La Lettre de Major Prépa, numéro "Grands entretiens"

ÉDITION GRANDS ENTRETIENS

A.G. SKEMA s’intéresse à l’intelli- gence artificielle depuis bien avant l’irruption de ChatGPT dans le débat public. Dès 2015, nous avons commencé à investir sur ces sujets avec une question simple : quel impact l’IA aura-t-elle sur l’édu- cation, les métiers et les compé- tences de demain? Nous avons alors créé une école dédiée à l’IA composée de différentes briques de programmes qui nous ont pro- gressivement permis d’hybrider nos enseignements. À une époque où ces sujets étaient encore peu abordés dans les business schools , nous parlions machine learning et deep learning . En 2018, nous avons également ouvert notre centre d’innovation à Montréal, l’une des capitales mondiales de l’IA. Aujourd’hui, nous observons l’émergence de nouvelles formes d’IA, qu’elles soient génératives, agentiques ou robotiques et ces évolutions nous amènent à nous interroger sur ce qui relève en- core spécifiquement de l’hu - main. L’essentiel réside-t-il dans la capacité à produire un bon prompt? Dans la supervision des systèmes? Dans leur intégration au sein des organisations? Ces

Plus que quelques entretiens et le Tour sera joué ! Après le CV projectif que les admissibles ont préparé pour leurs oraux à SKEMA, viendra l’heure du CV augmenté, que les jeunes diplômés auront composé au fil de leurs expériences et avec l’appui de l’IA. Entre ces deux périodes, que se passe-t-il au sein d’un PGE qui met tout en œuvre pour révéler les talents de ses étudiants ? Dans cet entretien à deux voix avec Sylvie Jean, directrice du PGE de SKEMA, et Alice Guilhon, directrice générale « La prépa forge, SKEMA révèle »

questions sont désormais au cœur de nos réflexions. L’arrivée d’Éric Caen au poste de Chief AI, IT & Digital Transformation Officer va nous permettre d’accélérer encore. Mais notre ambition n’est pas

de la business school , les ambitions du plan stratégique UNVEIL se dessinent en filigrane. Il y est question d’hybridation des savoirs, d’ouverture au monde, d’esprit critique, mais

Alice Guilhon, directrice générale de SKEMA

Sylvie Jean, directrice du PGE de SKEMA

aussi d’une conviction plus singulière : former des étudiants qui prendront des responsabilités avec une conscience aiguë des enjeux contemporains.

d’annoncer un partenariat sup- plémentaire avec tel ou tel acteur de l’IA ni de promettre à nos étu- diants l’accès à quelques licences. Nous ne voulons pas former à une seule IA, mais confronter nos étu- diants à des IA dont ils se serviront réellement dans l’exercice de leur métier. Des IA multiples, mobiles, multinationales et en constante évolution, à l’image de SKEMA. S.J. Avec les enseignants, nous veillons scrupuleusement à ce que l’esprit critique demeure le garde-fou essentiel. Nous challen- geons nos étudiants par rapport à une réalité quotidienne mar- quée par les réseaux sociaux, la surabondance d’informations et la difficulté croissante à distin - guer le vrai du faux, les faits des opinions ou encore les analyses rigoureuses des discours biaisés. C’est notamment l’ambition de notre cours E3, pour Exigence, Excellence et Engagement, qui confronte tous les étudiants de L3 à la recherche scientifique, à ses méthodes et aux travaux de nos enseignants-chercheurs. À partir de la rentrée 2026, ce cours fera dialoguer les disciplines et renforcera cette capacité d’ana- lyse critique que les étudiants ont commencé à développer en classe préparatoire. L’esprit critique est un muscle qu’il faut continuer à entraîner pour faire de nos diplô- més des professionnels capables de prendre du recul, d’exercer leur jugement et d’appréhender le monde contemporain avec discernement.

