FNH N° 1232

25

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 23 AVRIL 2026

plus forte valeur ajoutée. Cela implique de réduire progressivement l’exportation d’eau virtuelle et de promouvoir une agriculture en adéquation avec le climat semi-aride du Maroc. Cette transition nécessite également un renforcement des capacités d’adaptation climatique. L’adoption de pratiques agroé- cologiques, l’intégration des savoirs locaux et le déploiement d’outils de planification hydrique à l’échelle des bassins constituent des leviers essentiels pour assurer la dura- bilité du système agricole. Une gouvernance coordonnée entre les institutions publiques et les acteurs territoriaux apparaît, à cet égard, indispensable. Dans cette dynamique, le rôle de la recherche et de la formation est détermi- nant. Des institutions telles que IAV Hassan II ou INRA Maroc doivent être mobilisées pour produire des solutions adaptées aux spécificités agroécologiques nationales et réduire la dépendance aux modèles impor- tés. Au-delà de la production, la souveraineté alimentaire passe également par une trans- formation des modes de consommation. La promotion des produits locaux, la réduction du gaspillage alimentaire et l’amélioration des habitudes nutritionnelles constituent des leviers complémentaires pour limiter la pression sur les importations et renforcer la sécurité alimentaire. Enfin, toute stratégie de souveraineté doit intégrer une dimension sociale forte. Le soutien aux petits exploitants agricoles est essentiel pour garantir l’équité territoriale, réduire les disparités régionales et limiter l’exode rural. Une agriculture résiliente ne peut être envisagée sans une base sociale solide et inclusive. ◆

 Entre dépendance aux importations et pression sur les ressources, l’agriculture marocaine se joue désormais à l’échelle de toute sa chaîne de valeur.

Dans le secteur végétal, la situation est comparable : les semences améliorées sont largement issues de circuits internationaux, soutenus par des politiques d’ouverture et de partenariat avec des firmes étrangères. Ce modèle productif crée un paradoxe struc- turel. D’un côté, le Maroc développe une agriculture performante à l’export, notam- ment dans les filières fruits et légumes. De l’autre, cette performance repose sur des intrants importés, eux-mêmes soumis à une forte volatilité. Autrement dit, le pays importe pour produire, puis exporte en mobilisant des ressources naturelles rares, en particulier l’eau. Cette logique revient à externaliser la souveraineté productive tout en internalisant la pression sur les ressources hydriques, accentuant ainsi les déséquilibres structurels. À ces fragilités, s’ajoute une pression démographique et sociétale croissante. L’augmentation de la population et l’évolu- tion des habitudes alimentaires, marquées par une consommation accrue de produits transformés, d’huiles et de sucre, contri- buent à creuser davantage l’écart entre production nationale et demande intérieure.

comme un simple objectif de production. Elle doit être pensée comme une transfor- mation systémique visant à maîtriser l’en- semble des déterminants de la production agricole, en particulier les intrants. Le premier levier réside dans la reconstruc- tion d’une base productive nationale sur les produits stratégiques. Il s’agit d’augmenter significativement la production de céréales, de sucre et d’huiles végétales, non pas dans une logique d’autarcie, mais dans une pers- pective de sécurisation des besoins essen- tiels et de réduction de la dépendance aux marchés internationaux. Cependant, cette stratégie restera limitée sans une politique ambitieuse d’intégra- tion des intrants agricoles. Le développe- ment d’une production locale d’engrais, de semences, de matériel agricole et de ressources génétiques constitue un enjeu central. Cette intégration horizontale de la chaîne de valeur permettrait de réduire la vulnérabilité externe et de renforcer la rési- lience du système agricole face aux chocs internationaux. Parallèlement, le modèle agricole doit être réorienté pour mieux s’adapter aux contraintes hydriques structurelles du pays. L’enjeu n’est plus uniquement d’augmen- ter les volumes produits, mais d’optimiser l’usage des ressources, en privilégiant des cultures moins consommatrices d’eau et à

Dépendance agricole du Maroc

Dépendance aux importations (2022-2024) • Blé tendre : +6 millions de tonnes (17,8 Mds de DH) • Maïs : 2,7 millions de tonnes (6,6 Mds de DH) • Tourteaux : 2,2 millions de tonnes (7 Mds de DH) • Huiles végétales : 8,1 Mds de DH • Lait en poudre : 37.000 tonnes (vs 6.500 en 2019) Taux de couverture nationale • Céréales : 28% • Huiles : 27% • Sucre : <20% Dépendance aux intrants • Énergie agricole : 13,4% de la consommation nationale • Machines agricoles : ~1 Md de DH/an • Engrais : forte volatilité (812 $/t → <400 $/t) • Génétique animale : jusqu’à 30.000 têtes importées/an

Les leviers d’une transformation stratégique

Face à cette équation, la souveraineté ali- mentaire ne peut plus être appréhendée

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker