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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

lation. La dépénalisation réduit ou supprime la sanction pénale pour certains comportements. La légalisation rend certaines activi- tés licites. La régulation organise le marché par des règles strictes, autorisations, traçabilité, contrôle de la qualité, limites d’âge, fiscalité, prévention, sanctions contre les abus, accompagnement sanitaire et protection de la santé publique. À mon avis, le Maroc ne peut pas se contenter indéfiniment d’une légalisation limitée aux usages médicaux, pharmaceutiques et industriels. Ce modèle est utile, mais il n’intègre aujourd’hui qu’une minorité des cultivateurs potentiels. Si l’on veut faire entrer réellement les agriculteurs dans l’économie légale, il faut traiter la question du marché récréatif, car c’est lui qui constitue le principal débouché économique du cannabis. L’approche à adopter ne doit pas être une approche d’encourage- ment à la consommation. Elle doit être une approche de réduction des risques. Cela signifie que l’État doit chercher à mieux contrôler une réalité qui existe déjà, au lieu de laisser cette réalité entièrement aux réseaux illicites. La réduction des risques suppose de contrôler la qualité des produits, de prévenir l’accès des mineurs, de mieux infor- mer les consommateurs, d’orienter les personnes vulnérables vers des services de santé, de limiter les dommages sanitaires et sociaux, et de réduire la puissance écono- mique des réseaux criminels. L’enjeu est simple. Le marché récréatif existe déjà dans les faits. La vraie question est de savoir s’il faut continuer à le laisser entière- ment aux réseaux illicites, ou s’il faut construire un modèle légal, contrôlé, fiscalisé et traçable, per- mettant à l’État de contrôler, de prévenir, de protéger les mineurs, de réduire les risques sanitaires et de retirer une partie importante de la rente aux réseaux criminels. Une telle évolution devrait être pro- gressive, évaluée et strictement encadrée. Elle devrait commencer par un débat public national. Mais il faut avoir le courage d’ouvrir ce débat. Fermer le débat revient à laisser le statu quo profiter aux seuls réseaux illicites. Sans léga- lisation récréative encadrée, plus

 Le passage à l’étape de la légalisation du cannabis récréatif donnera une forte impulsion au tourisme particulièrement rural dans la région du Rif.

cultivateurs potentiels continuent à trouver leurs débouchés dans l’économie clandestine. Les expériences internationales montrent qu’un marché légal bien encadré peut réduire le recours au marché illégal, mais ne le sup- prime pas automatiquement. Tout dépend du modèle adopté, du niveau de contrôle, des prix, de la fiscalité, de la qualité des produits, de l’accessibilité du circuit légal, de la protection des mineurs, des dispositifs de santé publique et de la capacité de l’État à contrôler effectivement le marché. Le vrai débat n’est donc pas idéo- logique. Il est pragmatique. Faut- il continuer à laisser le marché récréatif entièrement aux réseaux illicites, ou faut-il réfléchir à une légalisation encadrée permettant de faire entrer les agriculteurs dans l’économie légale, de réduire la rente criminelle, de contrôler la qualité des produits et de protéger la santé publique ? F. N. H. : Donc, selon vous, il faut aller plus loin dans la légalisation… C. E. K. : Oui, et je pense que cette question doit désormais être posée clairement. Il ne s’agit pas d’appe- ler à une libéralisation désordonnée ou commerciale du cannabis. Il s’agit d’engager un débat national sérieux sur une légalisation récréa- tive strictement encadrée, fondée sur la santé publique, la réduc- tion des risques, la protection des mineurs, la réduction du marché illicite et l’intégration économique

des agriculteurs. Ce débat n’est pas nouveau et ne doit pas être présenté comme une rupture brutale. Il s’inscrit dans le prolongement de travaux et recommandations institution- nels portés au plus haut niveau de l’État, notamment ceux du Conseil économique, social et environne- mental (CESE) et de la Commission spéciale sur le Nouveau modèle de développement (NMD). Ces travaux ont eu le mérite de replacer la ques- tion du cannabis dans un cadre plus large, celui du développement territorial, de la justice sociale, de la santé publique et de l’intégration des populations concernées. Il faut aussi rappeler une recom- mandation importante du CESE. Le Conseil a souligné la nécessité d’amener certains acteurs intermé- diaires locaux, qui tirent aujourd’hui des revenus élevés de l’économie informelle du cannabis et disposent d’une influence sociale dans ces territoires, à s’orienter vers l’inves- tissement dans les activités de transformation du cannabis, tout en traitant leur situation par des solutions appropriées, sur la base de consultations élargies. Cette recommandation est essen- tielle, car elle montre que la réus- site de la réforme ne dépend pas seulement de l’intégration des culti- vateurs. Elle dépend aussi de la capacité de l’État à transformer l’écosystème économique local dans son ensemble. Si les agricul- teurs sont intégrés dans la légalité, mais que les circuits d’intermédia- tion, de financement, d’achat et

de distribution restent dominés par l’économie clandestine, le marché illicite continuera à capter une par- tie importante de la valeur. Il faut donc penser la légalisation encadrée du cannabis récréatif comme un instrument de réorga- nisation économique. Elle devrait permettre de faire entrer les culti- vateurs, les coopératives, les opé- rateurs de transformation et même certains acteurs locaux de l’éco- nomie informelle dans un cadre légal, contrôlé, fiscalisé et traçable. L’objectif n’est pas de consacrer l’ancienne économie illicite, mais de la désarmer progressivement en l’absorbant dans une écono- mie légale soumise à des règles strictes. Il faut rappeler également que le Nouveau modèle de développe- ment a été nourri par de larges consultations avec les forces vives du pays. Dans le prolongement de cette méthode participative, tout débat sur le cannabis récréa- tif devrait associer les cultivateurs des différentes régions concer- nées, les coopératives, la société civile locale, les élus territoriaux, les responsables politiques, les pro- fessionnels de santé, les experts économiques, les juristes et les autorités publiques. Il faut également distinguer clai- rement trois notions : la dépéna- lisation, la légalisation et la régu-

Plus de 90% des cultivateurs potentiels du cannabis resteront exposés au marché illicite.

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