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SOCIÉTÉ

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

du fait qu’il s’agit d’un secteur his- toriquement informel, sensible et marqué par de fortes résistances sociales, économiques et sécuri- taires. L’agence a réussi à mettre en place les premiers mécanismes d’autorisation, de contractuali- sation, de contrôle, de suivi des opérateurs et d’encadrement des agriculteurs. Il faut reconnaître que le passage d’une culture historiquement asso- ciée à l’illégalité vers une filière encadrée par l’État ne peut pas se faire uniquement par la loi. Il nécessite une administration spé- cialisée, capable de dialoguer avec les agriculteurs, les coopératives, les opérateurs privés, les autori- tés locales et les marchés. Sur ce point, l’ANRAC a joué un rôle structurant. Cependant, l’enjeu aujourd’hui est de passer d’une phase administra- tive de lancement à une phase éco- nomique et sociale de consolida- tion. L’agence ne doit pas être per- çue seulement comme une autorité de contrôle ou de délivrance des autorisations, mais comme un levier de transformation économique des zones concernées. Cela suppose de veiller à plusieurs priorités, assurer une meilleure rémunération des agriculteurs, éviter que les intermédiaires ne captent l’essentiel de la valeur ajoutée, renforcer la transparence de la filière, accélérer la valorisa- tion industrielle du produit natio- nal, développer les exportations et renforcer la confiance entre culti- vateurs, coopératives, opérateurs privés et administration. À mon avis, la réussite de cette réforme dépendra moins du nombre d’autorisations délivrées que de la capacité du système légal à devenir plus attractif, plus sécu- risé et plus rentable que le circuit illicite. Or, cette attractivité restera limitée tant que la filière légale ne pourra absorber que moins de 10% des cultivateurs potentiels, pen- dant que plus de 90% demeurent exposés aux débouchés du mar- ché illégal. F. N. H. : Avec ces change- ments, le trafic et les activi- tés illicites liées au cannabis ont-ils baissé ? C. E. K. : Il existe des indices

de réorientation progressive d’une partie des cultivateurs vers le cadre légal, ainsi qu’un effort réel de contrôle et de traçabilité. Mais il serait excessif de dire que le trafic a disparu ou qu’il a été substantiel- lement neutralisé. Le marché illicite continue d’exister parce qu’il répond encore à une demande qui n’est pas couverte par le cadre légal actuel. La loi maro- caine concerne les usages médi- caux, pharmaceutiques et indus- triels. Elle ne couvre pas l’usage récréatif. Par conséquent, la partie

principal moteur économique du trafic. Tant que ce marché demeure totalement illicite, il continuera d’alimenter des réseaux parallèles. L’écart entre les 5.318 agriculteurs intégrés dans le circuit légal et les dizaines de milliers de cultivateurs potentiels qui restent en dehors du dispositif montre que le marché illicite conserve une base sociale et économique considérable. En d’autres termes, la part actuelle- ment couverte par la filière légale ne suffit pas à réduire structurel- lement le trafic si plus de 90% des

Il faut une diversification économique réelle des territoires historiquement liés à la culture du cannabis.

la plus importante de la demande demeure située en dehors du cir- cuit légal. C’est pourquoi il faut distinguer deux choses. La légalisation actuelle permet de réduire une par- tie de l’illégalité liée à la produc- tion destinée aux usages autorisés. Mais elle ne règle pas la question du marché récréatif, qui reste le

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