Finances News Hebdo 1237

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026

actuellement l'économie natio- nale. La Charte de l'investisse- ment fixe un objectif ambitieux de 500 milliards de dirhams d'investissements privés et de 500.000 emplois à l'horizon 2026. Dans le même temps, près de 300.000 nouveaux actifs rejoignent chaque année le mar- ché du travail marocain, selon les données du haut-commissa- riat au Plan (HCP). Le défi du Maroc ne consiste donc pas uniquement à pré- server les emplois existants. Il consiste surtout à maintenir une capacité élevée de créa- tion d'emplois pour absorber les nouveaux entrants, accompa- gner l'industrialisation du pays et soutenir une croissance plus inclusive. Certes, le marché du travail a enregistré une amélioration rela- tive, le taux de chômage étant revenu à 13% en 2025 contre 13,3% un an auparavant. Cette évolution demeure néanmoins fragile. Un pays qui doit créer des centaines de milliers d'em- plois ne peut tout simplement pas se permettre un ralentisse- ment prolongé de l'investisse- ment privé. Le risque identifié par l'OIT mérite d'autant plus d'atten- tion qu'il concerne des secteurs stratégiques pour l'économie marocaine. Le choc énergétique ne frappe pas les activités de manière isolée. Il se diffuse à travers l'ensemble des chaînes de valeur. Le transport encaisse le premier choc, renchérissant les coûts logistiques supportés par les entreprises. Cette pression se répercute ensuite sur le com- merce, qui représente à lui seul 16,7% de l'emploi salarié for- mel selon le dernier rapport de l'Observatoire marocain de la TPME (OMTPME). Dans le même temps, la hausse des coûts de l'énergie et des matériaux pèse sur la rentabilité des projets immobiliers et d'infrastructure, ralentissant potentiellement l'ac- tivité du BTP, un secteur qui concentre près de 16% de l'em- ploi salarié formel. Cette dynamique finit également

 En 2025, l'industrie a créé 46.000 emplois supplémentaires tandis que le BTP en a généré 64.000.

par atteindre l'industrie manu- facturière, qui représente 16,2% de l'emploi formel et dont la compétitivité dépend fortement de la maîtrise des coûts de pro- duction. Pris ensemble, ces secteurs représentent près de la moitié de l'emploi salarié formel du pays. Plus important encore, ils figurent parmi les principaux moteurs de création d'emplois. Les données du HCP montrent qu'en 2025, l'industrie a créé 46.000 emplois supplémen- taires tandis que le BTP en a généré 64.000. Autrement dit, les secteurs les plus exposés aux tensions énergétiques sont également ceux qui portent aujourd'hui une part essentielle de la dynamique de l'emploi. Toucher à la capacité d'inves- tissement de ces secteurs, c'est toucher à la sève même de la dynamique sociale marocaine. F. N. H. : Quelles réponses apporter à ces risques identifiés ? O. A. : Face à ce péril, la pre- mière erreur serait de considé- rer qu'il s'agit uniquement d'un enjeu énergétique. Il s'agit égale- ment d'un enjeu de financement et de confiance économique. Dans un pays où plus de 94% du tissu entrepreneurial formel sont constitués de TPME, un choc énergétique ne se traduit pas uniquement par une hausse des coûts. Il se traduit par des

investissements différés, des recrutements reportés et parfois des opportunités de croissance abandonnées, faute de marges de manœuvre financières suffi- santes. La priorité à court terme doit donc être d'éviter que l'incerti- tude géopolitique ne se trans- forme en attentisme écono- mique. Cela suppose de préser- ver les capacités d'investisse- ment des TPME via des méca- nismes de garantie publique, des instruments de partage du risque et une meilleure mobilisa- tion du financement de la chaîne d'approvisionnement (Supply Chain Finance). Car chaque pro- jet reporté aujourd'hui risque de devenir un emploi qui ne sera pas créé demain. À plus long terme, la meilleure réponse demeure structurelle. La transition énergétique ne peut plus être considérée uniquement comme une politique environne- mentale. Elle est désormais une politique industrielle, une poli- tique de compétitivité et, de plus en plus, une politique de l'em- ploi. Chaque mégawatt produit localement à partir de sources renouvelables réduit l'exposition de l'économie marocaine aux chocs géopolitiques importés.

Cette stratégie doit s'accompa- gner d'une montée en gamme continue de l'appareil produc- tif national. Les exportations automobiles ont dépassé 157 milliards de dirhams en 2024, illustrant la transformation pro- gressive du Maroc en plateforme industrielle intégrée aux chaînes de valeur mondiales. Dans ce modèle économique, la compé- titivité énergétique devient un facteur aussi décisif que le coût du travail ou la qualité des infras- tructures. Mais cette réussite devra être consolidée par des gains continus de productivité, d'innovation et de qualification du capital humain. L'alerte de l'OIT est utile. Elle rappelle que les tensions géo- politiques peuvent rapidement se transformer en tensions éco- nomiques et sociales. Pour le Maroc, la véritable menace n'est pas une vague soudaine de des- tructions d'emplois, mais l'ins- tallation progressive d'un climat d'attentisme qui retarderait les décisions d'investissement. Car dans une économie en pleine transformation industrielle, les emplois de demain se décident bien avant leur création. Ils se décident aujourd'hui, au moment où les entreprises choisissent d'investir ou d'attendre. Une économie ne se juge pas à sa capacité d'éviter les crises, mais à sa capacité de conti- nuer à investir lorsqu'elles sur- viennent. ◆

La transition énergétique est désormais une politique industrielle, de compétitivité et, de plus en plus, une politique de l'emploi.

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