ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026
F. N. H. : Le développement du numé- rique ne repose pas uniquement sur les infrastructures, mais aussi sur la confiance. Dans quelle mesure la protection des données peut-elle renforcer l'attractivité économique du Maroc ? O. S. : Il a été amusant, pour ne pas dire désolant, d’entendre certains dire, il y a quelques années, que la protection des données est incompatible avec l’attractivité économique. Heureusement, cette vision aberrante est en voie de disparition. Les acteurs comprennent, de plus en plus, que l’équité, la justice et le respect de la dignité humaine sont des leviers qui aident à développer et à stabiliser les marchés. L’existence d’une vraie protection des données à caractère personnel rassure et conforte les investisseurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux. F. N. H. : Le Royaume attire de plus en plus de projets liés au cloud et aux data centers. Comment concilier cette dynamique d'investissement avec les exigences de souveraineté numérique et de protection des don- nées ? O. S. : Il est important que l’on clarifie ce que signifie souveraineté dans le monde d’aujourd’hui. Est-ce que souveraineté signifie de ne pas aller voir un médecin spé- cialiste allemand en mesure de nous guérir et de ne pas pouvoir organiser des contre- visites. Ou souveraineté veut dire que nous devons pouvoir rester marocain après avoir pris le traitement prescrit ? Comme déposer tout l’argent du pays dans des banques étrangères peut être gênant; déposer toutes les données du pays à l’étranger dans du cloud et des data centers qui se considèrent au-dessus des lois natio- nales peut s’avérer également gênant. Malheureusement, la donnée est encore souvent comprise comme une simple res- source technique, elle n’est pas encore perçue comme une richesse pouvant avoir un caractère géopolitique : les données comportementales, véritable traçabilité de notre «moi» dans le monde moderne, consti- tuent de véritables données stratégiques et peuvent servir pour alimenter des décisions automatiques nous concernant, par des gens qui ne sont pas parmi nous. La souveraineté est d’abord de pouvoir rester décideur ou, au moins, de pouvoir influencer la prise de décision nous concer- nant. C’est la seule équation. Les autres questions sont des paramètres utiles pour appréhender et résoudre cette première équation. Comme il existe un code bancaire
Pour la CNDP, la confiance numérique passe d’abord par le respect du droit.
international, nous devons travailler pour un code de la donnée international.
d’écosystème. Tout le monde est respon- sable, en premier lieu, les «conducteurs», responsables de traitements de données à caractère personnel, qui ne respectent pas les lois qui encadrent le «code du digital». Les lacunes sont aujourd’hui encore impor- tantes. F. N. H. : Le Maroc se prépare à accueillir plusieurs grands rendez- vous internationaux. Quelles seront les priorités de la CNDP dans les prochaines années pour renforcer la confiance numérique ? O. S. : Nous sommes appelés à travailler sur tous les fronts : médecins, méde- cins dentistes, laboratoires d’analyse, avo- cats, notaires, adouls, huissiers, presse, hôtels, restaurants, agences de voyages, agences de locations de voiture, taxis, livreurs, experts-comptables, systèmes de santé, agriculture, banques et finances, assurances, secteur privé, secteur public, administrations, écoles, lycées, universi- tés, secteur des sports, partis politiques, syndicats, associations, cabinets de recru- tements, startups, agences de commu- nication, collectivités territoriales, … tout secteur et toute région. Nous devons être aidés, en particulier, par le gouvernement qui doit nous inclure et demander notre avis avant d’adopter des lois impliquant le traitement des données à caractère personnel. Pour nous préparer aux grands rendez-vous internationaux, nous devons aller au-delà de la communication. Comme c’est le cas, nous devons travailler sur les infrastructures et renforcer notre res- pect du droit. C’est l’esprit incarné par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste. ◆
F. N. H. : Les cyberattaques et les fuites de données se multiplient, y compris au Maroc. Cette évolution révèle-t-elle encore des lacunes importantes dans la manière dont les entreprises et les administrations protègent les données personnelles ? O. S. : Les fuites que vous évoquez ne concernent pas que les données à caractère personnel. Elles concernent toutes les don- nées et illustrent plusieurs choses : • D’abord, tout le monde ne prend pas au sérieux l’engagement juridique de respecter les données. Cet engagement juridique est matérialisé, quand il s’agit de données à caractère personnel, par les notifications préalables qui doivent être faites auprès de la CNDP. Il faut éviter, à tort, de conduire un véhicule sans permis. • Ensuite, tout le monde ne respecte pas, quand il est pris, cet engagement juridique pour cadrer le traitement des données à caractère personnel. C’est comme si vous ne respectiez pas le code de la route malgré votre permis de conduire. • Après cela, il faut voir l’état mécanique, électrique et pneumatique de la voiture. Ce n’est pas le policier ou le gendarme qui intervient dans la réparation du véhicule. Pour le traitement des données, d’autres institutions interviennent quand la sécurité est altérée. Il faut comprendre que c’est une question
L’intelligence artificielle, lorsqu’elle s’applique aux don- nées à caractère personnel, reste un traitement parmi d’autres.
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