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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026

Intelligence économique Ce levier encore sous-exploité par les entreprises marocaines

l'imaginaire de nombreux diri- geants, l'intelligence économique reste associée aux grandes entre- prises disposant de directions dédiées à la stratégie et à la veille, ce qui crée une distance psycho- logique réelle pour le dirigeant d'une ETI ou d'une PME en crois- sance. À cela s'ajoute la difficulté de mesurer concrètement ce que rapporte une démarche d'IE : une cellule de veille, un abonnement à des sources d'information stra- tégique, ou une cartographie des parties prenantes ne se traduisent pas immédiatement en chiffre d'affaires visible. Or, dans un contexte où les arbitrages bud- gétaires sont serrés et les priori- tés opérationnelles immédiates, tout investissement dont le ROI n'est pas tangible à court terme peine à s'imposer. Tant que l'IE ne se matérialise pas en risque évité, en opportunité saisie ou en décision mieux éclairée, avec des exemples concrets à l'échelle de l'entreprise marocaine moyenne, elle restera perçue comme un outil de luxe plutôt que comme un levier de compétitivité accessible. F. N. H. : Les entreprises marocaines ne pratiquent- elles pas l'intelligence éco- nomique, ou le font-elles sans le savoir ? M. H. : La réponse honnête est que les entreprises marocaines pratiquent déjà l'IE, mais de manière fragmentée, intuitive et non capitalisée. Le dirigeant qui interroge son réseau avant de répondre à un appel d'offres fait de la veille concurrentielle. Celui qui suit les décisions de Bank Al-Maghrib avant de renégocier ses lignes de crédit fait de la veille réglementaire. Celui qui demande à son commercial terrain ce que proposent les concurrents fait de la collecte d'information straté- gique. Ce sont des actes d'IE, sans méthode, sans traçabilité, sans partage organisé. Le pro- blème n'est donc pas l'absence de pratique, mais l'absence de conscience, de cadre et de capi- talisation de cette pratique. Le Maroc dispose en réalité d'ac- teurs qui exercent des fonctions d'IE structurée, même sans la

IDE, hub africain, Mondial 2030…, le Maroc accumule les ambitions. Mais les concrétiser sans infrastructure nationale d'intelligence économique (IE), c'est courir un sprint sans savoir où est la ligne d'arrivée. Marouane Hatim, conseiller ministériel, docteur et consultant en économie, fondateur de SBlue Consulting, membre

de l'Association des économistes québécois, membre du laboratoire

de recherches en enseignement supérieur à l'université de Montréal, plaide pour une IE offensive, prospective et accessible, y compris aux PME.

Propos recueillis par Z. A.

Finances News Hebdo: Vous définissez l'intelligence économique comme «un ensemble d'actions coor- données visant à recher- cher, analyser, diffuser et protéger l'information stra- tégique pour aller cher- cher de la compétitivité et de la création de valeur». Pourquoi cette définition reste-t-elle encore abstraite pour la majorité des diri- geants d'entreprises maro- caines ? Marouane Hatim : Cette défini- tion est rigoureuse et complète, mais elle décrit un stade avan- cé de pratique informationnelle que même les entreprises occi- dentales n'ont atteint qu'après plusieurs décennies d'inves- tissement dans leurs fonctions stratégie et veille. Pour un diri- geant marocain qui pilote son entreprise avec engagement et pragmatisme, souvent seul face à de multiples priorités opération-

nelles, cette définition n'est pas abstraite par manque de vision, mais parce qu'elle suppose des ressources, des processus et une organisation que la majorité des structures n'ont tout simplement pas encore eu l'opportunité de construire. Ce n'est pas un retard, c'est un écart de maturité et il est partagé par de nombreux pays émergents selon moi. Ce qui est visible dans beaucoup d'entreprises marocaines, l'infor- mation circule principalement par réseaux de confiance, rela- tions interpersonnelles et intuition managériale : ce qui a sa propre valeur, mais ne suffit plus dans un environnement concurrentiel qui s'accélère. À cela s'ajoute un obstacle structurel souvent sous- estimé : l'accès à une information fiable, structurée et disponible reste difficile. Les bases de don- nées sectorielles sont coûteuses, les études de marché locales

rares, les données publiques peu exploitables, et les institu- tions productrices d'information économique encore insuffisam- ment outillées pour répondre aux besoins des entreprises. Dans ce contexte, beaucoup de diri- geants associent parfois l'intel- ligence économique à des pra- tiques opaques ou réservées à des acteurs disposant de moyens d'investigation particuliers, alors qu'en réalité, surveiller son envi- ronnement concurrentiel, analy- ser les appels d'offres ou détecter les signaux faibles du marché sont déjà des actes d'intelligence économique (IE) qu'ils pratiquent souvent sans méthode ni cadre. Sans accès facilité à une informa- tion pertinente et de qualité, il est difficile d'opérer une intelligence économique viable, aussi bien définie soit-elle. L'autre frein majeur est d'ordre perceptif et économique. Dans

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