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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

retraites ne peut être dissociée de celle de l'emploi. Car au-delà des ajustements paramétriques, la pérennité du système dépen- dra aussi de la capacité de l'économie marocaine à créer davantage d'emplois formels et à intégrer un nombre croissant d'actifs dans les mécanismes de cotisation. Une architecture héritée du passé Au-delà des contraintes démo- graphiques et de la faiblesse de la base contributive, le système marocain de retraite souffre d'une fragmentation héritée de constructions institutionnelles successives. Son architecture repose sur plusieurs régimes aux règles, aux prestations et aux équilibres financiers dis- tincts. Les projections de l'ACAPS illustrent ces disparités. Le régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites (CMR) demeure le plus exposé, avec un horizon d'épuisement des réserves estimé autour de 2031, contre 2037 pour la CNSS et 2051 pour le RCAR. Pour Youssef Guerraoui Filali, ce morcellement se traduit aussi par des écarts importants dans le calcul et le niveau des pensions. «Si vous comparez la CNSS à la CMR, l'assiette de liquidation de la rente viagère est totalement différente» , sou- ligne-t-il. «Un cadre qui termine sa car- rière avec un salaire avoisinant 20.000 dirhams peut bénéficier, dans le cadre de la CMR, d'une pension calculée sur la base de ses dernières années d'activité, alors qu'au niveau de la CNSS, les prestations demeurent pla- fonnées et dépassent rarement 4.000 dirhams nets », explique- t-il. Au-delà des enjeux financiers, ces écarts soulèvent une ques- tion d'équité entre les affiliés et nourrissent les réflexions autour d'une réforme systémique. Face à la dégradation des équi- libres financiers de la CMR, le Maroc a engagé en 2016 une réforme paramétrique d'enver-

 Le secteur informel absorbe 77,2% de la population active, réduisant mécaniquement le nombre de cotisants et les ressources disponibles pour financer les retraites.

gure. Celle-ci s'est traduite par le relèvement progressif de l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 63 ans, l'augmentation du taux de cotisation de 20% à 28% ainsi que la révision du mode de calcul des pensions. La réforme a atteint son objectif immédiat : améliorer la situation financière du régime et repous- ser l'échéance d'épuisement de ses réserves. Pour autant, elle n'a pas permis de traiter les déséquilibres structurels qui continuent de peser sur le sys- tème. Pour Youssef Guerraoui Filali, les mesures engagées ont davantage permis de gagner du temps que de résoudre le problème de fond. «Le système de retraite demande aujourd'hui une refonte globale, une revue à 360 degrés», estime-t-il. Car au-delà des ajustements paramétriques, c'est la capacité du Maroc à assurer durable- ment la soutenabilité de son système de retraite qui demeure aujourd'hui posée. Si le débat sur les retraites revient avec autant d'insistance aujourd'hui, ce n'est pas parce que le système se trouve à la veille d'une rupture brutale. Les régimes continuent d'honorer leurs engagements et disposent encore de réserves leur permet- tant d'assurer le versement des pensions. Le véritable risque

réside dans le coût croissant de l'inaction. Car plus la réforme est différée, plus les marges de manœuvre se réduisent. L'enjeu dépasse désormais la seule situation financière des caisses. Il touche à la soutenabilité des finances publiques, à l'équité entre les générations et à la préservation du modèle social. Pour Youssef Guerraoui Filali, le diagnostic ne fait plus réellement débat. « C'est une réforme qui demande de la volonté politique», précise-t-il. Sur le fond, les discussions portent désormais moins sur la nécessité d'une réforme que sur sa configuration. Les réflexions convergent depuis plusieurs années vers une réor- ganisation du système autour de deux grands pôles : un pôle public regroupant les régimes des fonctionnaires et assimilés, et un pôle privé destiné aux salariés du secteur privé. L'objectif n'est pas de fusion- ner indistinctement l'ensemble des caisses, mais de construire un cadre plus cohérent et de réduire les écarts entre les régimes. «Il faut créer deux pôles, un pôle

public et un pôle privé, et uni- fier l'assiette de liquidation afin de réaliser une certaine équi- té entre le public et le privé» , plaide Youssef Guerraoui Filali. Au-delà de cette convergence institutionnelle, d'autres pistes sont également évoquées. Parmi elles, figure le développe- ment progressif de mécanismes complémentaires de capitalisa- tion destinés à diversifier les sources de revenus à la retraite et à réduire la pression exer- cée sur les régimes de base. Une telle évolution supposerait toutefois un approfondissement du marché de l'épargne longue ainsi qu'une confiance accrue des ménages dans les disposi- tifs de placement de long terme. Mais quelle que soit la formule retenue, la réforme des retraites ne saurait se limiter à une réor- ganisation institutionnelle. Elle renvoie à la capacité du Maroc à adapter son modèle social aux mutations démographiques et économiques en cours. Pour Youssef Guerraoui Filali, le dossier figurera inévitable- ment parmi les premiers chan- tiers du prochain gouverne- ment. L'économiste n'hésite pas à le qualifier de «bombe à retardement». Car en matière de retraites, le temps ne résout pas les déséquilibres; il tend au contraire à en accroître le coût. ◆

Il faut créer deux pôles, un pôle public et un pôle privé, et unifier l'assiette de liquidation afin de réaliser une certaine équité entre le public et le privé.

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