Finances News Hebdo 1253

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026

Sahara marocain La Minurso sort de scène après 35 ans Vendredi soir, le Conseil de sécurité a rejeté deux textes en quelques dizaines de minutes. Samedi, le mandat de la Minurso expirait. Lundi, l’ONU détaillait le démontage : 340 départs, 13 sites à rendre. En trois jours, la plus ancienne mission de paix en Afrique est passée de l’enjeu diplomatique à l’inventaire. Récit d’une séquence que certains observateurs avaient vu venir. Par L . Ch

décompte ne le confirme pas. À la sortie, chacun a défendu sa lec- ture. L’ambassadeur américain, Michael Waltz, a reproché à cer- tains membres d’avoir voulu sau- ver la lettre «R» . Son homologue russe, Vassili Nebenzia, a présenté son texte comme une «dernière occasion » de maintenir la mission sous sa forme d’origine, et prévenu que les adversaires de son projet porteraient la responsabilité de sa disparition. Pourquoi la Russie, qui s’était abs- tenue il y a un an sur la résolution 2797, est-elle passée au vote néga- tif ? Mohamed Badine El Yattioui, professeur de géopolitique au Collège royal des Emirats Arabes Unis, refuse de choisir entre l’acci- dent et le plan: « c’est à la fois une stratégie de compétition et de blo- cage entre les Américains et les Russes» . Selon lui, Moscou s’est «braqué» sur la disparition du «R», alors que le référendum ne figure plus dans le vocabulaire onusien depuis 2003, et a saisi une occasion rêvée de contrarier Washington, déjà son adversaire en Ukraine et au Moyen-Orient. Il y ajoute une lecture : «beaucoup de pays, dont la Russie, sont très contents de maintenir une forme de statu quo», et la résolution 2797 avait justement changé la donne. La Chine, elle, s’est abstenue sans suivre Moscou jusqu’au veto. Le professeur y voit deux partenaires, pas deux alliés. Pékin, explique-t-il, a un «besoin impérieux» de bonnes relations avec le Maroc, où elle investit lourdement dans l’indus- trie pour exporter vers l’Europe. La Russie, elle, garde l’Algérie comme premier partenaire commercial en Afrique, notamment grâce à ses ventes d’armes. Rabat acte, Alger regrette Dès vendredi soir, le Cabinet royal a publié un communiqué affirmant que le mandat n’était pas reconduit et que la présence de la mission dans les provinces du Sud, avec son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser « dans les prochains jours». Le texte en tire une consé- quence politique : cette non-recon- duction doit aussi mettre fin à la sai- sine du Conseil de sécurité et sortir

 Le 30 octobre, au Conseil de sécurité, aucun des quinze membres n’a voté contre la MINURSO en tant que telle : chacun a voté pour son propre texte, et aucun des deux n’a été adopté.

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rente-cinq ans de présence et un dénouement réglé entre un ven- dredi soir et un lundi matin. Le 30 octobre, au Conseil de sécu- rité, aucun des quinze membres n’a voté contre la Minurso en tant que telle : chacun a voté pour son propre texte, et aucun des deux n’a été adopté. Faute de résolution, le mandat n’a pas été renouvelé. C’est une première depuis la création de la mission, en 1991. La scène n’a pas surpris tout le monde. Quelques jours avant le scrutin, le politologue Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), avait posé les pièces dans un entretien accordé à Finances News Hebdo. Il attendait «11 à 12 voix» pour le texte américain, pré- voyait que le Pakistan, «affilié de la Chine» , «pourrait de nouveau s’abs- tenir» et gardait un « doute» sur la

Somalie. Sur la Russie, il n’avait pas tergiversé : «la Russie, elle, ne bou- gera pas». À la question de savoir si Moscou pouvait bloquer le texte, il avait répondu : «s’il y avait un vote, je parierais effectivement dessus». Il misait sur l’adoption, mais il avait désigné le seul obstacle capable de l’enrayer. C’est celui-là qui s’est présenté. Vendredi soir : deux textes, zéro mandat Premier acte, le projet de Washington, porte-plume du dos- sier. Il proposait de prolonger la mission d’un an, jusqu’au 31 octobre 2027, érigeait le plan d’au- tonomie marocain en seule base des négociations et supprimait la lettre «R», celle du référendum, du nom de la mission, rebapti- sée Minuso. Il demandait aussi au secrétaire général des propositions sur sa structure et ses moyens

avant le 30 janvier 2027. Bilan : onze voix pour, trois abstentions (Chine, Pakistan, Somalie), et le vote négatif de la Russie. Un seul vote négatif d’un membre perma- nent suffit à tout arrêter. Ce virage américain, Emmanuel Dupuy l’avait lui aussi pressenti : «les États-Unis ne souhaitent pas que la mission se poursuive, ou voudraient en limiter singulièrement la portée». Deuxième acte, quelques dizaines de minutes plus tard : le contre- projet déposé le matin même par Moscou. Une simple prorogation technique d’un an, sans change- ment de nom ni de mandat. Il a recueilli trois voix pour (Russie, Chine, Somalie), une contre, celle des États-Unis, et onze absten- tions. Faute des neuf voix requises, le vote américain n’a pas valeur de veto. Plusieurs médias ont pour- tant parlé de «double veto». Le

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