ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
précaires. Cela évite un effondre- ment de la demande intérieure, moteur principal de la croissance économique». Elle souligne éga- lement que «le maintien du sou- tien de la caisse de compensation empêche une répercussion totale des prix mondiaux sur le panier des ménages, ce qui soutient éga- lement le pouvoir d’achat». Pour autant, avertit Sidki, ces mesures ne sont pas sans effets secondaires. L’économiste met en garde contre certains risques, dont le principal «est que les entreprises, pour compenser la revalorisation salariale, augmentent leurs prix de vente, ce qui annulerait le gain de pouvoir d'achat et relancerait l'inflation». Dans ce sens, ajoute-t- elle, «le gouvernement mise sur la réforme de la TVA pour s'assurer que les baisses de coûts profitent réellement aux consommateurs et non aux marges des entreprises». Plus globalement, Dr Selma Sidki relève que «la revalorisation sala- riale peut faire grimper la demande plus vite que l'offre, induisant une reprise des tensions inflation- nistes» . Elle nuance toutefois son propos en soulignant que «ces mesures de maintien du pouvoir d’achat peuvent stimuler le méca- nisme du multiplicateur via le canal de la consommation et avoir un effet positif sur la croissance éco- nomique; et avec une politique monétaire efficace, les tensions inflationnistes peuvent être mieux maitrisées». Au nom de la paix sociale Au-delà des chiffres, toutes ces mesures traduisent une volonté politique de restaurer un certain équilibre social dans un contexte où les tensions sur le pouvoir d’achat se font de plus en plus pressantes. Mais ce bouclier est-il suffisant, compte tenu du choc énergétique que subit actuellement le Maroc ? En effet, avec un baril oscillant entre 100 et 110 dollars et une hausse de 40 à 65% des prix du pétrole, les répercussions sur l’économie nationale ont été immédiates. Pour contenir ces effets, le gouver- nement a en outre opté pour une intervention directe, dont le coût est estimé à 1,6 milliard de dirhams
Dans le cadre du dialogue social, l’Etat a engagé un programme d’envergure dont le coût global atteindra 49,7 milliards de dirhams à fin 2026 - début 2027.
Pouvoir d’achat L’urgence sociale face à la rigueur budgétaire Dans un contexte marqué par la flambée des prix et les incertitudes internationales, l’Etat active tous les leviers pour contenir l’érosion du pouvoir d’achat. Mais à mesure que l’effort budgétaire s’intensifie, une question se pose : jusqu’où peut aller cette stratégie sans mettre à l’épreuve l’équilibre des finances publiques ?
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Par D. William
ace à une conjoncture marquée par des tensions inflationnistes persis- tantes et un environnement inter- national incertain, le gouvernement a déployé un arsenal de mesures visant à préserver le pouvoir d’achat des ménages. Ainsi, dans le cadre du dialogue social, l’Etat a engagé un programme d’envergure dont le coût global atteindra 49,7 milliards de dirhams à fin 2026 - début 2027. Cet effort, selon le ministre de l’Inclusion économique, Younes Sekkouri, s’inscrit dans une logique de soutien direct au pou- voir d’achat et de réduction des inégalités sociales. Concrètement, plusieurs mesures structurantes ont été mises en œuvre. Le salaire minimum inter- professionnel garanti (SMIG) a été
relevé de manière significative, pas- sant de 14,81 dirhams de l’heure en début de mandat à 17,9 dirhams actuellement, soit une progression qui porte le salaire mensuel net d’environ 2.800 à 3.400 dirhams. Dans le secteur agricole, le SMAG a également été revalorisé, attei- gnant désormais 2.400 dirhams contre moins de 1.900 auparavant. A cela s’ajoute une hausse géné- rale des salaires dans la fonction publique, avec une augmentation de 1.000 dirhams, ainsi que des revalorisations spécifiques dans certains secteurs, notamment l’éducation. Près de 325.000 fonc- tionnaires ont ainsi bénéficié d’aug- mentations pouvant aller de 1.500 à 5.000 dirhams selon leur niveau de carrière.
Le soutien ne s’est pas limité aux salariés du public. Dans le secteur privé, la révision de l’impôt sur le revenu a permis une amélio- ration moyenne de 400 dirhams du revenu net. Par ailleurs, des ajustements ont été opérés dans les régimes de retraite, notamment avec la réduction du nombre de jours de cotisation requis pour bénéficier d’une pension, passé de 3.240 à 1.320 jours. Ces mesures ont un impact direct sur la demande intérieure. Dr Selma Sidki, professeur d'économie inter- nationale – Université Mohammed V, note à ce propos que «la baisse de l'impôt sur le revenu et la reva- lorisation salariale induisent direc- tement une augmentation du pou- voir d’achat des ménages les plus
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