ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
Dynamique des prix publics des médicaments coûteux et/ou bud- gétivores et impact des médica- ments génériques, a analysé l’évo- lution de prix de 189 médicaments à travers l’ensemble des 73 bulle- tins officiels (B.O.) relatifs aux prix des médicaments et qui ont été publiés entre le 8 avril 2014 et le 2 avril 2026. 31% de ces médica- ments disposent de génériques et 69% n’en disposent pas. 59% de ces médicaments sont rembour- sables et 41% ne le sont pas. 57% sont des médicaments chimiques et 43% sont des biomédicaments. Les résultats de notre travail ont montré que des dynamiques de prix à la baisse étaient très diffé- rentes selon que le médicament en question dispose de générique ou pas. Ainsi, la moyenne des baisses dans le cas des médicaments sans génériques, sur toute la période étudiée, n’a pas dépassé les 14%, alors que dans le cas des médicaments avec génériques, la moyenne des baisses du médi- cament en question était de 38% et pour l’ensemble représenté par ce médicament et ses génériques, elle était de 62%. L'arrivée des génériques appa- raît comme le principal facteur associé aux réductions de prix. Les médicaments disposant de génériques enregistrent générale- ment un nombre plus élevé de baisses tarifaires et des diminu- tions plus importantes que ceux ne disposant pas de concurrents. Cette observation confirme le rôle central du médicament générique dans la maîtrise des dépenses pharmaceutiques et dans l'amélio- ration de l'accessibilité financière des traitements. Notre étude a montré aussi qu’un médicament générique a 23 fois plus de chance quand le princeps est un médicament remboursable et 3,2 fois plus de chance quand le princeps est un médicament chimique. Enfin, l’ancienneté d’un médicament est un déterminant majeur dans l’apparition de ses génériques. Notre travail a mis en évidence des trajectoires totalement dif- férentes selon le type de médi- cament. Certains médicaments n’avaient subi aucune baisse depuis avril 2014. A ce titre, notre
La baisse moyenne des prix atteint 38% pour les médicaments princeps disposant de génériques contre un maximum de 14% pour ceux qui en sont dépourvus.
travail constitue une analyse cri- tique de l’ancien système de fixa- tion des prix et qui a été appliqué jusqu’au 2 avril 2026, et surtout de la manière dont il a été mal utilisé. Pourquoi certains médicaments avaient subi plusieurs baisses et souvent de grande ampleur et pourquoi d’autres n’avaient pra- tiquement pas été touchés. Autre constat, les médicaments inno- vants récemment introduits sur le marché présentent généralement des niveaux de prix élevés lors de leur commercialisation. Cette situation s'explique par plusieurs facteurs : les coûts de recherche et développement, les investis- sements nécessaires aux essais cliniques, la complexité de fabri- cation de certaines biothérapies, l'absence d'alternatives thérapeu- tiques et la protection conférée par les brevets. Notre travail représente une étude préliminaire de la dynamique des prix des médicaments. Il sera élar- gi à l’ensemble des médicaments coûteux. Un travail similaire sera également réalisé sur les médi- caments les moins coûteux (ceux de la première et de la deuxième tranche de prix), autrement dit les médicaments dont le prix public de vente est inférieur à 1.000 DH. F. N. H. : Comment conci- lier l’accès des patients aux médicaments coûteux avec la maîtrise des dépenses de santé et la soutenabilité du financement de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) ? A. B. : Concilier l’accès aux médi- caments coûteux avec la soutena- bilité financière de l’AMO repose
sur un principe fondamental, celui de payer la valeur thérapeutique produite et non uniquement le pro- duit consommé. Cette approche est au cœur du concept d’«achat fondé sur la valeur» mis en avant lors du XIIe Congrès national et du Ve Congrès africain de pharmaco- économie et de pharmacoépidé- miologie. L’accès aux médicaments coû- teux constitue aujourd’hui l’un des principaux défis des systèmes de santé modernes. Les progrès thé- rapeutiques, notamment en onco- logie, dans les maladies rares et dans les biotechnologies, offrent des bénéfices cliniques majeurs, mais exercent simultanément une pression croissante sur les bud- gets de l’Assurance maladie obli- gatoire. La réponse ne peut être ni le refus de l’innovation ni un finan- cement sans limite. Elle réside dans la recherche d’un équilibre entre équité d’accès, efficacité cli- nique et soutenabilité financière. Primo, il est nécessaire de ren- forcer l’évaluation médico-éco- nomique avant le remboursement des innovations. Un médicament coûteux doit démontrer non seu- lement son efficacité clinique, mais également sa capacité à générer un bénéfice de santé pro- portionnel au coût engagé. Les analyses coût-efficacité et coût- utilité doivent ainsi devenir des
outils d’aide à la décision pour les pouvoirs publics. Secundo, le développement de l’offre de médicaments géné- riques et biosimilaires reste une voie incontournable pour maîtriser les dépenses de médicaments, aussi bien pour l’AMO que pour les patients, en améliorant l’accès économique aux traitements et en réduisant le reste à charge (Out of pocket). Les économies générées directement par les génériques et par les baisses des prix des prin- ceps, sous la pression concurren- tielle des génériques, permettent de dégager des marges budgé- taires susceptibles d’être réin- vesties dans le financement des innovations thérapeutiques à forte valeur ajoutée. Tertio, les mécanismes de fixation et de révision des prix doivent inté- grer davantage les résultats obser- vés en vie réelle. Les accords de partage des risques et les contrats de paiement à la performance per- mettent de lier le niveau de rem- boursement aux bénéfices réelle- ment obtenus chez les patients. Quarto, la prévention, le dia- gnostic précoce et l’amélioration de l’observance thérapeutique constituent des investissements rentables. Réduire les complica- tions, les hospitalisations et les situations de dépendance peut générer des économies substan- tielles tout en améliorant la santé de la population. Quinto, la disponibilité de don- nées robustes est essentielle. Les données en vie réelle permettent d’évaluer l’impact réel des trai- tements sur les patients maro- cains et d’orienter les décisions de
Financer l’innovation thérapeutique tout en préservant la soutenabilité de l’Assurance maladie obligatoire nécessite une meilleure évaluation de la valeur des traitements et un recours accru aux génériques et aux biosimilaires.
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