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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026

OIT Quand le conflit au Moyen-Orient menace les emplois dans les Etats arabes

Ainsi donc, dans le contexte marocain, la première victime d'une crise énergétique n'est pas l'emploi d'aujourd'hui, mais l'emploi de demain. C'est ici que la lecture marocaine du rap- port de l'OIT devient particuliè- rement intéressante. La plupart des analyses établissent un lien direct entre hausse des coûts et destruction d'emplois. La réalité économique est souvent plus complexe. Le mécanisme de transmission passe générale- ment par une étape intermédiaire décisive : l'investissement. Lorsque les coûts énergétiques augmentent durablement, les entreprises adoptent d'abord une posture de prudence. L'enjeu n'est pas tant l'ampleur instantanée du choc que son effet sur les anticipations des investisseurs. Les décisions d'in- vestissement se construisent sur plusieurs années, alors que les marchés de l'énergie peuvent se retourner en quelques semaines. Face à l'incertitude, les dirigeants cherchent à préserver leurs marges, reportent certains pro- jets d'expansion et ralentissent leurs décisions stratégiques. Le choc suit alors une mécanique implacable. La compression des marges réduit la capacité d'au- tofinancement des entreprises. Cette prudence se traduit ensuite par un ralentissement des inves- tissements productifs, puis par un gel partiel des recrutements. Ce n'est qu'à l'issue de cette chaîne que le marché du travail commence à ressentir les effets du choc. La première victime d'une crise énergétique n'est donc pas nécessairement l'em- ploi d'aujourd'hui. C'est l'emploi de demain. F. N. H. : L’OIT identifie des secteurs plus vulnérables que d’autres, notamment la construction, le commerce, le transport et la fabrica- tion. Au Maroc, comment se traduirait le risque pour l’investissement et l’emploi dans ces secteurs ? O. A. : Cette question revêt une importance particulière au regard de la phase que traverse

L'Organisation internationale du travail (OIT) alerte sur les conséquences potentielles de la crise au Moyen-Orient et de la hausse des prix de l'énergie sur l'emploi à travers le monde, et en particulier dans les pays arabes. Dans cet entretien, Oussama Attahir, docteur en économie appliquée, propose une lecture des fragilités nationales exacerbées par le conflit au Moyen-Orient et les risques qui peuvent en découler, notamment en matière d’investissement et de création d’emploi.

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : Le rapport de l’Organisation internationale du travail met en lumière les risques que fait peser le conflit au Moyen-Orient sur l’em- ploi mondial. A l’échelle du Maroc, comment ces risques se traduisent-ils ? Oussama Attahir : L'OIT estime en effet que l'aggravation des tensions au Moyen-Orient et la volatilité des prix de l'énergie pourraient mettre en péril jusqu'à 14 millions d'emplois à travers le monde. L'institution souligne également que près de 40% de l'emploi dans les États arabes sont concentrés dans des sec- teurs particulièrement exposés aux chocs énergétiques, notam- ment le commerce, la construc- tion, l'industrie manufacturière

et le transport. L'alerte est sérieuse et mérite d'être prise au sérieux. Toutefois, appliquée au Maroc, elle appelle une lecture spécifique. Le premier réflexe consiste souvent à analyser les tensions géopolitiques à travers leur impact direct sur les prix à la pompe. Cette approche est pertinente, mais elle ne suf- fit pas à comprendre les véri- tables enjeux pour l'économie marocaine. Contrairement aux grandes économies exporta- trices d'hydrocarbures de la région, le Royaume demeure fortement dépendant des impor- tations énergétiques. Selon les chiffres du ministère de la Transition énergétique, près de 90% des besoins énergé- tiques du pays sont couverts par des approvisionnements extérieurs. Cette caractéristique modifie profondément la nature du choc. Dans les économies

pétrolières, la hausse des cours peut générer des recettes sup- plémentaires. Au Maroc, elle se traduit essentiellement par une augmentation des coûts suppor- tés par les ménages et les entre- prises. Les derniers chiffres de l'Office des changes montrent ainsi que la facture énergétique du pays a atteint 113,8 milliards de dirhams en 2024. Le risque économique prend alors une forme bien spécifique dans le cas marocain. Chaque hausse durable des coûts éner- gétiques réduit les marges des entreprises, renchérit les coûts logistiques, fragilise les capa- cités d'investissement et pèse sur la compétitivité des exporta- tions. Or, dans une économie où la croissance repose de plus en plus sur l'investissement privé et l'intégration aux chaînes de valeur mondiales, cette ten- dance est loin d'être anodine.

La première victime d'une crise énergétique n'est donc pas nécessairement l'emploi d'aujourd'hui. C'est l'emploi de demain.

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