Finances News Hebdo 1253

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026

Entre l’afflux à Sebta, le discours royal et la visite de Felipe VI à Sebta et Melilla, les signaux s’accumulent, et pourtant les deux capitales s’accrochent à leur partenariat. Irene Fernandez-Molina, chercheuse à l’Université d’Exeter, décrypte ce jeu d’équilibre. Maroc-Espagne «Aucune des deux parties ne souhaite entrer dans une crise ouverte»

existe aussi en Espagne un mouvement de la société civile très favorable aux positions du Front Polisario et, plus largement, solidaire du peuple sahraoui. Il est donc difficile pour la gauche espagnole de concilier discours d’amitié avec le Maroc et solidarité avec les Sahraouis. Dans ce cas précis, les dirigeants du Parti socialiste ont donné la priorité à l’amitié avec le Maroc. F. N. H. : Alors que les Espagnols retournent aux urnes fin novembre, une alternance à Madrid changerait- elle la donne dans la relation avec le Maroc ? Quel était d’ailleurs le contexte des rapports entre les deux pays avant l’arrivée des socialistes au pouvoir ? I. F-M. : À mon avis, il ne faut pas voir les relations hispano-marocaines comme liées au parti qui est au pouvoir. Il y a beaucoup d’éléments de continuité et d’aspects com- muns entre les politiques étrangères du PP et celles du PSOE. Avant Pedro Sánchez, les relations n’étaient d’ailleurs pas particulière- ment tendues. Mariano Rajoy, issu du PP, le parti de droite, avait opté pour la continuité par rapport aux positions du Parti socialiste et de son prédécesseur, José Luis Rodríguez Zapatero. Il n’y a donc pas eu de situation particulièrement tendue avec le Maroc. Les tensions sont plus récentes. La procla- mation par Donald Trump de la reconnais- sance de la marocanité du Sahara a donné lieu à une politique étrangère marocaine très offensive sur ce dossier. En parallèle, le contexte du Covid et la fermeture des fron- tières entre le Maroc et les villes de Sebta et Melilla ont commencé à envenimer les relations. Mais ce sont des développements récents. F. N. H. : Quel que soit le résultat du scrutin de fin novembre, le prochain gouvernement espagnol héritera d’un dossier qui revient à chaque crise entre les deux pays : celui de Sebta et Melilla. La question de la souveraineté sur les deux villes est-elle aujourd’hui clairement posée entre les deux pays, ou chacun évite-t-il de l’aborder fron- talement ? I. F-M. : Aucune des deux parties ne sou- haite entrer dans une crise ouverte. C’est le pragmatisme qui prime. Les intérêts écono- miques d’un côté, la coopération migratoire de l’autre sont des dossiers sur lesquels ni Rabat ni Madrid ne peuvent faire l’impasse. C’est un partenariat codépendant, d’une cer- taine manière : chacun a besoin de l’autre, et c’est ce qui pousse les deux capitales à privilégier la gestion des tensions plutôt que leur escalade. ◆

Propos recueillis par L. Ch.

on répète que ces dépendances vont préve- nir les crises politiques et territoriales. Or ça ne marche pas toujours. C’est positif, c’est même précieux, mais ce n’est pas suffisant: ce n’est pas un vaccin contre les éléments les plus conflictuels des relations bilatérales. On peut donc avoir les deux choses en même temps, et c’est d’ailleurs ce que les deux pays ont déjà expérimenté : une interdépendance économique très importante, et de plus en plus importante, et dans le même temps des crises tout aussi importantes, toujours liées à des questions territoriales. F. N. H. : Depuis l’arrivée de Pedro Sánchez et jusqu’à très récemment, après la résolution du Parlement euro- péen, le PSOE a pourtant eu à cœur de préserver sa relation avec Rabat. Comment expliquer ce rapport des socialistes espagnols avec le Maroc ? I. F-M. : Il y a au moins deux éléments essen- tiels. D’abord, les réseaux personnels : un nombre important de socialistes occupant des postes de responsabilité ont approfondi leurs relations avec les élites marocaines, politiques comme économiques. Ils sont devenus, sinon proches, du moins plus com- préhensifs vis-à-vis de la position du Maroc. Ensuite, depuis les années 1990, le Parti socialiste a cherché à se détacher des dis- cours archaïques et des préjugés à l’égard du Maroc, des discours d’origine coloniale. Pour se différencier de la droite et des milieux conservateurs, il a priorisé des posi- tions d’amitié envers le Royaume. Mais il «On peut avoir une interdépendance économique de plus en plus importante et, en même temps, des crises non moins importantes, toujours liées à des questions territoriales»

Finances News Hebdo : Entre l’afflux de migrants à Sebta fin juillet, le dis- cours royal du 9 octobre et la visite de Felipe VI à Ceuta et Melilla, Rabat et Madrid ont traversé trois mois de tensions sans jamais parler de crise, alors que la relation a été reconstruite après 2021 sur des accords écono- miques et un partenariat commercial de plus de 22 milliards d’euros. Cette interdépendance suffit-elle à prému- nir les deux pays de nouvelles crises, ou sommes-nous déjà dans une crise qui ne dit pas son nom ? Irene Fernandez-Molina : Je n’en suis pas sûre. L’interdépendance économique, sociale et sécuritaire entre le Maroc et l’Espagne n’a rien de nouveau : elle se construit depuis les années 1990. C’est tout un réseau d’intérêts communs, très important, surtout sur le plan économique, et la profondeur de la relation ne cesse de s’accroître. Mais justement, ce n’est pas nouveau. Depuis les années 1990,

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