ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026
nant l'essentiel, la mutualisation, la territorialisation, l'ancrage sec- toriel, tout en l'adaptant à ses réalités propres : la culture de l'information, la nature du tissu économique, et la relation entre entreprises et institutions. F. N. H. : Le Maroc ambi- tionne de capter des IDE, de s'imposer comme hub afri- cain, de réussir le Mondial 2030. Ces ambitions sont- elles réalistes sans une infrastructure nationale d'intelligence économique ? M. H. : Tout d’abord, le Maroc n'a pas besoin de l'IE pour se défendre, il en a besoin pour accé- lérer. Le Maroc est aujourd'hui l'une des économies africaines les plus attractives et les mieux posi- tionnées. Il capte des flux signifi- catifs d'IDE, s'est imposé comme une plateforme industrielle de référence dans des secteurs à haute valeur ajoutée - automobile, aéronautique, énergie verte - et a construit une infrastructure logis- tique, financière et diplomatique qui fait de lui un hub naturel entre l'Europe, l'Afrique et le monde arabe. Le Mondial 2030 n'est pas une ambition fragile : c'est la reconnaissance internationale d'une trajectoire déjà engagée. Le Maroc n'est donc pas en position de faiblesse. Il est en position de momentum. La question n'est donc pas de savoir si ses ambi- tions sont réalistes, elles le sont. La question est de savoir avec quels outils il va les amplifier. Par ailleurs, la vision défensive de l'IE, protéger les entreprises marocaines face aux multinatio- nales, est une vision du passé. L'IE, dans sa dimension la plus puissante, est un outil de lecture anticipée de l'avenir et de l'envi- ronnement d'affaires. Elle répond à des questions offensives : Quels marchés africains sont en train de basculer ? Quelles chaînes de valeur mondiales sont en cours de recomposition et comment le Maroc peut-il s'y positionner
avant ses concurrents régionaux? Quels signaux faibles indiquent les secteurs où l'investissement va se concentrer dans les cinq prochaines années ? Une entre- prise marocaine qui lit mieux son environnement qu'une multina- tionale étrangère n'a pas besoin d'être protégée : elle a besoin d'être positionnée. Relativement aux grandes ambi- tions nationales, ce ne sont pas des contextes qui exposent le Maroc, ce sont des accélérateurs naturels de la demande d'intelli- gence économique. Le Mondial 2030 va générer un flux massif d'acteurs étrangers qui liront le Maroc avec leurs propres outils d'IE. Les entreprises marocaines qui sauront anticiper ces dyna- miques, identifier les opportuni- tés avant qu'elles soient visibles, comprendre les logiques des grands donneurs d'ordre inter- nationaux, transformeront l'évé- nement en tremplin. Le position- nement hub africain, de son côté, suppose une connaissance fine et continue des marchés du conti- nent. C'est exactement le terrain de jeu de l'IE. Les entreprises marocaines qui s'implantent en Afrique sans dispositif de veille locale prennent des risques que l'IE permet précisément d'anti- ciper. Enfin, en cohérence avec sa tra- jectoire, le Maroc doit construire une infrastructure nationale d'IE offensive, prospective et tour- née vers la création de valeur. Trois chantiers s'imposent : une IE sectorielle pour anticiper les recompositions mondiales dans les filières où le Maroc est déjà fort; une IE territoriale mutualisée pour produire une intelligence fine sur les marchés africains cibles; et une IE événementielle pour que les entreprises marocaines soient en position de force dès aujourd'hui sur les opportuni- tés du Mondial 2030, pas le jour où elles seront annoncées. L'IE n'est pas là pour protéger les entreprises marocaines. Elle est là pour leur donner la vision et la méthode qui transforment un momentum en avantage compé- titif durable. C'est la boussole de cette métamorphose. ◆
L'OCP adapte sa stratégie commerciale en anticipant les dynamiques mondiales des marchés des engrais et les besoins alimentaires africains.
fluence et d'une légitimité de ter- rain. Au Maroc, la relation entre les petites structures et les insti- tutions économiques reste sou- vent perçue comme asymétrique, administrative, voire contrai- gnante. Tant que cette relation ne se transforme pas en partena- riat de confiance, les dispositifs d'IE institutionnelle risquent d'être sous-utilisés, même bien conçus. • Le tissu économique lui-même. Le Canada dispose d'un tissu de PME structurées, avec des fonc- tions managériales différenciées. Au Maroc, comme nous l'avons vu, 80 à 85% des entreprises sont familiales, souvent mono- dirigeant, sans fonction stratégie ni veille formalisée. Le récepteur du modèle est donc différent, ce qui ne l'invalide pas, mais impose d'adapter profondément le dis- positif à l'échelle et à la maturité réelle des structures cibles. Alors ce que peut faire le Maroc et que le Canada n’a pas eu l’occasion de faire, Il y a pourtant un avantage que le Maroc pos- sède que le Canada n'avait pas lors de la construction de son
modèle : le levier numérique. Le Canada a construit son disposi- tif d'IE institutionnelle dans les années 1990-2000, à une époque où la collecte, le traitement et la diffusion de l'information avaient un coût élevé. Aujourd'hui, des outils de veille automatisée, de dashboards sectoriels partagés et de plateformes collaboratives permettent de construire une IE mutualisée à une fraction du coût d'hier. Le Maroc peut donc brûler les étapes : plutôt que de reproduire le chemin canadien linéaire, il peut concevoir dès aujourd'hui une architecture d'IE institutionnelle nativement numérique, légère, décentralisée, appuyée sur les fédérations et les CRI comme nœuds de distribution, et sur des outils digitaux accessibles comme moteur de production et de diffusion. Enfin, je dirais que le modèle canadien, très riche et diversifié, n'est pas un modèle clé en main à importer. C'est une source d'ins- piration méthodologique dont le Maroc peut s'emparer en rete-
L'IE, dans sa dimension la plus puissante, est un outil de lecture anticipée de l'avenir et de l'environnement d'affaires.
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