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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 30 JUILLET 2026

gressive : transformer le fruit de l'extraction en rente d'intelligence et une position de fournisseur en position de puissance agro- industrielle systémique. F. N. H. : Le Maroc importe 95% de son énergie, 80% de ses matières premières pharma. Est-ce une sorte de mauvaise dépendance ? M. H. : L'analyse serait complaisante si elle éludait le passif. Malgré la trajectoire de résorption engagée, le Maroc importe encore l'essentiel de son énergie primaire, la dépendance énergétique demeurant proche de 87,5% en 2024 après avoir culminé à 98% en 2008, et une proportion estimée à 70-80% de ses intrants et produits pharmaceutiques. Le déficit commercial, creusé à plus de 353 milliards de dirhams en 2025 sous l'effet de la progression des importations de biens d'équi- pement et de consommation, matérialise comptablement cette asymétrie structurelle. Faut-il y voir une «mauvaise dépendance»? La théorie suggère une réponse nuancée, fondée sur la distinction entre dépendance et vulnérabilité : une dépendance devient problématique lorsqu'elle n'est ni diversifiée, ni contractuellement sécurisée, ni contre- balancée par des secteurs où le pays dis- pose d'un pouvoir de négociation propre. Au regard de ces critères, la dépendance énergétique marocaine relève de la catégorie des dépendances subies mais travaillées : approvisionnements diversifiés sans expo- sition dominante à un fournisseur unique, capacité d'importation de GNL en déve- loppement, intégration dans des corridors énergétiques régionaux et, surtout, substi- tution progressive par les renouvelables et l'hydrogène, chaque mégawatt vert installé constituant une substitution d'importation. Elle se distingue en cela des dépendances structurelles et consenties qui caractérisent nombre d'économies comparables. La dépendance pharmaceutique est plus préoccupante car elle touche à la sécurité sanitaire et fut douloureusement éprouvée durant la pandémie. La réponse, création de capacités locales de production de vaccins et de biotechnologies, production de géné- riques, partenariats de R&D, généralisation de la protection sociale créant un marché domestique solvable, est cohérente mais récente, et son évaluation demandera une décennie. Le critère décisif de la souverai- neté n'est pas l'autosuffisance totale, mais la capacité à encaisser des ruptures d'approvi- sionnement sans effondrement systémique. Sur ces deux fronts, le constat honnête est le suivant : la souveraineté marocaine est ici

des sols africains, agronomie de précision, le phosphate devenant le support d'une expor- tation de savoir. Le troisième est la valorisation géoécono- mique. Dans un marché mondial tendu par le retrait partiel des exportations chinoises, la «diplomatie des engrais» marocaine en Afrique (programmes d'engrais adaptés et de soutien à la sécurité alimentaire du conti- nent), convertit la rente en influence et en parts de marché futures sur le continent qui connaîtra la plus forte croissance de demande alimentaire du siècle. Le quatrième niveau, prospectif, est l'inté- gration circulaire avec la transition énergé- tique. L'ammoniac vert produit localement à partir d'hydrogène renouvelable permet- trait de décarboner la production d'engrais azotés-phosphatés et d'affranchir l'OCP de ses importations d'ammoniac, bouclant ainsi souveraineté minière et souveraineté éner- gétique. La valorisation de l'atout phosphatier réside donc dans cette transsubstantiation pro-  Détenir environ 75% des réserves mondiales de phosphate confère au Maroc un pouvoir structurel sur un intrant clé de la sécurité alimentaire globale.

F. N. H. : Le Maroc a 75% des réserves mondiales de phosphate. Comment valoriser cet atout ? M. H. : Détenir environ 75% des réserves mondiales de phosphate confère au Maroc un pouvoir structurel sur un intrant clé de la sécurité alimentaire globale. Mais cette ressource ne crée de souveraineté que si elle est transformée en capacités indus- trielles, technologiques et diplomatiques. La création d’une chaîne de valeur intégrée autour du phosphate (extraction, transfor- mation chimique, production d’engrais, R&D agronomique, développement de solutions adaptées aux agricultures du Sud) illustre cette valorisation stratégique. La question pertinente n'est cependant pas celle de la détention, mais celle de la valori- sation, et elle admet une réponse en quatre niveaux. Le premier est la montée en chaîne de valeur. Le basculement, opéré depuis une décennie par l'OCP, de l'exportation de roche brute vers celle d'acide phosphorique et surtout d'engrais finis et personnalisés qui multiplie la valeur captée par tonne extraite et fait du Groupe l'un des premiers producteurs mondiaux d'engrais phosphatés. Le deu- xième est la valorisation servicielle et cogni- tive : adossement de l'université Mohammed VI Polytechnique au Groupe, cartographie

La soutenabilité de la stabilité marocaine dépendra de la capacité du modèle à diffuser vers le corps social les gains de la souveraineté économique qu'il a construite au sommet.

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