ÉDITION GRANDS ENTRETIENS
conversationnel ? J’autorise mes étudiants à recourir à l’IA géné- rative, mais je leur rappelle que mon niveau d’exigence augmente en conséquence. Avec ces outils, ils peuvent produire des plans de communication et des proposi- tions créatives d’un niveau bien supérieur à ce que l’on pouvait attendre d’eux auparavant. Je leur demande donc d’aller au-delà du premier prompt, du premier visuel, de la première réponse. L’objectif est d’atteindre un ren- du de qualité professionnelle, presque « agence », et cela sup- pose précisément de garder la main sur le raisonnement.
rement son besoin, interroger la réponse obtenue, demander des explications, élaborer des hypo- thèses, comparer les résultats et ne jamais se contenter d’un copier/coller. L’enjeu n’est pas seulement de produire plus vite, mais de comprendre ce que l’on produit. I.L. Les questions d’éthique, de déontologie professionnelle et de responsabilité personnelle sont centrales dans nos ensei- gnements. Que délègue-t-on à la machine? Quelles données utilise-t-on ? Que ferait-on face à une véritable personne plutôt qu’avec un avatar ou un outil
Comment former les étudiants à l’IA sans renoncer à l’esprit critique ?
quelles réponses leur ont semblé pertinentes ? Lesquelles les ont surpris ? Ont-ils repéré des inco- hérences? Le développement de l’esprit critique reste également quelque chose de central dans l’ensemble des enseignements. S.G. Les étudiants se sont rapi- dement emparés de l’IA comme d’un outil d’organisation, de planification et d’aide au travail. Notre rôle consiste désormais à leur apprendre à ne jamais l’uti- liser passivement. Il faut savoir challenger l’outil, formuler clai-
R.S. Je n’utilise jamais la réalité virtuelle comme premier point de contact avec une nouvelle no- tion, une nouvelle pratique ou un nouveau chapitre. Le travail com- mence toujours par un échange direct avec les étudiants. La réalité virtuelle, puis l’IA interviennent ensuite, comme outils permettant de vérifier l’appropriation des connaissances et d’approfondir certaines situations. J’aménage systématiquement un temps de debriefing autour des interactions qu’ils ont eues avec ces outils :
Inauguration du XR lab de GEM en présence de Fouziya Bouzerda, directrice générale de la business school , au centre du groupe.
Quels acquis des préparationnaires constituent aujourd’hui des atouts face à l’essor de l’IA et quelles compétences mériteraient d’être approfondies ?
Quelles transformations majeures l’IA pourrait-elle encore induire au sein de GEM dans les prochaines années ?
mentaux, auxquels nos étudiants sont particulièrement sensibles. Dans cinq ans, nous accueille- rons des étudiants qui auront grandi avec l’IA, des enseignants qui auront renforcé leurs com-
R.S. L’IA nous permettra proba- blement de personnaliser encore davantage les apprentissages et les parcours des étudiants. Mais dans toutes ces évolutions, l’hu- main devra rester au centre. C’est
des classes préparatoires dis- posent d’atouts considérables. Leur capacité à structurer une pensée, à argumenter et à s’expri- mer avec rigueur constitue une véritable force dans ce nouvel environnement. I.L. Il est essentiel que l’IA ne de- vienne pas une « infrastructure transparente » au même titre que l’électricité, c’est-à-dire une tech- nologie dont on présume l’exis- tence sans plus s’interroger sur son fonctionnement, son origine ou ses implications. Tout au long du parcours de formation, nous devons multiplier les expérimen- tations, les mises en situation et les retours d’expérience afin de conserver une conscience aiguë de ce que nous faisons avec ces outils. Continuons à question- ner nos usages, à interroger nos pratiques et à débattre de leurs conséquences pour éviter que l’IA ne s’impose comme une évidence ou, pire, comme une idéologie.
R.S. Nous savons pouvoir comp- ter sur l’esprit critique dévelop- pé chez les étudiants issus des classes préparatoires. C’est une compétence précieuse qu’ils doivent absolument continuer à cultiver une fois en école. Les étu- diants utiliseront l’IA quoi qu’il arrive. Fidèle à son ADN, GEM fait le choix de les accompagner dans le développement de ces usages afin qu’ils mobilisent ces outils de manière éclairée et res- ponsable plutôt que de les laisser les adopter sans le recul suffisant. S.G. L’essor de l’IA transforme également nos modalités d’éva- luation. L’oralité reprend une place centrale : savoir expliquer sa démarche, parler de ses ré- alisations, défendre un projet, porter un message ou encore incarner
pétences sur ces su- jets et les services aux étudiants se seront eux-même transformés. Suivi pédagogique, simu- lations d’entretiens, accompagnement carrière… l’ensemble de l’écosystème de l’école continuera d’évoluer.
d’ailleurs un mes- sage que les entre- prises nous adressent régulièrement : les compétences rela- tionnelles, l’empa- thie et la capacité à collaborer demeu- reront essentielles. L’IA doit enrichir l’expérience d’ap- prentissage, pas se
« Les compétences relationnelles, l’empathie et
la capacité à collaborer demeureront essentielles » Rikke Smedebol
substituer aux interactions hu- maines qui la rendent véritable- ment formatrice. S.G. L’histoire de GEM est pro- fondément liée à l’innovation. Des premiers enseignements en machine learning destinés à des profils spécialisés jusqu’à l’intégration des enjeux liés à la data dans l’ensemble des pro- grammes, en passant par les cours de programmation ou de prompt engineering , nous faisons constamment évoluer nos conte- nus pour anticiper les transfor-
I.L. Nos étudiants vont devenir plus performants, plus efficaces avec l’IA, et notre rôle sera d’ac- compagner cette montée en compétences en leur appor- tant deux grandes familles de connaissances : une compréhen- sion des infrastructures techno- logiques (comment fonctionnent ces outils ?) et une compréhen- sion de leur environnement éco- nomique (quels sont les acteurs du secteur et quelles solutions proposent-ils ?). Je serai bien in- capable de décrire précisément
une posture pro- fessionnelle de- vient essentiel. Sur ce point, les étudiants issus
ce que sera l’IA dans cinq ans à GEM. En revanche, dès la ren- trée prochaine, nos étudiants travaille- ront avec des agents IA conçus pour les accompagner dans des tâches spéci- fiques liées au bu - siness development, à la communication ou au marketing. L’enjeu sera moins d’apprendre à utili-
mations des métiers. Nous sommes encore au début seulement des changements in- duits par l’IA et nous expérimentons beau- coup. Aucun éta- blissement d’ensei- gnement supérieur ne peut aujourd’hui prétendre maîtriser parfaitement tous les usages de ces technologies. Nous avançons donc de
« Aucun établissement d’enseignement supérieur ne peut aujourd’hui parfaitement tous les usages de l’IA » Stéphanie Gauttier prétendre maîtriser
« Continuons à interroger nos usages, nos pratiques et à débattre de leurs conséquences pour éviter que l’IA ne s’impose comme une évidence, ou pire, comme une idéologie » Ivan Laurens
ser un outil en particulier que de développer la capacité à com- prendre, évaluer et mobiliser ces technologies dans un contexte professionnel. ■
manière progressive, en testant, en évaluant et en adaptant nos pratiques à mesure que ces outils évoluent. Cette réflexion intègre également les enjeux environne-
NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17
Avril/Juin 2026 p. 16
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