FNH N° 1232

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026

Délais de paiement - Marchés publics Les contraintes qui redessinent l’avenir de la TPME

de préfinancement et d’affactu- rage constitue également un axe central, en particulier pour les créances sur l’État, les établisse- ments publics et les grandes entre- prises. L’intervention publique per- mettrait ici de limiter les décotes et d’améliorer la fluidité de la trésore- rie dans le tissu des TPME. Les aides directes, elles, devraient rester ciblées sur les structures les plus fragiles, avec des montants plafonnés pour éviter les effets d’aubaine. Enfin, une part des ressources doit être orientée vers des réformes structurelles des pratiques de paiement : généralisation de la facturation électronique, améliora- tion des outils de suivi des délais et renforcement des mécanismes de recouvrement. Au-delà de la liquidité, c’est la qualité du cycle de paiement dans l’économie qui est en jeu. Dans cette optique, une gouvernance associant sec- teur public et privé, ainsi qu’un suivi régulier des impacts, apparaît indispensable pour assurer la cré- dibilité et l’efficacité du dispositif. F. N. H. : Face à la hausse des prix des produits éner- gétiques et des matières premières, quelle politique de crédit des banques pour- rait permettre de soutenir l’activité de la TPME ? S. S. : Le choc énergétique lié aux tensions géopolitiques joue aujourd’hui un rôle de révélateur pour les TPE marocaines. Au-delà de la hausse ponctuelle des coûts de l’énergie, du transport ou des intrants importés, c’est surtout une érosion progressive des marges qui s’installe. Un phénomène souvent mal appréhendé par les modèles classiques d’analyse financière, qui peinent à capter cette dégradation lente mais conti- nue de la rentabilité. Dans ce contexte, un resserre- ment du crédit viendrait amplifier la fragilité des petites entreprises. À l’inverse, les banques sont appelées à jouer pleinement leur rôle contracyclique, en maintenant un accès fluide au financement. Cela passe notamment par la mise en place de lignes de trésorerie dédiées aux TPE, adossées à des dispositifs de garantie publique

Le stock de crédit interentreprises, estimé à près de 400 milliards de dirhams, continue de peser sur l’économie

nationale, révélant des fragilités structurelles dans le financement des entreprises.

Dans cet entretien, Sara Sbai, PhD - Senior Lead International Consultant - Corporate Finance, Strategy and Risk management, analyse les ressorts de cette mécanique et les pistes pour en atténuer les effets sur les TPME.

Propos recueillis par J. M.

lisent les délais de paiement comme un levier de financement implicite, équivalent à une res- source quasi gratuite. À l’inverse, les TPME, en position de fai- blesse, supportent le coût de ce déséquilibre. Cette asymétrie, souvent peu visible, pèse sur leur compétitivité, limite leur capa- cité d’accumulation et fragilise, à terme, la dynamique du tissu productif. F. N. H. : La DGI a collecté 2 Mds de DH d’amendes en 2025 liées à ces retards de paiement. Les amendes col- lectées ont vocation à être orientées vers un fonds de soutien aux TPME. D’après vous, quelles devraient être les modalités de cette redis- tribution ? Sous quelle forme doit-elle être réalisée ? S. S. : Les 2 Mds de DH d’amendes liées aux retards de paiement ne doivent pas être considérés comme une simple ressource budgétaire, mais comme un levier de correction des déséquilibres

structurels qui pèsent sur le finan- cement des TPME. La première condition d’efficacité tient au ciblage. Les dispositifs doivent être orientés vers des entreprises formelles, structurel- lement exposées aux délais de paiement et présentant une via- bilité économique réelle. L’accès à ces mécanismes devrait égale- ment être conditionné à des enga- gements de transparence et de respect des délais vis-à-vis des propres fournisseurs, afin d’en- clencher un effet de discipline tout au long de la chaîne de paiement. Sur le plan des instruments, la priorité revient aux mécanismes à fort effet de levier. Les garanties publiques sur les crédits de tréso- rerie permettraient de mutualiser une partie du risque (de l’ordre de 50 à 70%) et de faciliter l’accès des TPME au financement ban- caire. En complément, des dis- positifs de bonification de taux contribueraient à réduire le coût des tensions de trésorerie liées aux délais de paiement. Le développement de solutions

Finances News Hebdo : Selon la CGEM, le stock du crédit interentreprises est estimé à 400 Mds de DH. Quels effets cela peut- il avoir sur le climat des affaires ? Sara Sbai : L’impact sur le climat des affaires est notable. L’incertitude sur les flux d’en- caissement altère la qualité des relations commerciales, renchérit les transactions via l’intégration de primes de risque implicites et alourdit les coûts de gestion (contentieux, recouvrement). À moyen terme, l’accumulation de créances clients immobilise une part significative des res- sources, contraint les capacités d’investissement et contribue à une approche plus restrictive du crédit par les établissements financiers. Enfin, ce système engendre une distorsion concurrentielle struc- turelle. Les entreprises disposant d’un pouvoir de négociation, grandes entreprises ou certains donneurs d’ordre publics, mobi-

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