FNH N° 1233

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026

par mois depuis la mi-mars. Cette stratégie repose sur trois leviers principaux. D’abord, le renforcement de la subvention du gaz butane, essentielle pour les ménages, avec une aide portée à 78 dirhams par bonbonne de 12 kg contre 30 dirhams auparavant. Ensuite, le maintien des tarifs de l’électricité mal- gré la hausse des coûts de production. Enfin, la mise en place d’une aide directe au transport professionnel, à hauteur de 3 dirhams par litre de carburant, afin de limiter la transmission de l’inflation aux prix des biens et services. Selon Sidki, «face au choc exogène lié à l’énergie, la stratégie actuelle menée par le gouvernement, notamment le maintien de la compensation sur ces produits, est optimale dans le sens où le Maroc importe plus de 90% de ses besoins sur les marchés mondiaux» , tout en précisant que « cela doit être accompagnée de pratiques de ratio- nalisation de la consommation d’éner- gie». Elle rappelle également que cette dépendance est appelée à diminuer, car «sur le long terme, le Maroc est déjà sur une trajectoire de transformation de son mix énergétique, dont l’objectif est de réduire la dépendance aux marchés mondiaux par un mix qui favorise les énergies renouvelables sur le moyen- long terme». Ces mesures ciblées visent ainsi à éviter une spirale inflationniste et à préserver le tissu économique. A court terme, elles jouent un rôle d’amortisseur effi- cace. Mais cette réponse budgétaire a un coût, et il est loin d’être anodin. Elle intervient dans un contexte où les finances publiques avaient amorcé une trajectoire d’assainissement, avec un déficit ramené à 3,5% du PIB et une dette autour de 67,2% en 2025. L’augmentation des dépenses liées au soutien du pouvoir d’achat risque de freiner cette dynamique. Si les mesures de subvention devaient se prolonger, elles pourraient entraîner un creuse- ment du déficit budgétaire. Au-delà du niveau du déficit, le recours massif aux subventions, bien qu’efficace à court terme, pose la question de sa soute- nabilité à moyen et long terme, surtout dans un contexte de volatilité persis- tante des prix de l’énergie. Par ailleurs, ces dépenses supplémentaires limitent les marges de manœuvre de l’Etat pour financer d’autres priorités stratégiques. Pour Selma Sidki, le «coût financier direct très important» du dialogue social « nécessite un pilotage rigoureux des

Sidki évoque enfin une piste complé- mentaire, notamment «les financements innovants que le gouvernement com- mence à mettre en place» et qui «consti- tuent une alternative essentielle pour le financement des chantiers sociaux et le maintien des équilibres budgétaires». C’est dire que le gouvernement se trouve donc face à un arbitrage complexe. D’un côté, il doit répondre à l’urgence sociale et éviter une dégradation du niveau de vie des ménages, au risque d’alimenter

des tensions latentes. De l’autre, il lui faut préserver les fondamentaux macro- économiques. Cet équilibre est d’autant plus difficile à trouver que les perspec- tives économiques restent incertaines en raison des tensions géopolitiques internationales. Une inflation importée plus forte que prévu, un ralentissement de la demande externe ou encore une contraction de la consommation inté- rieure pourraient ainsi fortement chahu- ter les agrégats macroéconomiques. ◆

finances publiques pour éviter un désé- quilibre structurel, tout en répondant aux attentes sociales» . Dans ce sens, poursuit-elle, l’effort budgétaire du gou- vernement «peut être soutenable si l’on prend en compte la hausse des recettes fiscales prévues en 2026, portée par les déclinaisons de la réforme fiscale». Elle insiste également sur le fait qu’« une rationalisation des dépenses de fonc- tionnement est nécessaire pour éviter un dérapage budgétaire conséquent» .

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