ECONOMIE
32
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
durables. Je vois le Maroc comme un point de convergence. Avec la Chine, nous pouvons développer des partenariats dans les batteries, les matériaux et les nouvelles énergies. Avec l’Europe, l’enjeu est de construire une intégration industrielle et technologique plus profonde. Avec les États-Unis, notre accord de libre-échange constitue un atout précieux pour les entreprises qui respectent les règles d’origine. Avec l’Afrique, le Royaume a une responsabi- lité et une opportunité, celle de contribuer à l’industrialisation du continent. Cela suppose d’abord une poli- tique industrielle plus intégrée, capable de mieux connecter les investissements internationaux au tissu national. Il faut également mener une véritable politique de développement de champions nationaux, notamment parmi les TPME, les PME et les ETI. Cet objectif passe par un investis- sement massif dans le capital humain, la recherche et la pro- priété intellectuelle, mais aussi par le renforcement de notre sou- veraineté énergétique, hydrique, numérique et logistique. Les marques doivent également occuper une place centrale dans cette stratégie. Une nation indus- trielle se bâtit avec des usines, mais aussi avec des marques fortes, des savoir-faire reconnus et une capacité à créer de la pré- férence. Cette vision est ouverte, mais ancrée dans les intérêts du Royaume. Il ne s’agit pas de choi- sir entre ouverture et souveraineté, il s’agit de faire de notre ouverture un instrument de souveraineté. Et mesurons autrement notre réus- site, pas seulement en milliards d’exportations, en usines ou en emplois, mais en valeur ajoutée nationale, en technologies maîtri- sées, en champions marocains, en marques qui rayonnent et en compétences qui restent. Le Maroc a su faire venir le monde pour produire chez lui. Le prochain chapitre est celui d’un Maroc avec lequel le monde vient concevoir, investir et conquérir. C’est toute l’ambition du Made with Morocco. ◆
Les exportations aéronautiques ont atteint 29,1 milliards de dirhams en 2025, avec plus de 40% d’intégration locale.
penser celles qui investissent en R&D, déposent des brevets et conquièrent de nouveaux mar- chés. F. N. H. : Comment renforcer la compétitivité des marques marocaines et faire du Made in Morocco un levier de sou- veraineté industrielle ? A. L. : C’est la question qui me tient le plus à cœur, car elle rejoint l’engagement que je porte depuis 2013 avec l’APMM et le label Made in Morocco. Nous avons beaucoup investi dans les infrastructures, les zones industrielles et l’attractivité. Nous devons accorder la même impor- tance à la marque. Une industrie peut produire énormément sans maîtriser la valeur de sa pro- duction. La marque concentre la confiance, la réputation, la différenciation et la relation au consommateur, c’est un actif stra- tégique. Le Made in Morocco ne doit jamais se réduire à une indication d’origine ou à un argument patrio- tique. Il doit être une signature de qualité, de compétitivité et de confiance. La crédibilité d’un label tient à la rigueur de ses critères, pas au nombre de produits qui le portent. Elle repose notamment sur la conformité, la traçabilité et le respect des standards interna- tionaux. Il faut aussi accompa- gner les entreprises sur le design, l’innovation, la propriété intellec- tuelle, le marketing et l’internatio- nalisation, et faire émerger, dans
la mobilité, des équipementiers et des marques marocaines porteurs de leurs propres technologies. Made in Morocco et Made with Morocco ne s’opposent pas. Le premier valorise ce que notre ter- ritoire produit et développe. Le second exprime notre capacité à accueillir des technologies et à codévelopper des solutions pour les marchés mondiaux. Le parte- nariat Al Mada-CNGR dans Cobco en est une bonne illustration, avec une exigence : que la création de valeur reste durablement ancrée au Maroc. Le patriotisme économique ne se décrète pas, il se construit par la qualité, la confiance, l’accessibili- té et la fierté. Le Made in Morocco doit devenir une préférence éco- nomique, pas un simple réflexe. F. N. H. : Les exportations aéronautiques ont atteint 29,1 milliards de dirhams en 2025, avec plus de 40% d’in- tégration locale. Comment le Maroc peut-il renforcer ses capacités dans cette filière ? A. L. : L’aéronautique prouve que le Maroc sait bâtir des écosystèmes exigeants et gagner la confiance des plus grands acteurs. La pro- chaine étape n’est plus d’augmen- ter les volumes, mais de monter en gamme, notamment dans l’ingé- nierie, la conception et la maîtrise de technologies complexes. Je pense aux matériaux composites, aux systèmes électroniques, aux composants de haute précision,
aux logiciels embarqués et à la maintenance. Il faut aussi sortir des silos. Les compétences acquises dans l’automobile, l’électronique, les matériaux ou la robotique peuvent bénéficier à toutes les filières. Cela passe par des partenariats renfor- cés entre industriels, universités et centres de recherche, ainsi que par l’émergence de fournisseurs marocains capables de traiter directement avec les grands don- neurs d’ordre, y compris sur des technologies de niche. La compétitivité ne repose pas que sur les coûts, mais sur la qua- lité, la fiabilité et les compétences. Notre défi est de passer du statut de plateforme de production à celui de centre de compétences, d’ingénierie et d’innovation. F. N. H. : À l’horizon 2030, quelles sont les conditions à réunir pour faire du Maroc une plateforme industrielle plus intégrée et compéti- tive ? A. L. : 2030 est bien plus qu’une échéance sportive, c’est l’occa- sion d’une transformation écono- mique dont l’héritage dépassera cet horizon. Il s’agit de transfor- mer nos avantages compara- tifs en avantages compétitifs
En 2025, l’automobile a généré 159 milliards de dirhams d’exportations. L’enjeu est désormais de renforcer la maîtrise technologique et de faire émerger des champions industriels marocains.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker