FNH N° 1232

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026

Pouvoir d’achat et inflation «La politique monétaire, à elle seule, ne peut répondre à l’ensemble des enjeux économiques»

miques. Elle cherche à éviter les décisions brusques, privilégiant une trajectoire lisible pour les mar- chés et les acteurs économiques. Cet équilibre est d’autant plus déli- cat que le Maroc évolue dans un environnement international incer- tain. F. N. H. : Ne pensez-vous pas que Bank Al-Maghrib pour- rait envisager de diminuer son taux directeur dans le but de dynamiser l’investis- sement et soutenir la crois- sance ? Kh. K. : La question d’une baisse du taux directeur est légitime dans le contexte actuel, marqué par un ralentissement de l’inflation. Un tel ajustement pourrait effective- ment avoir des effets positifs sur l’investissement, en réduisant le coût du financement et en facili- tant l’accès au crédit, notamment pour les PME et les ménages. Cependant, cette décision doit être envisagée avec prudence. La baisse de l’inflation, bien que réelle, reste fragile et dépendante de facteurs externes. Une reprise des tensions sur les marchés inter- nationaux pourrait rapidement inverser la tendance. Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib privilégiera probablement une approche progressive et condi- tionnelle. L’objectif n’est pas seu- lement de soutenir la croissance à court terme, mais de préserver les équilibres macroéconomiques sur le long terme. Une baisse du taux directeur pourrait intervenir, mais dans un cadre maîtrisé et en fonction de signaux économiques clairement établis. F. N. H. : Même avec une inflation faible, certains ménages ressentent une pression sur le coût de la vie. Quelles sont les consé- quences pour le pouvoir d’achat et la consommation quotidienne des marocains ? Kh. K. : Il est essentiel de distin- guer l’inflation mesurée de l’infla- tion ressentie. Si les indicateurs macroéconomiques montrent un ralentissement de la hausse des prix, les ménages continuent de percevoir une pression significa- tive sur leur budget.

Dans cet entretien, l’économiste Khalid Kabbadj décrypte les ressorts de la relative stabilité des prix au Maroc, tout en mettant en lumière les fragilités persistantes et les défis à venir pour soutenir durablement la croissance.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Comment analysez-vous l’évolution récente de l’inflation au Maroc, qui reste faible et maîtrisée, et quels facteurs principaux expliquent cette situation ? Khalid Kabbadj : L’évolution récente de l’inflation au Maroc traduit un retour progressif à une forme de normalisation après les tensions exceptionnelles obser- vées à l’échelle mondiale ces dernières années. Aujourd’hui, le Royaume bénéficie d’un niveau d’inflation relativement contenu, ce qui le positionne favorablement par rapport à de nombreuses économies comparables. Cette situation s’explique d’abord par un facteur externe majeur, celui du repli des prix internatio- naux des matières premières, en particulier énergétiques et agri- coles. Après les chocs liés à la reprise post-Covid et aux tensions géo- politiques, les marchés se sont partiellement stabilisés, réduisant mécaniquement la pression infla- tionniste importée. À cela s’ajoute un facteur interne déterminant, celui de l’interven- tion proactive de l’État marocain. Les dispositifs de soutien, notam- ment les subventions ciblées sur certains produits de base et les aides sectorielles, ont per- mis d’amortir la transmission de l’inflation internationale vers les

ménages. Ces mesures, large- ment commentées dans la presse économique nationale, ont joué un rôle stabilisateur essentiel. A cet effet, la gestion prudente et crédible de Bank Al-Maghrib a contribué à ancrer les antici- pations inflationnistes. En main- tenant une ligne cohérente, la Banque centrale a renforcé la confiance des agents écono- miques. Toutefois, il convient de souligner que cette stabilité reste en partie dépendante de facteurs exogènes, ce qui impose une vigilance constante. F. N. H. : Bank Al-Maghrib ajuste sa politique moné- taire pour contenir l’infla- tion tout en soutenant la croissance. Quels arbi- trages cette double mission implique-t-elle ? Kh. K. : La double mission de la Banque centrale repose sur un

équilibre particulièrement subtil entre rigueur et soutien. D’un côté, la maîtrise de l’inflation est indis- pensable pour préserver le pouvoir d’achat et la stabilité macroéco- nomique. De l’autre, le soutien à la croissance est crucial dans un contexte où l’économie marocaine doit consolider sa reprise et stimu- ler l’investissement. Concrètement, cet arbitrage se traduit par une gestion fine du taux directeur. Un niveau élevé permet de contenir les tensions inflationnistes, mais renchérit le coût du crédit, ce qui peut freiner l’investissement des entreprises et l’accès au financement pour les ménages. À l’inverse, un assou- plissement monétaire soutient l’activité, mais comporte un risque de relance de l’inflation. Bank Al-Maghrib adopte ainsi une approche graduelle et prudente, en s’appuyant sur une analyse continue des indicateurs écono-

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