son dis- positif d’alerte pouvant aller jusqu’à des sanctions. Elle s’adapte à la maturité de notre société. F. N. H. : Plus de quinze ans après son entrée en vigueur, la loi 09-08 est confrontée aux bouleversements de l'intelligence artificielle et des nouveaux usages numériques. Ce texte offre-t-il encore les garanties nécessaires ou estimez-vous qu'il est temps de le faire évoluer ? O. S. : Vous savez, les usages et contextes évoluent, mais beaucoup de principes restent applicables même quand les situa- tions évolutives méritent des précisions. Vous avez l’exemple, sur un autre plan, des religions. Vous ne changez pas de texte à chaque décennie, mais vous précisez les exégèses. Montesquieu insistait sur l’esprit de la loi. L’esprit de la loi 09-08 est toujours valable, même s’il est important de préciser certaines situations. Ces précisions néces- saires ont fait l’objet d’une proposition de refonte de la loi, travaillée avec le ministère de la Justice. Ce ministère a mis ce projet de refonte de la loi dans le circuit législatif en l’envoyant au Secrétariat général du gouver- nement. L’intelligence artificielle, lorsqu’elle s’applique aux données à caractère person- nel, reste un traitement parmi d’autres. Les paradigmes de la loi 09-08, qui est à l’égard des traitements des données à caractère personnel, restent donc applicables. Ils le seront encore plus grâce aux précisions qui sont proposées.

Finances News Hebdo : En quelques années, la CNDP est passée d'une autorité de contrôle à un acteur qui participe aux grands projets de trans- formation numérique du Royaume. Comment définissez-vous aujourd'hui la mission de la CNDP dans ce nouvel écosystème ? Omar Seghrouchni : Son rôle n’a pas changé. La CNDP constitue une espèce de conscience morale qui doit alerter contre tout mauvais usage des données à caractère personnel collectées ou contre les non-res-

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