19
FINANCES NEWS HEBDO
VENDREDI 3 JUILLET 2026
Marché des capitaux A l'épreuve de la désinformation numérique La désinformation financière a changé de dimension. Alimentée par l'intelligence artificielle, amplifiée par les réseaux sociaux et les groupes privés, elle oblige désormais les acteurs des marchés à repenser leurs mécanismes de surveillance, de certification et d'éducation. Une transformation qui redéfinit les fondements mêmes de la confiance. Par M. A. L.
plus profonde encore. «La confiance n'est pas quelque chose qui se décrète. C'est quelque chose qui se construit et c'est quelque chose qui est l'affaire d'un écosystème, et non pas une affaire individuelle» , affirme-t-il. Selon lui, l'erreur consiste à chercher le canal le plus dangereux. «Le vrai sujet aujourd'hui, c'est le sujet de la chaîne plutôt que de pointer un seul canal», explique-t-il. Une information née quelque part, est résumée par une intelli- gence artificielle, traduite par une autre, relayée sur différentes plateformes, puis réinterprétée par d'autres agents. Dans ce contexte, sécuri- ser un seul maillon ne suffit plus. Cette vision trouve un écho du côté de la Bourse de Casablanca. Pour son Directeur général adjoint, Mohamed Saad, la première ligne de défense demeure l'investisseur lui- même. «Plutôt que de sanctionner, plutôt que de poursuivre les gens, on préfère éduquer», relève-t-il. À travers sa plateforme e-learning, ses programmes de sensibilisation ou encore le Championnat de la Bourse, l'institution cherche à développer chez les investisseurs les réflexes nécessaires pour distinguer une information fiable d'une manipulation. En parallèle, elle travaille sur des mécanismes de «source unique de vérité», de certification des canaux officiels et de «notarisation numérique des contenus» afin de garantir l'authenticité des publications financières. Le droit, lui aussi, doit évoluer, sans repar- tir de zéro. Pour Frédéric Forster, avocat au barreau de Paris et directeur du pôle Télécommunications et Communications numériques - Lexing Avocats, «il est assez rare qu'il y ait des vides juridiques». Les textes existent déjà, qu'il s'agisse de la responsabilité des produits, des plateformes ou des auteurs de fausses informations. Le véritable défi consiste davantage à adapter ces dispositifs à des technologies qui évoluent beaucoup plus rapidement que les cadres réglementaires et à identifier les responsables lorsque les conte- nus circulent au sein de réseaux chiffrés ou via des modèles d'intelligence artificielle. Au terme des échanges, un constat s'impose: l'intelligence artificielle n'est pas seulement un nouvel outil de désinformation; elle oblige l'ensemble des acteurs à repenser les fonde- ments mêmes de la confiance. «La rupture viendra du fait que l'ensemble des acteurs impliqués, que ce soit les gens de la tech, les régulateurs, les émetteurs ou les récep- teurs, dialoguent», résume Nasser Kettani. Une conviction largement partagée au cours de ce panel : à l'heure où l'information est produite, diffusée et interprétée à une vitesse inédite, la crédibilité des marchés dépendra moins d'une technologie miracle que de la capacité de tout un écosystème à construire une confiance durable. ◆
Le 1 er juillet 2026, la première édition du Symposium de l'information financière a réuni les principaux acteurs de l'écosystème financier autour de la crédibilité de l'information.
L
’
information financière est entrée dans une nouvelle ère. Celle où une rumeur circule plus vite qu'un communiqué officiel, où un faux document peut être produit en quelques secondes grâce à l'intelligence artificielle, puis relayé dans des groupes privés avant même d'être démenti. Dans cet environnement, la désinformation ne constitue plus seulement un risque réputationnel; elle devient un risque de marché. Pour Badre Labiad, chef du département Surveillance et Enquêtes de l'Autorité maro- caine du marché des capitaux (AMMC), qui s’exprimait, mercredi, lors du 1er Symposium de l’information financière organisé par Bourse News, les nouveaux espaces de cir- culation de l'information compliquent consi- dérablement le travail du régulateur. «Ces forums, ces groupes fermés agissent comme des pseudo-médias qui vont créer de l'infor- mation abondante» , explique-t-il. Plus préoc- cupant encore, «les investisseurs peu avertis vont se retrouver avec la même information relayée par plusieurs sources et vont avoir l'impression que c'est de l'information fiable» , alerte-t-il. Cette illusion nourrit des compor- tements grégaires susceptibles de provoquer des mouvements coordonnés sur certaines valeurs.
Pour faire face à ces nouvelles pratiques, le régulateur s'appuie déjà sur des outils de surveillance capables d'identifier des compor- tements atypiques sur le marché. Mais l'intel- ligence artificielle est désormais appelée à jouer un rôle plus important encore. L'AMMC développe progressivement des modèles de machine learning destinés à détecter les «signaux faibles» et les anomalies compor- tementales. «Ces technologies permettent d'identifier des comportements coordonnés d'une manière beaucoup plus subtile que les technologies classiques» , souligne Badre Labiad. Une évolution qui n'exonère toute- fois pas le superviseur de son devoir d'ana- lyse. « On ne peut pas venir dire que l'on va déclencher une enquête parce qu'un modèle d'IA a attribué un score important. Il faut être capable d'expliquer les résultats de ces modèles», insiste-t-il.
La confiance, une responsabilité collective
Si les intervenants s'accordent sur l'ampleur des défis technologiques, tous rejettent l'idée selon laquelle la réponse serait unique- ment technique. Pour Nasser Kettani, expert Tech & DPO, spécialiste des enjeux liés à l'intelligence artificielle, la transformation est
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker