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FINANCES NEWS HEBDO
JEUDI 30 JUILLET 2026
Souveraineté économique Comment le Maroc a changé de dimension
taire des États; la guerre en Ukraine, qui a transformé l'énergie et l'alimentation en armes géoéconomiques; et la rivalité sino- américaine, qui a généralisé les logiques de Derisking, de Friend-shoring et de relocalisa- tion sélective. Les grandes puissances sub- ventionnent désormais massivement leurs industries stratégiques (Inflation Reduction Act américain, mécanisme d'ajustement car- bone aux frontières et alliances industrielles européennes, plans quinquennaux techno- logiques chinois), redessinant une géogra- phie productive où la proximité, la fiabilité politique et la décarbonation deviennent des avantages comparatifs à part entière. C'est précisément dans cet interstice que s'inscrit la stratégie marocaine. Le Maroc a construit depuis l'accession au Trône du Roi Mohammed VI en 1999 une stratégie que l'on peut qualifier de souveraineté d'insertion, ou de souveraineté «insérée». Il s’agit de renforcer l'autonomie nationale non pas en se retirant de la mondialisation, mais en s'y insérant à des positions choisies (plateforme industrielle aux portes de l'Europe, détenteur d'une rente minière stratégique mondiale, futur exportateur d'énergie décarbonée, pivot économique entre l'Europe et l'Afrique), et en travaillant simultanément à réduire les dépendances jugées critiques : énergie fos- sile, intrants pharmaceutiques, vulnérabilité alimentaire. Les «vraies victoires» de la période peuvent être analysées selon quatre dimensions com- plémentaires : productive, énergétique, logis- tique et institutionnelle. La dimension logistique et infrastructurelle conditionne toutes les autres. Le Maroc de 1999 était un pays au réseau autoroutier embryonnaire et sans port de rang mondial. Celui de 2026 dispose de plus de 1.800 kilomètres d'autoroutes, de la première ligne à grande vitesse du continent africain (Tanger-Casablanca, en cours d'extension vers Marrakech), et surtout de Tanger Med, devenu le premier port à conteneurs de la Méditerranée et d'Afrique, dont la connecti- vité, plus de 180 ports desservis, constitue l'épine dorsale de l'insertion marocaine dans les chaînes de valeur mondiales. L'ouverture prochaine de Nador West Med dotera le pays d'une seconde façade méditerranéenne en eaux profondes, tandis que le complexe Dakhla Atlantique prolonge cette logique vers l'Afrique de l'Ouest, positionnant le Royaume comme hub de transit entre l'Europe, l'Afrique et l'Atlantique. La dimension productive enregistre le pas- sage d'une économie tirée par le commerce et l'agriculture à une base industrielle struc-
Depuis près de trois décennies, le Maroc s'est engagé dans une profonde transformation de son modèle économique, fondée sur l'industrialisation, les infrastructures, la diversification productive et une insertion maîtrisée dans la mondialisation. Mais cette trajectoire est-elle suffisante pour parler de véritable souveraineté économique ? Dans cet entretien, Marouane Hatim, docteur et consultant en économie, membre de l'Association des économistes québécois et du Laboratoire interdisciplinaire de recherches en enseignement supérieur à l’université de Montréal, décrypte les ressorts de cette mutation ainsi que les fragilités et défis qui conditionneront la capacité du Royaume à convertir ses atouts en puissance économique durable.
Propos recueillis par Z. A.
mique, à sécuriser les approvisionnements essentiels à son fonctionnement (énergie, alimentation, santé, technologies) et à cap- ter une part croissante de la valeur ajoutée générée sur son territoire. Et ce, sans que ces choix ne soient dictés par des dépendances asymétriques vis-à-vis d'acteurs extérieurs. Dans la littérature, elle est souvent ramenée à la capacité d'un État à «être maître chez soi». C'est-à-dire à assurer durablement la prospérité de sa population en résistant aux chocs externes et en choisissant ses parte- naires sur une base d'autonomie de décision. Elle se distingue de l'autarcie, qui en consti- tue la caricature. Dans une économie mon- dialisée, aucun État n'est autosuffisant, et la souveraineté ne consiste pas à produire tout soi-même, mais à choisir ses dépendances, à les diversifier et à les rendre réversibles. Elle est ainsi moins un état qu'un rapport de force, moins un stock qu'une capacité stra- tégique. Son évaluation empirique mobilise dès lors des critères opérationnels : sécurité alimentaire et énergétique, capacité techno- logique, résilience industrielle, stabilité macro financière et gouvernance des investisse- ments directs étrangers, plutôt que le degré d'isolement commercial. Le contexte mondial a profondément réha- bilité ce concept, longtemps disqualifié par le consensus libéral des années 1990. Trois chocs successifs ont opéré ce renversement paradigmatique. Il s’agit de la pandémie de Covid-19, qui a révélé la fragilité des chaînes de valeur mondiales et la dépendance sani-
Finances News Hebdo : Dans tout ce qui est «souveraineté économique» qu’a réussie à construire le Maroc au cours de ces 3 dernières décennies ? Où voyez-vous les vraies victoires ? Marouane Hatim : La souveraineté écono- mique peut être définie comme la capacité effective d'un État à déterminer de manière autonome ses choix de politique écono-
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