ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
générique ou le biosimilaire lui- même, mais également pour le médicament princeps. Le développement des génériques représente l’un des instruments les plus efficients dont dispose aujourd’hui le Maroc pour réduire le coût des médicaments, amé- liorer l’accès aux soins, limiter le reste à charge des patients et préserver l’équilibre financier de l’Assurance maladie obligatoire. Les médicaments génériques et biosimilaires, d’une part, et les médicaments innovants, d’autre part, ne doivent pas être considé- rés comme opposés, mais comme deux composantes complémen- taires d’une même stratégie de soutenabilité du système de santé. F. N. H. : Quels leviers per- mettraient de renforcer la pénétration des médica- ments génériques sur le marché marocain et d’ampli- fier leur effet sur la baisse des dépenses de santé ? A. B. : Les analyses économiques montrent que les bénéfices écono- miques et financiers des médica- ments génériques dépendent non seulement de leur offre sur le mar- ché, mais surtout de leur niveau réel d’utilisation, qui détermine les volumes consommés. Les économies générées sont proportionnelles à la somme des volumes de chaque générique, multipliés par le différentiel de prix avec le médicament princeps. Les écarts de prix entre les géné- riques eux-mêmes sont également générateurs d’économies. Enfin, pour un même générique, chaque baisse de prix génère aussi des économies pour l’assurance mala- die et les patients dans le cas des médicaments remboursables, et uniquement pour les patients dans le cas des médicaments non rem- boursables. Le développement de l’utilisation des génériques repose sur plu- sieurs leviers. Le premier consiste à renforcer la confiance des patients, des prescripteurs et des pharmaciens. Certaines réticences et certains doutes sur l’efficacité ou la qualité des génériques persistent, souvent alimentés par des campagnes de dénigrement de certains acteurs
L’essor des biosimilaires représente un enjeu important pour le marché pharmaceutique marocain, notamment au regard du coût des traitements biologiques.
financement vers les interventions les plus efficientes. En effet, la généralisation de l’AMO exige une gouvernance fondée sur la prio- risation des interventions à forte valeur sanitaire. Chaque Dirham investi doit générer le maximum de bénéfices en matière de santé pour la population, tout en préser- vant l’équilibre financier du sys- tème. Ainsi, la soutenabilité ne doit pas être perçue comme une contrainte opposée à l’accès aux innovations, mais comme la condi- tion indispensable pour garantir un accès durable et équitable aux traitements actuels et futurs. Dans le cas du Maroc, cinq leviers stratégiques se dégagent, à savoir institutionnaliser l’évaluation des technologies de santé (Health Technology Assessment ou HTA), accélérer la pénétration des médi- caments génériques et biosimi- laires sur le marché marocain, développer les accords d’accès et de remboursement fondés sur les résultats, exploiter les don- nées en vie réelle pour mesurer la valeur des traitements et réinvestir les économies réalisées dans le financement des innovations à fort impact sanitaire. F. N. H. : Quel est l’impact réel des médicaments géné- riques sur les prix des traite- ments, les dépenses de l’As- surance maladie et le reste à charge des patients ? Dans quelle mesure leur dévelop- pement peut-il contribuer à réduire le coût des médica- ments au Maroc ? A. B. : Malgré une pénétration relativement bonne, supérieure à
50% du marché, le potentiel des médicaments génériques et, sur- tout, des biosimilaires au Maroc reste largement sous-exploité. En effet, si la présence des génériques des médicaments chimiques est aujourd’hui raisonnable, il n’en est pas de même pour les biosi- milaires, c’est-à-dire les médica- ments biologiques comparables aux biomédicaments de référence, dont la présence reste faible, mar- ginale, voire inexistante. Or, nous parlons ici de certains des médicaments les plus coû- teux, le plus souvent destinés au traitement de maladies lourdes ou coûteuses, telles que les cancers ou les maladies rares. Pourtant, ces génériques et biosimilaires, dont les prix sont largement infé- rieurs à ceux de leurs princeps, génèrent des économies subs- tantielles, d’abord pour l’Assu- rance maladie, mais aussi pour les patients, en améliorant l’accessibi- lité financière des traitements et en réduisant leur reste à charge. En amont, les prix plus bas de ces médicaments s’expliquent par des coûts de développement lar- gement inférieurs aux coûts de recherche nécessaires à la mise au point d’un nouveau médicament. Il faut également tenir compte du fait que les génériques et biosimilaires bénéficient des connaissances et des données accumulées au fil des années sur les médicaments de référence. En aval, leurs prix plus bas s’ex- pliquent aussi par les réglementa- tions des autorités sanitaires, qui leur attribuent des prix inférieurs à ceux des spécialités de réfé- rence, leur conférant ainsi un rôle
économique majeur au bénéfice des assurances maladie et des patients. L’apport économique des géné- riques et des biosimilaires est pro- portionnel à leurs volumes d’utili- sation et inversement proportion- nel à leurs prix publics. Il est donc important de développer leur utili- sation en renforçant la confiance des patients et des professionnels de santé. Cela passe également par la prescription en dénomina- tion commune internationale (DCI) et par des politiques de substitu- tion fortes. Des mesures incita- tives doivent être mises en place au bénéfice des prescripteurs comme des pharmaciens. L’impact des génériques et des biosimilaires dépasse largement la simple réduction de leurs prix. Leur introduction peut modifier en profondeur la dynamique du mar- ché pharmaceutique en favorisant la concurrence et en exerçant une pression à la baisse sur l’ensemble des prix. Nos analyses montrent que les médicaments disposant de géné- riques connaissent généralement davantage de révisions tarifaires et une dynamique de baisse des prix plus marquée que les médi- caments restés sans concurrence. L’arrivée d’un générique ou d’un biosimilaire sur le marché agit ainsi comme un catalyseur de réduction des coûts, non seulement pour le
Malgré une pénétration supérieure à 50% du marché, le potentiel des médicaments génériques et, surtout, des biosimilaires reste largement sous-exploité au Maroc.
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