enseignements les plus en phase avec leurs aspirations. Alice Guilhon. L’exercice de pro- jection que nous leur demandons lors de l’entretien et à l’arrivée en école n’a rien d’évident pour des étudiants à peine sortis de classe préparatoire. Pourtant, il constitue souvent l’une des pre- mières occasions d’exprimer leur personnalité : voilà qui je suis (ou qui je pense être) et voilà à partir de quoi je vais tracer une voie. Bien sûr, ils bifurquent ensuite, mais l’exercice assez unique du CV projectif les invite à démarrer un effort de révélation pour com - mencer à s’engager dans l’école. À l’autre extrémité du parcours, ils quitteront SKEMA avec un CV augmenté, enrichi grâce à l’IA et conçu pour permettre aux recruteurs de mieux appréhen- der l’ensemble de leurs talents. Il n’est pas seulement question de compétences techniques ou d’ex- périences professionnelles. Nous cherchons aussi à valoriser ce qui fait la singularité d’une personne : un goût pour l’éloquence, un en- gagement associatif ou politique, une passion pour la littérature, les arts ou le sport. À l’heure de l’IA, il est essentiel de redonner à chacun une vision complète de ses capacités. Nos diplômés doivent s’engager dans leur vie professionnelle en mobili- sant non seulement leur expertise, mais aussi leurs talents person- nels, leur créativité, leur intuition et leur capacité à interagir avec les autres. Entre le CV projectif et le CV augmenté, il y aura bien sûr beaucoup de découvertes et quelques révélations ! SKEMA est souvent présentée comme pionnière sur les enjeux liés à l’IA. Comment votre vision s’est- elle construite ?

nal, spécialisations, projets entrepreneuriaux… Le CV projectif fixe-t-il un cap ? Quid du champ

La prépa est souvent vécue comme une épreuve de performance. SKEMA y voit-elle autre chose ? Un espace de révélation de soi, par exemple ? Sylvie Jean. Il y a effectivement une forme de révélation qui s’opère en classe préparatoire : celles de préférences pour cer- taines disciplines étudiées, pour certains courants de pensée, cer- taines idées, auteurs ou méthodes explorées qui nourrissent la curio- sité intellectuelle des étudiants et dont les admissibles peuvent faire part au jury de SKEMA à travers leur CV projectif. En le construi- sant, les candidats se remémorent les apprentissages de la prépa pour faire émerger ce qui se révèle comme essentiel pour eux à la veille de clore cette expérience ma- jeure. Qu’en restera-t-il dans dix ans ? Que souhaiteront-ils avoir ac- compli durant leurs années à SKE- MA? À quoi ressembleront leurs premiers choix professionnels? Le CV projectif permet de relier ce qui a commencé à se structurer en prépa aux opportunités qu’offre ensuite l’école. La fonction de cet outil embléma- tique des oraux de SKEMA ne se limite pas à huiler l’échange entre le jury et le candidat : il marque le début d’une réflexion qui se poursuit dès l’intégration, via le séminaire d’accueil des nouveaux intégrés que nous organisons en hackathon cette année. Les nou- veaux étudiants exploreront les différentes facettes de leur person - nalité afin d’identifier les espaces dans lesquels ils souhaitent s’in- vestir : vie associative, internatio-

par Stéphanie Ouezman

des possibles à SKEMA ? S.J. Pour certains étudiants, la scolarité se déroule comme leur CV projectif le prévoyait. Le plus souvent, elle les conduit ailleurs ! Un admissible envisageait une expatriation sur notre campus de Belo-Horizonte, au Brésil ? C’est finalement à Suzhou, en Chine, qu’il passe six mois avant d’enchaîner avec notre campus de Dubaï. Un autre pouvait vi- ser le MSc Entrepreneurship, Technology and Startup Mana- gement en partenariat avec UC Berkeley et découvrir de nou- velles opportunités, comme la summer school internationale de Harvard DCE désormais acces- sible à nos étudiants. D’autres peuvent cibler notre MSc in Fi- nance que le FT vient de classer 2e meilleur au monde pour la deuxième année consécutive et finalement intégrer le MSc AI for Business Transformation, dispensé avec l’ESIEA. Certains pensaient devoir abandonner la philosophie avant de se retrou- ver sur notre campus Grand-Pa- ris à suivre le continuum « Ad Litteram » ( n.d.l.r. lire l’encadré page suivante ) pour question- ner la philosophie de l’action et exercer leur esprit critique… Tout l’art du PGE de SKEMA est de laisser la liberté de tester, de cheminer et de changer d’avis ou de projection. Parfois, c’est verti- gineux, mais nous les accompa- gnons et faisons tout pour qu’ils puissent se révéler au sein des

On n’imagine pas l’IA remplacer la Faculté de SKEMA ?

A.G. Depuis l’origine de SKEMA, nous nous interrogeons en per- manence sur la manière de former nos étudiants, sur les contenus que nous leur transmettons et sur

NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17

Avril/Juin 2026 p. 7

Made with FlippingBook Online newsletter maker