La Lettre de Major Prépa, numéro "Grands entretiens"

ÉDITION GRANDS ENTRETIENS

par Stéphanie Ouezman

40 ans d’IA à GEM ! À GEM, plus d’IA = plus d’esprit critique Les fées de l’innovation se sont penchées sur le berceau de GEM dès sa création. Implantée depuis plus de quarante ans au cœur de l’un des écosystèmes européens les plus étroitement liés aux sciences et technologies (recherche de pointe avec le pôle GIANT, présence de grands acteurs économiques), la business school a très tôt intégré ces mutations dans sa réflexion académique. Dès 1986, elle dispensait un premier cours consacré à l’intelligence artificielle. Comment cet héritage façonne-t-il aujourd’hui sa vison de l’IA? De quelle manière cette expertise irrigue-t-elle les pratiques du corps professoral et le contenu de leurs enseignements? Éléments de réponses dans cet entretien à trois voix.

pouvaient améliorer certains processus. Dans mes cours de communication, j’ai rapidement constaté que les étudiants uti- lisaient l’IA pour produire les créations demandées. J’ai choisi d’accompagner cet usage en les faisant travailler sur la qualité de leurs prompts afin d’améliorer la pertinence et la qualité des ré- sultats obtenus. traînement aux pitchs . Une fois l’outil pris en main, l’adoption est très rapide : les étudiants in- teragissent naturellement avec les avatars et s’immergent plei- nement dans les mises en situa- tion. J’ai été surpris de constater à quel point cette immersion renforçait leur engagement. De mon côté, je gagne un temps précieux pour approfondir les debriefings . Surtout, je vois les progrès séance après séance : les étudiants gagnent en pertinence, en efficacité et en confiance. L’IA leur offre un cadre d’entraîne - ment particulièrement réaliste pour se préparer à des situations à fort enjeu, qu’il s’agisse d’un oral, d’un entretien de recrute- ment ou d’une prise de parole professionnelle.  Stéphanie Gauttier , enseignant-chercheur en management des systèmes d’information, enseigne à GEM depuis 2019. Responsable de l’équipe de recherche « Systèmes d’information pour la société », elle dirige le MSc Managing with data. projet et du développement carrière, elle porte un intérêt particulier aux innovations pédagogiques et co-dirige depuis deux ans le MSc International Project Management.  Ivan Laurens est enseignant- chercheur en marketing, spécialisé dans les stratégies de communication. Directeur du MSc « Marketing Strategy », il co-pilote également le Parcours Odyssée, ouvert aux étudiants de L3. Centré sur l’entrepreneuriat, l’innovation pédagogique et les usages des nouvelles technologies.  Rikke Smedebol enseigne à GEM depuis plus de vingt ans. Spécialiste du management de

À quel moment avez-vous commencé à intégrer les enjeux liés à l’IA dans vos enseignements et vos recherches ?

en charge certaines tâches répétitives ou chronophages, per- mettant ainsi aux professionnels de se concentrer davan- tage sur les dimen- sions stratégiques, relationnelles et dé- cisionnelles de leur fonction. Ivan Laurens. Le re- gard critique porté sur l’adoption des

professoral, équipes administra- tives, fonctions support) tout en préservant la liberté académique des enseignants dans l’usage qu’ils souhaitent en faire. Notre approche n’est jamais idéolo- gique. Par ailleurs, le PGE intègre depuis une dizaine d’années des enseignements de python et de data literacy auxquels nous ajou- tons désormais une dimension spécifiquement consacrée à l’IA. Rikke Smedebol. Aujourd’hui, envisager la gestion de projets sans IA n’aurait plus beaucoup de sens. Mais le métier de chef de projet ne disparaît pas pour autant, ce qui est plutôt rassu- rant. En revanche, il se trans- forme en profondeur. L’un des principaux apports de l’IA ré- side dans sa capacité à prendre diants peuvent ensuite rejouer le scénario, toujours avec l’appui de la réalité virtuelle et de l’IA, ce qui permet de mesurer les progrès au fil des séances. J’observe égale - ment qu’une partie d’entre eux se sent plus à l’aise pour s’entraîner face à un avatar plutôt que devant une quarantaine de camarades. S.G. Le feedback individualisé et structuré généré par IA aide les étudiants à mieux identifier les compétences qu’ils doivent en- core développer. Cela favorise également une entraide plus per- tinente lors des travaux en binôme ou en groupe. je constate aussi un engagement plus élevé dans certaines activités pédagogiques. Dans mon cours sur les systèmes

Stéphanie Gauttier. Il m’est dif- ficile de dater précisément le moment où GEM a commencé à travailler sur l’IA, mais compte tenu de l’ADN de l’école, his- toriquement tournée vers les enjeux de technologie et d’in- novation, il est certain que nous n’avons pas attendu ChatGPT pour aborder ces sujets avec les entreprises partenaires de l’école et avec nos étudiants ! Nous traitons aujourd’hui l’IA à plu- sieurs niveaux. D’abord, notre mission nous impose de former les étudiants à l’utiliser dans les missions qui leur seront confiées en entreprise, tout en compre- nant les transformations qu’elle induit sur les métiers. Ensuite, nous veillons à la formation de l’école dans son ensemble (corps

technologies fait partie de l’ADN de GEM. Nous fonctionnons de- puis l’origine de l’écolecomme un véritable laboratoire d’ex- périmentation autour des inno- vations technologiques, tant en recherche qu’en pédagogie. Les réflexions autour de l’IA se sont donc imposées très tôt, notam- ment à travers des tests visant à comprendre comment ces outils d’information, par exemple, nous avons enrichi des études de cas traditionnelles grâce à six agents conversationnels avec lesquels les étudiants interagissent. Cette approche rend les exercices plus dynamiques et stimule davantage leur implication dans le proces- sus d’apprentissage. I.L. J’emmène régulièrement les étudiants du programme Odys- sée dans différents espaces d’ex - périmentation de GEM : le GEM Labs pour des ateliers de design thinking , le Playground pour tes- ter des jeux de plateau ou encore le Bizz Lab, un environnement connecté intégrant notamment des outils d’ eye tracking . Nous utilisons également la plate- forme VirtualSpeech, qui agit comme un véritable tuteur d’en-

À quoi ressemble un cours enrichi par l’IA à GEM ? R.S. Durant une séance de mon cours de Cross Cultural Mana- gement , nous utilisons la réalité virtuelle pour mettre les étu- diants en situation en tant que professionnels dans une équipe multi-culturelle. Dans le cadre de cet exercice les étudiants doivent proposer des adaptations et des façons de collaborer en fonction des nationalités.

Le feedback reste un élément très important. L’IA fournit à chaque étudiant un retour individualisé, identifiant les points forts de ses interventions et proposant des pistes d’amélioration, tant sur le fond que sur la forme : débit de parole, fluidité du discours, re - gard, langage corporel. Les étu-

NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17

Avril/Juin 2026 p. 15

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