41
FINANCES NEWS HEBDO
JEUDI 30 JUILLET 2026
portant la marque «AI Made in Morocco», au service du développement national et africain. Le deuxième pilier est la donnée. Il ne peut y avoir d’intelligence artificielle fiable sans données de qualité, accessibles, sécurisées et correctement gouvernées. Le Maroc avance donc vers une gouvernance nationale de la donnée, une meilleure interopérabilité des sys- tèmes, le développement d’API et la mise en place de socles numériques communs. Ces fondations sont indispensables pour passer d’une administration encore parfois fragmen- tée à une Administration X.0 plus simple, plus rapide, plus inclusive et plus sécurisée. Le troisième pilier concerne le cloud, les capa- cités de calcul et les infrastructures souve- raines. La Feuille de route Cloud 2025-2030, structurée autour de six objectifs et de vingt- trois axes d’intervention, instaure une politique «Cloud First» et encadre la migration sécurisée des administrations et des secteurs straté- giques. Elle s’appuie notamment sur la créa- tion d’un Cloud Center of Excellence et d’un Observatoire national du cloud. L’objectif est de garantir au Royaume des capacités d’hé- bergement, de stockage et de calcul adaptées aux exigences de l’intelligence artificielle, tout en assurant la protection des données sen- sibles. Le quatrième pilier est la cybersécurité. L’intelligence artificielle renforce nos capa- cités d’analyse et de défense, mais elle crée également de nouvelles menaces : attaques automatisées, deepfakes, manipulation des données, ingénierie sociale ou vulnérabilité des algorithmes. La cybersécurité doit donc devenir le système immunitaire de notre trans- formation numérique. C’est dans cette logique qu’a été lancé le Centre d’innovation en cyber- sécurité, conjointement avec le ministère de l’Enseignement supérieur et la DGSSI, sous la forme d’un groupement d’intérêt public hébergé à l’ENSIAS. Le rôle du Maroc au sein du Réseau africain des autorités de cybersé- curité témoigne également de notre volonté de contribuer à la résilience numérique du continent. Mais notre avantage comparatif le plus durable reposera sur le capital humain. Former des ingénieurs, des chercheurs, des développeurs, des spécialistes de la donnée et de la cyber- sécurité est une condition essentielle pour que le Maroc puisse non seulement utili- ser l’intelligence artificielle, mais également
la comprendre, la développer et la maîtriser. Cette ambition doit naturellement s’inscrire dans un cadre de confiance. Le projet de loi «Digital X.0», porté en coordination avec la CNDP, la DGSN, la DGSSI et l’ADD, vise à encadrer les nouveaux usages numériques et l’intelligence artificielle, en cohérence avec la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles et la loi 05-20 sur la cybersécu- rité. Parallèlement, le Framework national d’IA responsable, élaboré avec la CNDP, doit per- mettre de développer des plateformes et des modèles intégrant nativement nos langues, notre culture, notre cadre juridique et notre identité numérique souveraine. Enfin, cette stratégie est profondément territo- riale. Le réseau des JAZARI Institutes s’orga- nise autour d’un JAZARI ROOT, chargé de la gouvernance et de la coordination nationale, et d’instituts régionaux dotés de spécialisations liées aux priorités économiques et sociales de chaque territoire. Notre objectif est de dif- fuser les capacités d’innovation dans toutes les régions, de rapprocher la recherche des besoins du terrain et de produire des briques technologiques réutilisables par le secteur public comme par le secteur privé. Ainsi, le Maroc entend se positionner non pas dans une course à la taille des modèles, mais dans une course à la pertinence, à la confiance et à l’impact. Notre réussite se mesurera à notre capacité à produire des solutions adap- tées à nos besoins, à faire émerger des talents et des entreprises marocaines, à protéger nos données et à exporter notre expertise vers l’Afrique et le monde arabe. F. N. H. : Le développement du numé- rique soulève également des questions de souveraineté des données et de cybersécurité. Quels sont aujourd'hui les principaux défis du Royaume dans ces domaines et quelles réponses le gouvernement apporte-t-il ? A.E.F.S. : La transformation numérique ne peut être durable que si elle repose sur un cli- mat de confiance. Aujourd'hui, la souveraineté des données et la cybersécurité sont devenues des enjeux stratégiques au même titre que les infrastructures ou les compétences. Notre défi est double : protéger nos actifs numériques tout en créant les conditions favorables à l'innovation, à l'investissement et au dévelop- pement de l'intelligence artificielle. Le premier défi est celui de la maîtrise de la donnée. La donnée est désormais une ressource stratégique, mais elle ne crée de valeur que si elle est correctement gouvernée. C'est pourquoi nous travaillons à la mise en place d'une gouvernance nationale de la don-
La volonté du Maroc est de faire du numérique un moteur de croissance, d'emploi et d'innovation.
dans la mise en œuvre de notre vision. Il a réuni plus de 1.000 participants marocains et inter- nationaux, parmi lesquels des chercheurs, des experts, des investisseurs, des startups, des institutions publiques et des partenaires aca- démiques, dans un espace associant réflexion stratégique, formation, expérimentation et développement de solutions innovantes. Le Rally IA Future Lab a notamment permis de faire émerger 138 projets répartis dans dix domaines prioritaires, parmi lesquels la santé, l’éducation, l’agriculture, l’énergie, l’industrie, les services publics, les villes intelligentes, la cybersécurité, la fintech et le développe- ment durable. À l’issue des différentes phases d’évaluation et d’accompagnement, dix pro- jets ont été distingués. Cette initiative a éga- lement contribué à renforcer les liens entre la recherche scientifique, l’entrepreneuriat, l’in- vestissement et les besoins concrets de l’éco- nomie et de la société. Ces deux initiatives traduisent une même philosophie : faire de l’intelligence artificielle une dynamique natio- nale ouverte aux jeunes, aux chercheurs et aux startups, et non un simple cadre stratégique ou une déclaration d’intention. Elles permettent de créer des espaces d’expérimentation, de détecter les talents, d’accélérer les projets prometteurs et de faire émerger des solutions
A l’horizon 2030, nous ambitionnons de créer 240.000 emplois directs, de générer 100 milliards de dirhams de valeur additionnelle pour notre économie, de faire émerger 3.000 startups et une à deux licornes.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker