ÉDITION GRANDS ENTRETIENS
notre contribution à la société de demain. Aujourd’hui, une ques- tion s’impose à nous : à l’ère de l’intelligence artificielle, quelle Grande École souhaitons-nous être? Celle où les IA sont char - gées de délivrer 100% des ensei- gnements, comme les États-Unis l’expérimentent? Celle qui choisit à l’inverse de bannir totalement l’IA? Pour construire une réponse équilibrée, nous sommes revenus à notre mission fondamentale : former nos étudiants à toutes les dimensions du management en développant leur esprit critique et les aider à trouver leur place dans la société. Une fois cela dit, nous avons for- mulé plusieurs commandements. Le premier est simple : l’IA ne remplacera pas la Faculté. Cela paraît évident, mais c’est très en- gageant pour nous. Ce comman- dement signifie que nous considé - rons le dialogue entre l’enseignant et l’étudiant comme irrempla- çable. C’est dans cet échange que se construit le discernement, la ca- pacité à questionner, à nuancer, à fixer des limites. C’est aussi là que la connaissance se transforme pro- gressivement en compétence. L’IA peut enrichir les apprentissages, accompagner certaines tâches ou
A.G. La création de ces quatre écoles répond à une même lo - gique : enrichir la formation du manager avec des disciplines devenues incontournables pour comprendre le monde contem- porain et penser l’innovation. La géopolitique s’est imposée à nous très tôt. À mesure que SKEMA dé- veloppait ses implantations inter- nationales et accueillait des étu- diants de toutes nationalités sur ses différents campus, nous avons compris qu’il ne suffisait pas d’être présent partout dans le monde, mais qu’il fallait aussi être capable de comprendre le monde. Savoir lire les signaux faibles, décrypter les équilibres internationaux et prendre du recul sur les trans- formations en cours est devenu indispensable pour une école qui se définit à la fois comme globale et locale. Concernant l’IA, la démonstra- tion n’est plus à faire : nous ne pouvons pas priver nos diplômés d’une compréhension approfon- die d’une technologie qui trans- forme déjà les métiers, les organi- sations et la société. Le design est sans doute la discipline la moins attendue. Pourtant, nous vivons une époque où la qualité des en- vironnements, des usages, des
À SKEMA, le continuum trouve ses terrains d’expression !
SKEMA met en place un nouveau dispositif baptisé Ingénium qui fait vivre le continuum classes préparatoires/Grande École d’une manière inédite et plus globale que jamais. À compter de la rentrée prochaine, les étudiants sélectionnés pour la qualité de leur dossier académique pourront rejoindre l’un des trois continuums qu’elle a pensés d’abord dans le prolongement des disciplines qui façonnent les CPGE, mais qu’elle a également pris soin de relier à des expertises développées sur ses campus français. Sur celui de Lille et du Grand Paris vivra le continuum « Géopolitique », sur celui du Grand Paris, le continuum « Ad Litteram » et sur celui de Sophia-Antipolis, le continuum « Scientia ». Chacun sera co-piloté par un professeur de classe préparatoire et un enseignant de la business school et dessinera une trajectoire à partir du second semestre de L3 et jusqu’à certains des doubles diplômes de M1 ou M2 en mobilisant une ou plusieurs spécialisation(s) du PGE et des modules certifiants à distance. Pour évoluer dans ces continuums, les étudiants seront évalués sur des productions collectives interdisciplinaires, mais également à l’occasion de Grands oraux inspirés du format des khôlles, bien connu des préparationnaires et de leurs professeurs.
Au-delà de la destination elle- même, l’essentiel est ailleurs : il faut profiter de l’expérience in - ternationale pour comprendre le monde tel qu’il est. Les grands en- jeux géopolitiques, économiques ou sociétaux ne s’appréhendent pas uniquement depuis une salle de cours. Ils se vivent aussi sur le terrain, au contact d’autres cultures, d’autres manières de penser et d’autres réalités. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles de nombreux étu- diants choisissent SKEMA. A.G. Le monde est traversé par des tensions, des crises et des incertitudes. Mais nous vivons ce monde. Se replier sur soi ou chercher à s’en protéger n’est pas une réponse. Au contraire, notre conviction est que plus le monde devient complexe, plus nous devons permettre à nos étu- diants de l’explorer et de le com- prendre. C’est l’une des forces de notre modèle multicampus. Avec dix implantations réparties sur plusieurs continents, et bientôt douze, avec deux campus à ve- nir en Inde et en Australie, nous pouvons continuer à offrir des ex - périences internationales variées tout en garantissant la sécurité de nos étudiants que nous n’expo- sons jamais à des zones de risque. Notre responsabilité n’est pas seulement de former des spécia- listes de la finance, du marke - ting ou du management. Elle est aussi de former des femmes et des hommes capables de com- prendre d’autres cultures, de travailler avec des personnes qui ne pensent pas comme eux et de respecter la diversité des points de vue. À l’heure de conflits, des tensions géopolitiques et des frac- tures qui traversent le monde, le rôle de l’enseignement supérieur n’a jamais été aussi important. Pour une école comme SKEMA, il s’agit aussi de porter la voix d’une jeunesse ouverte sur le monde, curieuse de l’autre, animée par l’envie d’agir et de construire. Comprendre l’autre sera proba- blement l’une des compétences les plus précieuses de demain. Nous ne voulons pas former des diplômés qui regardent le monde à travers leurs certitudes. Nous voulons former des femmes et des hommes capables de bâtir des ponts entre les cultures, les disci- plines et les sociétés. D’une cer- taine manière, notre mission est aussi de préparer nos étudiants à la paix. C’est sans doute l’une des plus grandes responsabilités d’une école comme SKEMA. ■
l’Institut Jacques Delors et l’IHE- DN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale). Le Droit est présent au sein du tronc com- mun avant de donner lieu, dès le M1, à des parcours de spécialisa- tion pouvant conduire certains étudiants jusqu’aux métiers de l’avocature. Le design irrigue éga- lement le PGE, notamment à tra- vers le MSc Product Management & UX Design proposé en partena-
ouvrir de nouvelles perspectives. En revanche, elle ne sera jamais en charge de conduire ce dialogue au sein de SKEMA. D’autres de nos commandements portent sur les enjeux éthiques de l’IA. Je passe sur un certain nombre d’entre eux pour citer le dernier auquel nous tenons particulièrement. Il nous autorise à dire « non » à certaines propositions, à certains dévelop- pements autour de l’IA lorsque nous estimons qu’ils ne servent pas notre projet pédagogique ou nous feraient perdre la maîtrise de nos enseignements. Une fois cette doctrine posée, nos professeurs se sont pleinement emparés du sujet, ils ont compris que leur rôle n’était pas menacé. Au contraire, dans un monde où les connaissances sont accessibles instantanément, leur capacité à accompagner, questionner et faire réfléchir les étudiants devient plus essentielle que jamais. Comment les thématiques (Géopolitique, IA, Design et Droit) de SKEMA irriguent- elles aujourd’hui le PGE ?
organisations et des expériences devient un véritable levier de performance. Penser les proces- sus, les espaces de travail ou les interactions humaines, c’est aussi faire du design. Enfin, le Droit est devenu incontournable dans un monde où l’innovation s’accom- pagne de questions réglemen- taires, éthiques et sociétales tou- jours plus complexes. Ces quatre dimensions traduisent notre conviction que la formation ma- nagériale ne se construit plus sans s’hybrider aux grands enjeux de notre siècle pour permettre à nos diplômés de mieux comprendre, décider et innover. S.J. Les expertises développées au sein de nos Schools irriguent l’en- semble du programme Grande École. Nos étudiants en profitent au-delà de cours spécialisés ou de parcours réservés à certains pro- fils. En L3, on retrouve la géopoli - tique à travers les enseignements de Grands Enjeux, pilotés par Frédéric Munier. Plus tard dans le cursus, c’est à travers les doubles diplômes que nous proposons avec Paris 1 Panthéon-Sorbonne ou encore nos partenariats avec
riat avec le Politecnico di Milano. Nos étudiants se familiarisent avec des disciplines tout au long de leur parcours et peuvent choi- sir d’approfondir celles qui font le plus écho à leurs aspirations aca- démiques et professionnelles. Ouvrir deux nouveaux campus dans un monde traversé par des incertitudes géopolitiques, économiques et climatiques majeures, c’est un acte de confiance audacieux. Comment assumez-vous ce choix stratégique ? S.J. Aujourd’hui plus que jamais, j’encourage mes étudiants à profi - ter de toutes nos implantations in- ternationales, y compris de notre campus en Caroline-du-Nord. Les États-Unis ont toujours fait rêver de nombreux jeunes fran - çais et ils ne doivent pas exclure ce pays de leur « scope ». Sur place, à Raleigh, ils bénéficient d’un cadre de travail serein. Leur admission sur le territoire est facilitée par notre implantation et nous déli- vrons des diplômes du pays.
NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17
Avril/Juin 2026 p. 8
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