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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

Cannabis récréatif L’heure d’un débat national ?

une libéralisation désordonnée. Il s’agit de reconnaître que le marché récréatif existe déjà dans les faits et qu’il reste aujourd’hui entre les mains du circuit illicite. Une légali- sation récréative strictement enca- drée permettrait d’élargir la base productive autorisée, de réduire la rente des trafiquants, de contrôler la qualité des produits, de protéger les mineurs et de soumettre ce marché à la fiscalité et à la traça- bilité. Cela étant, il serait injuste de dire que l’État a laissé les agri- culteurs seuls face à cette transi- tion. L’accompagnement public a concerné plusieurs étapes, notam- ment la constitution des coopéra- tives, l’encadrement des autorisa- tions, l’organisation de la culture, la contractualisation avec les opé- rateurs, la recherche de débouchés nationaux et internationaux, ainsi que la mise en place progressive de circuits de transformation, de commercialisation et de contrôle. On observe également l’émergence d’infrastructures industrielles dans les zones concernées. Celles-ci peuvent jouer un rôle décisif dans la création de valeur locale, la sta- bilisation des revenus, la création d’emplois formels, l’amélioration de l’attractivité économique de ces territoires et la réduction progres- sive de la dépendance vis-à-vis des circuits clandestins. En conclusion, les objectifs sont en voie de réalisation, mais ils ne sont pas encore pleinement atteints. La réforme avance dans la bonne direction, mais sa réussite dépen- dra de la capacité des pouvoirs publics à accélérer l’intégration des agriculteurs, à garantir une rému- nération équitable, à développer les marchés et surtout à ne pas limiter le débat à l’usage médical et industriel. Pour intégrer réellement l’ensemble des agriculteurs dans l’économie légale, il faudra engager un débat national sérieux sur la légalisation encadrée du cannabis récréatif. F. N. H. : Comment jugez- vous le travail accompli par l’Agence nationale de régle- mentation des activités rela- tives au cannabis ? C. E. K. : Le travail de l’ANRAC peut être considéré comme impor- tant, surtout si l’on tient compte

Trois ans après l’entrée en vigueur de la loi 13-21 encadrant les usages médicaux, pharmaceutiques et industriels du cannabis, le bilan demeure contrasté. Si la filière légale progresse et que des milliers d’agriculteurs ont intégré le nouveau dispositif, une large majorité des cultivateurs reste encore en marge de cette économie réglementée. Pour Chakib El Khayari, coordinateur du Collectif national pour la légalisation du cannabis, la réforme constitue une avancée importante, mais elle ne pourra atteindre pleinement ses objectifs sans une réflexion approfondie sur l’élargissement du cadre légal, l’intégration économique des territoires concernés et la réduction durable de l’emprise du marché illicite.

d’identifier les difficultés pratiques, de corriger les dysfonctionnements et de construire une filière légale viable. De ce point de vue, le fait que l’ANRAC (Agence nationale de réglementation des activités rela- tives au cannabis) ait délivré, selon les données communiquées par son Directeur général, 4.147 nou- velles autorisations au titre de l’an- née 2025, portant le nombre total des autorisations opérationnelles à 5.765, constitue un indicateur positif. Ces autorisations se répar- tissent entre 5.492 autorisations relatives à l’activité de culture, soit l’essentiel du dispositif, au profit de 5.318 agriculteurs, et 273 auto- risations concernant les activités de transformation, de commerciali- sation, d’exportation, d’importation de semences et de transport, au profit de 183 opérateurs. Mais ce bilan ne doit pas être lu uniquement à travers le nombre d’autorisations délivrées. La vraie question est celle du rythme d’inté- gration de l’ensemble des agricul- teurs concernés dans la nouvelle économie légale. Si l’on retient l’es- timation minimale selon laquelle au moins 60.000 familles vivent direc- tement ou indirectement de cette culture, et si l’on considère qu’au moins une personne par famille exerce effectivement cette activité,

il apparaît que les 5.318 agricul- teurs intégrés à ce stade dans le circuit légal représentent moins de 10% des cultivateurs potentiels. Autrement dit, plus de 90% des cultivateurs potentiels demeurent encore en dehors du dispositif légal. Cette proportion est déter- minante. Elle signifie que l’action actuelle de l’ANRAC constitue une avancée réelle, mais qu’elle ne permet pas encore d’absorber la grande masse des cultivateurs. En pratique, cette part non intégrée reste celle que le marché illicite peut continuer à capter, non parce que tous ces agriculteurs seraient des trafiquants, mais parce que l’économie illégale demeure, pour une grande partie d’entre eux, le seul débouché disponible. C’est pourquoi la légalisation limi- tée aux usages médicaux, phar- maceutiques et industriels, bien qu’importante, ne suffit pas à elle seule à résoudre la question sociale, économique et sécuritaire des zones de culture. Si l’objectif est réellement de faire sortir les agriculteurs de la dépendance aux réseaux illicites, il faut engager une nouvelle étape de réflexion sur la légalisation strictement encadrée du cannabis récréatif, afin de faire entrer progressivement l’ensemble des cultivateurs dans l’économie légale. Il ne s’agit pas d’appeler à

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Quelques années après l’entrée en vigueur de la loi sur l’utilisation du canna- bis à des fins industrielles ou thérapeutiques, com- ment jugez-vous la situation actuellement ? Les objectifs escomptés sont-ils en train d’être atteints ? Chakib El Khayari : Cette situa- tion appelle, à mon avis, une appré- ciation mesurée et objective. La loi n° 13-21 n’a pas instauré une légalisation générale du canna- bis. Elle a mis en place un régime légal strictement encadré, limité aux usages médicaux, pharmaceu- tiques et industriels. Il s’agit donc d’un passage progressif d’une logique exclusivement répressive à une logique de régulation, de traça- bilité et d’intégration économique. Il faut rappeler que l’État, avant même l’adoption effective de ce cadre juridique, avait clairement indiqué que l’intégration des culti- vateurs ne se ferait pas d’un seul coup. La démarche retenue était progressive, presque expérimen- tale, afin de tester le dispositif,

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