POLITIQUE
36
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
déplacement «protocolaire et démonstratif». Aucune protesta- tion officielle des autorités maro- caines n’a été signalée. Le 15 octobre, Pedro Sánchez y voit une «nouvelle étape» vers un retour à la normale. Pour la cher- cheuse Irene Fernandez-Molina (Université d’Exeter), spécialiste des relations Maghreb-Espagne, l’histoire récente l’a déjà mon- tré: l’interdépendance n’empêche pas «des crises non moins impor- tantes, toujours liées à des ques- tions territoriales» . Rappelons que la relation avait été reconstruite après la crise de 2021, née de l’accueil en Espagne du chef du Polisario, Brahim Ghali. Le 12 ème sommet de haut niveau, à Rabat en février 2023, s’était conclu par 18 accords, et Albares y voyait «un nouveau modèle de relation» . Irene Fernandez-Molina n’y voyait pourtant, à l’époque, que «les exagérations des dis- cours officiels», faute de « nou- veautés substantielles» . En 2025, les échanges de mar- chandises entre les deux pays ont atteint 22,757 milliards d’euros, selon l’agence EFE à partir des données de l’ICEX. Côté maro- cain, l’Office des changes classe l’Espagne premier partenaire com- mercial du royaume, avec 212,84 milliards de dirhams d’échanges, devant la France (162,88 mil- liards) et la Chine (117,83 mil- liards). L’Espagne absorbe aussi 20% des exportations du secteur automobile, première industrie exportatrice du Maroc, et a fourni l’équivalent de 8% de la demande électrique du Royaume. Au premier semestre 2026, les exportations espagnoles vers le Maroc ont progressé de 3,5% à 6,42 milliards d’euros, et les importations en provenance du Maroc de 4,1% à 5,80 milliards. Le Maroc est le premier partenaire commercial africain de l’Espagne et la première destination de ses investissements sur le continent. Pour Irene Fernandez-Molina, «la profondeur de la relation entre le Maroc et l’Espagne ne cesse de s’accroître», mais «ce n’est pas un vaccin contre les éléments les plus conflictuels des relations bila- térales». ◆
Le 12 ème sommet de haut niveau, en février 2023 à Rabat, s’était conclu par 18 accords, et Pédro Sanchez (G) y voyait «un nouveau modèle de relation».
Maroc-Espagne Un partenariat sous tension
L Afflux massif de migrants fin juillet, discours royal du 9 octobre, visite de Felipe VI à Ceuta et Melilla : Rabat et Madrid ont traversé trois mois sensibles. Les chiffres rappellent pourtant la densité d’un partenariat qui pèse 22,7 milliards d’euros d’échanges de marchandises. Par L. Ch
es 30 et 31 juillet, au moins 70.000 personnes venues du Maroc entrent à Ceuta, selon Reuters, contre un peu plus de 10.000 en deux jours en mai 2021. Une partie a été reconduite depuis, mais plusieurs milliers restent dans l’enclave, dont de nombreux mineurs. Le gouvernement espa- gnol n’a pas mis en cause Rabat. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, a assuré que le Maroc n’était pas derrière cet afflux, puis réitéré à son homo- logue espagnol, José Manuel Albares, le 24 septembre à New York, la disposition du Royaume à coopérer pour un retour rapide des personnes concernées. En août, le ministre de la Justice,
Abdellatif Ouahbi, a déclaré que Ceuta et Melilla restaient «un sujet de dialogue» avec l’Espagne. Le 21 août, Madrid a répondu que leur statut n’avait pas été discuté et ne le serait pas. Le 9 octobre, à l’ouverture de la première session de la 12 ème légis- lature, le Roi Mohammed VI cite nommément l’Espagne. Il salue les avancées du partenariat, y compris dans la lutte contre l’im- migration irrégulière, puis estime que «le modèle actuel de coopéra- tion a atteint ses limites», comme l’attestent les crises récurrentes. Le Souverain pointe des «dispo- sitions légales dépassées» qui, selon lui, entravent le rapatriement des mineurs et de personnes qui usurperaient le statut de réfugié. Face aux «déclarations irrespon- sables de certains milieux poli- tiques et médiatiques» , il réaf- firme que le partenariat est «un choix souverain et un engage-
ment volontaire» , qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression, menace ou chantage. Il annonce que le Maroc présentera à ses partenaires un document fixant une nouvelle orientation, autour de trois priorités : le codévelop- pement, la compétitivité écono- mique et la stabilité régionale. Felipe VI à Ceuta et Melilla Le roi d’Espagne et la reine Letizia se rendent à Ceuta le 13 octobre, puis à Melilla le lendemain, pre- mière visite d’un souverain espa- gnol depuis celle de Juan Carlos Ier en 2007, qui avait provoqué une crise avec Rabat. Felipe VI affirme que «Ceuta et Melilla sont indissociables» de l’Espagne et défend une souveraineté qu’il qualifie d’« indiscutable». Au Maroc, l’Alliance de la gauche dénonce une «nouvelle escalade contre le Maroc, État et peuple», et le Mouvement populaire un
Les deux gouvernements continuent d’affirmer leur volonté de poursuivre le partenariat, malgré des tensions grandis- santes des deux côtés de la Méditerranée.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker