FNH N° 1241

BOURSE & FINANCES

7

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 3 JUILLET 2026

​Le capital-investissement s’affirme comme un complément majeur au financement bancaire, tant les levées de fonds ont atteint des niveaux historiques en 2025. Près de 6,57 milliards de dirhams de capitaux injectés dans l’économie réelle pour soutenir l’innovation, l’industrialisation et la croissance. Entretien avec Oussama Attahir, Docteur en économie appliquée. Capital-investissement La nouvelle trajectoire du financement des entreprises marocaines

la gouvernance et les réseaux qu'ils apportent, essentiels pour assu- rer la profondeur et la robustesse financière nécessaires à nos ambi- tions. ​Mais lever des fonds ne suffit pas à faire un marché mature. F. N. H. : Les conditions de cette maturité sont-elles déjà remplies au Maroc ? O. A. : Le succès du capital-inves- tissement ne peut plus se mesurer à la seule capacité de collecte. Le véritable test de maturité réside dans la fluidité du cycle global : levée, investissement, création de valeur, et enfin sortie. ​Au Maroc, le verrou se situe au niveau des mécanismes de sor- tie. Pour franchir un nouveau cap, l'écosystème doit impérati- vement s'adosser à une Bourse de Casablanca dynamique. L'introduction en Bourse (IPO) est le maillon manquant qui permet de recycler plus rapidement les capitaux vers de nouveaux projets, créant ainsi un cercle vertueux de financement de l'innovation. Une Bourse plus dynamique ne bénéfi- cie pas uniquement aux fonds d'in- vestissement; elle élargit également les possibilités de financement des entreprises et améliore l'allocation du capital à l'échelle de l'écono- mie. Sans cette vélocité, le risque de goulot d'étranglement freinerait le renouvellement des fonds et la dynamique de croissance globale. En conclusion, le Maroc semble amorcer une transition vers un modèle où les fonds propres occupent une place croissante aux côtés du financement bancaire. Cette évolution est le corollaire indispensable de nos ambitions nationales. ​Au-delà des montants levés, l'enjeu réel est celui de la transforma- tion durable de l'épargne nationale en capital productif. Le véritable enjeu n'est donc plus de savoir si le capital-investissement peut remplacer le crédit bancaire, mais s'il parviendra à s'imposer dura- blement comme son complément naturel. La réussite se mesurera à la capacité du capital-investisse- ment à irriguer l'économie réelle, à accompagner l'émergence de nou- veaux champions nationaux et à renforcer la résilience du modèle de croissance marocain. ◆

Propos recueillis par J. M.

distinctes. La banque finance la solvabilité (le passé et le présent garantis), là où le capital-investis- sement finance le potentiel (le futur à construire). ​Plus fondamentalement, le capi- tal-investissement apporte ce que l'on nomme le «capital patient». Contrairement au crédit bancaire, soumis à des échéances de rem- boursement strictes, le capital- investissement accepte un horizon de temps long, permettant d'ac- compagner les entreprises dans leurs phases de pivot, de R&D ou d'expansion. ​La progression des investisse- ments en phase d'amorçage, qu'il convient de distinguer de la col- lecte globale des fonds, illustre cette spécialisation. Ces segments, vitaux pour l'innovation, sont struc- turellement délaissés par le crédit bancaire classique, qui exige des garanties et un historique de renta- bilité. En injectant du capital propre, les fonds permettent de dérisquer les entreprises et de structurer leur gouvernance. Le capital-investisse- ment prépare ainsi les entreprises à accéder, dans de meilleures condi- tions, au financement bancaire. Encore faut-il que les capitaux soient au rendez-vous. F. N. H. : Les résultats de l’année écoulée indiquent une montée en puissance des capitaux marocains dans l’enveloppe globale des levées de fonds. Qu’est-ce qui explique ce changement de paradigme ? O. A. : La montée en puissance des capitaux marocains est un indica-

Finances News Hebdo : Les levées de fonds en capital- investissement ont atteint un record de 6,57 milliards de dirhams en 2025. Peut- on parler d’un changement d’échelle du capital-investis- sement au Maroc ? Oussama Attahir : Dans toutes les économies cherchant à accélé- rer leur industrialisation, leur inno- vation et leur montée en gamme technologique, le capital-investis- sement est devenu un instrument stratégique de financement. Le Maroc semble aujourd'hui franchir un nouveau palier dans cette tra- jectoire. L'année 2025 marque un tournant avec un montant record de 6,57 milliards de dirhams de levées de fonds. Mais au-delà du volume, la dynamique observée sur les segments d'amorçage et la pré- dominance des capitaux domes- tiques (60% des fonds levés sur 2020-2025) nous invite à poser une problématique centrale : assiste- t-on à la naissance d'un véritable deuxième moteur du finance- ment de l'économie marocaine, ou sommes-nous face à un cycle conjoncturel porté par une impul- sion publique exceptionnelle ? F. N. H. : Dans l’écosystème du financement au Maroc justement, quel rôle joue le capital-investissement ? O. A. : Il est tout d’abord primordial d'évacuer une confusion fréquente: le capital-investissement n'a pas vocation à remplacer le crédit ban- caire. Ce sont deux instruments qui répondent à des logiques

teur de maturité. Elle témoigne d'un basculement de l'épargne natio- nale, historiquement orientée vers des placements plus traditionnels, vers l'investissement productif. Ce changement de paradigme est porté par une volonté de diver- sification des portefeuilles institu- tionnels face aux évolutions des conditions de marché, ainsi que par les besoins immenses de finan- cement des ambitions industrielles, énergétiques et technologiques du Royaume. ​Si le Fonds Mohammed VI pour l'investissement (FM6I) a indénia- blement joué un rôle de catalyseur, notamment en partageant une par- tie du risque et en rassurant les investisseurs privés, il ne doit pas être perçu comme l'explication unique. Cette dynamique reflète une volonté croissante des acteurs locaux de capter la création de valeur nationale. Toutefois, le défi de demain demeure l'attractivité internationale : un marché mature est un marché ouvert, capable d'attirer des investisseurs interna- tionaux, mais aussi les méthodes,

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker