FNH N° 1232

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026

ou plus contre 3,2 millions en 2014, selon le dernier recen- sement de 2024. Le rythme de croissance de cette popu- lation atteint 4,6% par an, lar- gement supérieur à la crois- sance démographique globale (0,85%). Parallèlement, le ratio actifs-retraités s’effondre. De 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui. Ce basculement change radicalement la logique de financement des retraites. «Le faible taux de couver- ture de la population active, conjugué au chômage élevé, fragilise encore davantage les régimes de retraite» , nous confiait l’économiste Hassan Edman. D’où la nécessité d’engager la réforme systémique, après les premiers ajustements qui ont été opérés à partir de 2016 et ayant permis notamment de porter l’âge légal de départ à la retraite progressivement de 60 à 63 ans dans le public et les taux de cotisation de 20 à 28%. Aujourd’hui, les solutions tech- niques sur la table préconisent, entre autres, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, tous secteurs confondus, l’augmentation du taux des cotisations, la révision du mode de calcul des pen- sions et la mise en place d’un système bipolaire distinguant secteur public et secteur privé, avant une convergence vers un régime unifié. Le Conseil économique, social et environ- nemental propose même un système à trois piliers, combi- nant un socle obligatoire, un régime complémentaire et une épargne facultative. Mais le passage de la théo- rie à la pratique se heurte à une résistance sociale forte. Mostafa Hasni, membre de la Confédération démocratique du travail, met en garde. «Nous sommes contre toute réforme

qui se fait aux dépens des sala- riés et qui touche les acquis. La population des retraités est la plus impactée par la baisse du pouvoir d’achat et la mauvaise conjoncture. Une mouture imposée risque de générer une grogne sociale» , nous disait-il, tout en appelant à une amélio- ration de la gouvernance des caisses et à une gestion plus moderne. Même fermeté du côté de Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail, pour qui «la réforme de la retraite ne peut se faire au détriment des travailleurs». S’il ouvre une porte sur la question des cotisations, à condition qu’elles soient majo- ritairement supportées par les employeurs, il rejette l’idée d’une hausse obligatoire de l’âge de la retraite et de la baisse des pensions. Ce rapport de force s’inscrit pleinement dans la dynamique de ce nouveau round de dia- logue social. Le gouvernement tente d’élargir le périmètre des discussions en intégrant explicitement la question des petites pensions de retraite, notamment celles inférieures au seuil minimal de salaire. Cette décision traduit une volonté d’ancrer la réforme dans une dimension sociale plus visible, en phase avec les attentes exprimées par les syn- dicats. Mais cela suffira-t-il ? En tout cas, les réformes para- métriques engagées en 2016 et 2021 ont certes permis de gagner du temps, mais guère de restaurer la viabilité du sys- tème de retraite à long terme. Et d’ici septembre, date des législatives, il serait illusoire de croire que gouvernement, patronat et centrales syndicales accorderont leur violon. Surtout que l’Exécutif doit concilier impératifs financiers et exi- gences sociales, tout en évitant des tensions qui pourraient le rendre impopulaire et constituer un risque politique majeur pour le scrutin à venir. Conclusion : la patate chaude sera refilée au prochain gouvernement. ◆

 Les réformes paramétriques engagées en 2016 et 2021 ont permis de gagner du temps, mais guère de restaurer la viabilité du système de retraite à long terme.

BAM recommande « d’enga- ger une réforme paramétrique visant à garantir la pérennité financière du régime» . Actuellement, seule la CIMR semble présenter un profil plus robuste. Avec des cotisations en hausse de 8,8% et des pres- tations en progression plus modérée (+3,5%), le régime dégage un excédent technique de 5,0 milliards de dirhams et un solde global de 8,2 mil- liards. Ses réserves devraient continuer à croître, selon les projections actuarielles.

l’urgence de mettre en place une réforme systémique de ces régimes» , alerte, à ce titre, Bank Al-Maghrib. Du côté de la CNSS, la branche long terme affiche une situation relativement plus favorable, avec un excédent global de 4,0 milliards de dirhams. Cette performance repose sur une progression des cotisations à 19,3 Mds de DH, supérieure à celle des prestations (16,9 milliards). Le solde technique s’établit ainsi à 2,4 Mds de DH. Mais là encore, souligne BAM, les équilibres restent pré- caires. Le taux de préfinance- ment, limité à 61%, révèle une sous-tarification des droits. Les mesures d’assouplisse- ment introduites ces dernières années, notamment la réduc- tion du seuil de cotisation à 1.320 jours et la revalorisation des pensions, ont amélioré l’accès aux droits, mais accen- tuent la pression à long terme sur le système. C’est pourquoi

La réforme systémique en question

Ces chiffres traduisent un déséquilibre structurel pro- fond, avec un système qui aura de plus en plus de mal à financer les pensions. Ce déséquilibre est aggravé par une évolution démographique rapide. En effet, le Maroc vieillit. Près de 5 millions de citoyens ont aujourd’hui 60 ans

Le ratio actifs-retraités s’effondre : de 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui.

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